Au Cambodge, les voyageurs khmers prennent le relais d'un tourisme international en berne
- La Rédaction

- il y a 9 heures
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Les arrivées étrangères reculent de 44,8 % au premier trimestre 2026, plombées par l'effondrement des flux thaïlandais. Mais la demande intérieure, en hausse de près de 59 %, apporte une nuance inattendue à un tableau d'ensemble qui reste sombre.

1,01 M Arrivées intl. T1 2026 | −44,8 % vs T1 2025 | +58,9 % Visiteurs cambodgiens | 6,02 M Déplacements internes |
Le premier trimestre 2026 offre un visage contrasté du tourisme cambodgien. D'un côté, le Ministère du Tourisme recense 1 014 147 arrivées internationales entre janvier et mars — moins de la moitié des 1 838 208 enregistrées à la même période un an plus tôt. De l'autre, les Cambodgiens eux-mêmes voyagent massivement sur leur propre territoire : 6,02 millions de déplacements internes, soit une progression de 58,9 % par rapport au T1 2025.
Ce mouvement croisé — effondrement de l'international, vitalité du domestique — dessine une économie touristique en pleine recomposition, dont l'équilibre demeure fragile. La trajectoire des arrivées étrangères suit une pente continue : −38,1 % en janvier, −52,5 % en février, −43,3 % en mars, sans signal tangible de reprise.
« Les Cambodgiens découvrent ou redécouvrent leur pays à un rythme soutenu. Ce sursaut domestique ne compense pas les pertes de recettes en devises, mais il révèle une demande intérieure plus robuste qu'attendu. »
La Thaïlande dans le gouffre : un effondrement sans précédent
Si la tendance générale préoccupe, c'est la chute vertigineuse des arrivées en provenance de Thaïlande qui retient l'attention des analystes. Sur l'ensemble du trimestre, le voisin thaïlandais n'envoie plus que 25 867 visiteurs au Cambodge, contre 501 666 un an plus tôt — soit un effondrement de 94,8 %.
En mars, la frontière terrestre semble quasiment fermée : 2 155 entrées seulement, contre 149 732 en mars 2025.
Ce phénomène exceptionnel explique à lui seul une large part du recul global. Les autorités cambodgiennes n'ont pas communiqué officiellement sur les causes de cette rupture brutale avec le principal marché d'entrée terrestre. Des tensions diplomatiques, des contrôles renforcés aux postes-frontières et la fermeture de certains corridors pourraient être à l'origine de cette situation inédite.
Principaux marchés émetteurs au T1 2026
Marché | Arrivées 2026 | Variation/2025 | Part (%) |
Chine (RPC) | 242 387 | −15,3 % | 23,9 % |
Vietnam | 235 444 | −22,7 % | 23,2 % |
États-Unis | 64 271 | −12,9 % | 6,3 % |
Royaume-Uni | 44 373 | −11,9 % | 4,4 % |
France | 43 425 | −16,9 % | 4,3 % |
Indonésie | 26 277 | −35,3 % | 2,6 % |
Japon | 26 077 | −24,7 % | 2,6 % |
Thaïlande | 25 867 | −94,8 % | 2,6 % |
Australie | 25 039 | −12,3 % | 2,5 % |
Allemagne | 23 821 | −27,6 % | 2,3 % |
La Chine et le Vietnam restent les piliers, mais fragilisés
La structure des marchés émetteurs révèle une concentration préoccupante. La Chine (23,9 %) et le Vietnam (23,2 %) représentent à eux seuls près de la moitié des arrivées totales. Si leurs reculs respectifs de 15,3 % et 22,7 % apparaissent moins dramatiques que la moyenne, ils témoignent d'une érosion de fond qui touche l'ensemble des bassins géographiques.
À l'inverse, quelques rares marchés tirent leur épingle du jeu. En janvier, le Vietnam affiche même une légère progression (+10,6 %) et la Chine enregistre +14,1 % — signaux encourageants vite effacés par les mois suivants. La Corée du Sud accuse l'un des replis les plus sévères, avec −66,1 % sur le trimestre.
| Point de vigilance La Corée du Sud tombe de 63 055 à 21 366 arrivées (−66,1 %). La Russie recule de 57,3 %, le Pakistan de 82,3 %, le Laos de 90,6 %. Ces effondrements concentrés sur certains marchés asiatiques appellent une analyse approfondie des facteurs structurels en jeu. |
Voies d'entrée : le terrestre s'effondre, le ciel résiste mieux
Les arrivées terrestres et fluviales plongent de 66,6 %, passant de 1 048 824 à 350 406 — conséquence directe de la quasi-disparition des flux thaïlandais via les postes-frontières. Les arrivées aériennes, en recul de 15,9 %, résistent comparativement mieux et représentent désormais 65,4 % du total.
Aéroport Techo — Phnom Penh 429 781 −21,1 % vs T1 2025 · 42,4 % du total | Aéroport Siem Reap Angkor 207 599 −10,4 % vs T1 2025 · 20,5 % du total |
Aéroport Sihanoukville 26 361 +104,0 % vs T1 2025 · seul segment en hausse | Frontières terrestres 314 876 −69,0 % vs T1 2025 |
Tourisme intérieur : les Khmers à la découverte de leur pays
C'est la surprise du trimestre. Alors que les hôtels de Siem Reap comptent leurs clients étrangers, les Cambodgiens voyagent. Les déplacements internes progressent de 58,9 %, portés par une dynamique particulièrement forte à Phnom Penh (+672,5 % de visiteurs nationaux) et dans la zone côtière de Preah Sihanouk (+101,9 %).
Ce mouvement traduit à la fois une amélioration du niveau de vie d'une partie de la population, le développement des infrastructures de transport internes et peut-être une forme de substitution — les Cambodgiens qui ne voyagent plus à l'étranger (−44,7 % de départs) reportant leurs dépenses sur des destinations nationales. Siem Reap Angkor reste en léger recul (−8 % de visiteurs nationaux), mais sa zone côtière enregistre +64,7 % de Cambodgiens sur la même période.
« Ni les marchés européens ni les marchés anglo-saxons ne compensent la défection asiatique. Mais la demande domestique, longtemps négligée dans les stratégies de promotion, s'impose comme un amortisseur inattendu. »
Un deuxième trimestre sous haute tension
Si la tendance se maintient, l'année 2026 pourrait s'avérer plus difficile encore que 2025, qui avait pourtant déjà accusé un recul de 16,9 % par rapport à 2024. Les recettes internationales du tourisme avaient atteint 3,878 milliards de dollars en 2025 — une manne que le repli actuel menace d'éroder significativement, le tourisme domestique générant des recettes en monnaie locale sans l'apport en devises des visiteurs étrangers.
Les autorités cambodgiennes font face à un double défi : reconstituer les flux asiatiques de proximité et comprendre les ressorts d'une rupture aussi brutale avec la Thaïlande. Les prochains chiffres trimestriels diront si ce repli traduit un choc conjoncturel passager ou l'amorce d'une recomposition durable des flux touristiques dans la région.







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