Barbares aux Portes : Pillage et Destruction Thaïlandais à Pursat
- La Rédaction

- 6 janv.
- 3 min de lecture
Dans un scandale qui ébranle la précarité de la paix frontalière, des soldats thaïlandais ont pillé magasins et habitations à Pursat, violant le cessez-le-feu signé le 27 décembre 2025 entre Bangkok et Phnom Penh.

Le ministère cambodgien de l’Intérieur dénonce ces rapines comme des actes de brigandage pur, survenant alors que plusieurs centaines de milliers de déplacés attendent un retour chez eux. Cette affaire, amplifiée par des vidéos et témoignages interroge la fiabilité des engagements thaïlandais face à une souveraineté cambodgienne bafouée.
Le Raid de Sangkum Thmei
Le 4 janvier 2026, dans le district de Sala Kreng à Pursat, une patrouille thaïlandaise a forcé l’entrée de huit foyers au village de Sangkum Thmei, emportant quatre motocycles, deux chariots à ordures communaux, des outils agricoles et des objets personnels de valeur.Les résidents, sommés de partir ou autorisés à un retour éclair, ont découvert des habitations saccagées : serrures crochetées, meubles renversés, biens disparus sous le couvert de « sécurité opérationnelle ».
Bangkok minimise en promettant des restitutions sur justificatifs, mais Phnom Penh y voit un vol organisé, condamné par le Conseil cambodgien des droits de l’homme (CHRC) comme une violation flagrante du droit international humanitaire.Ce n’est pas un incident isolé : des rapports similaires affluent de Banteay Meanchey et Oddar Meanchey, où des bulldozers thaïlandais rasent clôtures et puits, tandis que barbelés et conteneurs bloquent l’accès à des villages entiers comme Prey Chan et Chouk Chey.Les familles, déjà traumatisées par des mois de bombardements, affrontent maintenant la spoliation, avec des impacts psychologiques profonds sur des communautés rurales dépendantes de ces biens pour survivre.
Des témoins décrivent des scènes dignes d’un sac de ville antique : uniformes fouillant tiroirs et greniers, rires étouffés devant le butin, sous les yeux impuissants de villageois terrifiés.
Un Cessez-le-Feu fragilisé
Signé après des semaines d’escalade meurtrière débutée en juillet 2025 autour de zones disputées comme Preah Vihear, le cessez-le-feu prévoyait un retrait mutuel et la création d’une Commission mixte des frontières. Pourtant, dès le 1ᵉʳ janvier 2026, Bangkok déploie des blindés et drapeaux sur sol cambodgien, démolissant écoles et pagodes à coups de pelleteuses.
Le 5 janvier, un « tir accidentel » cambodgien ravive les accusations croisées, mais c’est la série de pillages qui cristallise l’indignation.
Le porte-parole du gouvernement cambodgien Pen Bona liste les griefs : occupation illégale de 12 points frontaliers, destruction de 150 habitations, vol systématique de bétail et récoltes. La Thaïlande rétorque en accusant Phnom Penh de provocations, mais les preuves vidéo de rapines thaïlandaises – diffusées par le ministère de l’Intérieur – penchent la balance.
Humanitarian Response Forum (HRF) alerte sur une crise humanitaire : 6 000 habitants piégés, épidémies en herbe et enfants sans école, avec des stocks alimentaires critiques épuisés. Les chiffres s’alourdissent : plus de 1 200 maisons endommagées, 45 pagodes touchées, et un exode rural vers Phnom Penh submergé.
Témoignages : La Douleur des Victimes Oubliées
« Nos motos étaient notre seul moyen de rejoindre les champs. Ils les ont pris sans un mot, en riant », confie un fermier de Pursat au Phnom Penh Post.
Une mère de famille décrit :
« Ils ont fouillé nos armoires, emporté nos vêtements, notre riz… Nos enfants pleurent la nuit, terrifiés par les bruits de blindés. »
Ces voix anonymes percent le voile officiel, humanisant une tragédie où les civils servent de boucliers à des querelles territoriales ancestrales autour de Preah Vihear et autres zones disputées.Une grand-mère déplacée sanglote : « Ma maison natale, héritage de mes ancêtres, rasée en une heure. Où irons-nous ? »
Enjeux
Ce conflit ravive les plaies de 2008‑2011, où 30 soldats périrent pour un temple UNESCO, mais ici, les civils paient : économie rurale sinistrée, tourisme frontalier à l’arrêt, tensions ASEAN exacerbées. Phnom Penh mobilise l’opinion internationale, saisissant l’ONU le 6 janvier pour « occupation agressive », avec des appels à une force de paix intermédiaire.
Bangkok, sous pression nationaliste interne, risque l’isolement diplomatique si les rapines persistent, tandis que Pékin et Washington observent, prêts à peser dans cette poudrière sud-est asiatique.La libération récente de 18 soldats cambodgiens offrait un espoir de désescalade, quelque peu douché par ces exactions barbares.
Sans médiation ASEAN forte, le risque d’embrasement guette. Une Commission mixte effective, sous égide onusienne, s’impose pour cartographier les frontières et punir les coupables – soldats pillards ou officiers complices.Alors que la nuit tombe sur ces villages fantômes, la question brûle : le cessez-le-feu survivra-t-il à la voracité de ces barbares aux portes ? L’histoire jugera, mais les victimes attendent des actes concrets, pas des promesses vaines.







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