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Au Cambodge, Bureau Veritas et URATA unissent leurs forces pour bâtir une industrie plus sûre

La signature d'un accord de coopération entre le géant français de la certification et son homologue japonais implanté à Phnom Penh marque un tournant pour un secteur qui peine encore à se doter de standards robustes.

Au Cambodge, Bureau Veritas et URATA unissent leurs forces pour bâtir une industrie plus sûre
@Bureau Veritas

Dans les couloirs du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme et de la Construction à Phnom Penh, deux acteurs majeurs de l'inspection ont officialisé un accord de coopération — un mémorandum d'entente (MOU) — destiné à transformer en profondeur les pratiques d'inspection et de certification dans le secteur cambodgien de la construction. D'un côté, Bureau Veritas, géant français fondé en 1828, récemment entré au CAC 40 avec une capitalisation de 13,6 milliards d'euros ; de l'autre, URATA (Cambodia) Co., Ltd., organisme de certification de construction agréé niveau 1 par l'État cambodgien et opérant depuis les locaux mêmes du ministère.

Ce partenariat stratégique, bien que discret dans sa mise en scène, est loin d'être anodin. Il intervient à un moment charnière pour un pays dont le secteur du bâtiment reste l'un des quatre piliers de l'économie nationale — aux côtés du textile, du tourisme et de l'agriculture — mais qui peine à se doter des normes de sécurité et de qualité que réclame son développement accéléré.

Un secteur en reconstruction, entre fragilités et ambitions

Le bilan est contrasté. En vingt ans, le Cambodge a délivré plus de 66 000 permis de construire pour des chantiers représentant quelque 77 milliards de dollars d'investissement cumulé, dont 60 édifices de plus de 40 étages, selon le ministère. Mais cet essor s'est souvent fait au détriment de la rigueur technique. Le pays occupait jusqu'à récemment la 179e place sur 190 dans le classement de la Banque mondiale sur la facilité d'obtention de permis de construire, un processus impliquant 20 étapes distinctes pour une durée moyenne dépassant 650 jours.

La reprise post-Covid s'annonce lente mais réelle. Après un effondrement des projets approuvés à 1 500 en 2022, le secteur a rebondi à quelque 3 207 projets en 2023. Les analystes de GlobalData tablent sur une croissance annuelle moyenne de 7,3 % entre 2026 et 2028, tirée notamment par les infrastructures de transport, l'énergie renouvelable et la logistique. Le gouvernement, de son côté, a lancé un plan directeur 2023–2033 pour les transports et la logistique totalisant 50 milliards de dollars d'investissements prévus en 174 projets, dont la future autoroute Phnom Penh–Siem Reap–Poipet.

Mais ce retour en grâce est conditionné. L'Organisation internationale du travail (OIT) a mis en évidence, dans un rapport de 2024, la persistance d'un secteur largement informel, où les travailleuses gagnent en moyenne 153 dollars par mois — bien en dessous du seuil du secteur textile — et où les normes de sécurité sur les chantiers restent insuffisamment appliquées. L'Australie a bien tenté d'y remédier dès 2022, en cofinançant avec le ministère un référentiel national de santé et sécurité au travail sur les chantiers, mais sa diffusion demeure partielle.

« La construction est l'un des quatre piliers de l'économie cambodgienne. Il est essentiel de mettre en place des normes de sécurité pour minimiser les risques et protéger les travailleurs. »— S.E. Chea Sophara, vice-Premier ministre du Cambodge

Bureau Veritas : un empire de la confiance en plein essor

Pour comprendre la portée symbolique de cet accord, il faut mesurer ce que représente Bureau Veritas à l'échelle mondiale. Fondée à Anvers en 1828 sous le nom de Bureau de renseignements pour les assurances maritimes, l'entreprise s'est métamorphosée en un acteur incontournable des tests, inspections et certifications (TIC) dans 140 pays, avec plus de 79 000 collaborateurs et un chiffre d'affaires de 6,34 milliards de dollars en 2024. L'entrée au CAC 40, effective depuis le 20 décembre 2024 avec une capitalisation de 13,6 milliards d'euros, consacre une ascension boursière de 31 % sur l'année. Sa stratégie LEAP | 28, lancée en mars 2024, cible une croissance organique soutenue et des rendements à deux chiffres pour les actionnaires.

Dans le domaine du bâtiment et des infrastructures — qui représente 27 % de son chiffre d'affaires, soit le premier poste de revenus du groupe — Bureau Veritas multiplie les acquisitions stratégiques : IDP Group pour le BIM et les jumeaux numériques, Contec AQS en Italie pour la construction et l'HSE, London Building Control au Royaume-Uni. Le groupe est par ailleurs accrédité organisme d'inspection par le GDAC (General Department of Accreditation of Cambodia), ce qui lui confère une légitimité formelle sur le territoire khmer.

URATA Cambodia : un opérateur ancré dans les rouages réglementaires

En face, URATA (Cambodia) Co., Ltd. occupe une position singulière. Titulaire d'une licence de certification de niveau 1 — la plus haute catégorie accordée par le ministère — elle opère en vertu du sous-décret n° 225 et des prakas 109 et 126 qui régissent la certification des plans architecturaux, des structures et la conformité des chantiers. Ses équipes interviennent à chaque étape : inspection préliminaire des documents, visites en cours de chantier, et inspection finale avant délivrance du certificat d'occupation.

Installé physiquement au sein du ministère (5e étage, bureau 515), URATA incarne ce que l'on pourrait appeler la certification "de proximité" : ancrée dans le droit local, habituée aux procédures administratives cambodgiennes, et maîtrisant les exigences concrètes des maîtres d'ouvrage locaux. C'est précisément cette complémentarité — la rigueur méthodologique internationale de Bureau Veritas couplée à l'expertise réglementaire locale d'URATA — qui donne tout son sens au MOU.

Ce que l'accord change concrètement

Le mémorandum signé entre les deux entités vise à aligner les pratiques d'inspection sur des référentiels internationaux reconnus, à partager les savoir-faire techniques et à renforcer la formation des ingénieurs et inspecteurs cambodgiens. Il s'inscrit dans la dynamique plus large des réformes engagées par le gouvernement pour moderniser le cadre réglementaire du bâtiment et attirer davantage d'investissements étrangers dans un secteur qui en a besoin.

Pour les promoteurs et constructeurs opérant au Cambodge — qu'ils soient locaux, chinois, japonais ou européens — cette alliance promet une montée en gamme de la certification, une réduction des risques structurels sur les projets d'envergure, et une meilleure acceptabilité internationale des constructions certifiées. Pour les travailleurs du secteur, elle représente potentiellement un pas supplémentaire vers des chantiers moins accidentogènes dans un pays où la protection des ouvriers reste insuffisante.

À l'heure où le Cambodge s'apprête à inaugurer de nouvelles infrastructures majeures — à l'image du nouvel aéroport international Techo, ouvert en septembre 2025 aux portes de Phnom Penh — la question de la qualité des bâtiments et de la fiabilité des inspections n'est plus un détail technique. C'est un enjeu de souveraineté économique.

Bureau Veritas estime le marché mondial du TIC à près de 300 milliards d'euros — un écosystème dans lequel l'Asie du Sud-Est représente l'une des zones de croissance les plus prometteuses.

Un signal pour l'ensemble de la région

Au-delà du Cambodge, ce partenariat envoie un signal aux marchés émergents d'Asie du Sud-Est où la croissance urbaine devance souvent les capacités réglementaires. Vietnam, Laos, Myanmar : nombreux sont les pays voisins où des dynamiques similaires de croissance-sans-normes se jouent, et où des acteurs du TIC cherchent à s'implanter. En combinant la légitimité d'un poids lourd côté du CAC 40 et l'agilité d'un opérateur local agréé, Bureau Veritas et URATA proposent un modèle de partenariat qui pourrait faire école.

Il reste à voir si la volonté affichée se traduira en capacité opérationnelle réelle : recrutement et formation d'inspecteurs qualifiés, déploiement d'outils numériques de suivi de chantier, adoption effective par les acteurs locaux. Le chemin entre la signature d'un MOU et la transformation d'une industrie est long. Mais au Cambodge, où des décennies de reconstruction ont appris à penser la patience comme une stratégie, ce premier accord est peut-être le plus difficile à obtenir.

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