Archives & Cinéma : Céline Tran, aka Katsuni, 50 nuances de bien-être après le Cambodge

Après le succès du film d’action cambodgien Jailbreak, Céline Tran s’est relativement peu exprimée sur « l’après ». Notre Journaliste Rémi Abad a enquêté afin de mettre à jour cette interview exclusive réalisée sur le lieu de tournage.

Entretien :

Céline Tran, aka Katsuni
Céline Tran, aka Katsuni

CM : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Céline Tran, je suis Française d’origine vietnamienne et suis actrice et auteure de bandes dessinées. Je me trouve actuellement à Phnom Penh pour le tournage du film Jailbreak, qui est une production cambodgienne et dans lequel il y a beaucoup d’action.

CM : Est-ce qu’il s’agit de votre premier séjour au Cambodge ?

Non, j’étais déjà venue pour un séjour touristique, au cours duquel j’avais visité les temples. Mais c’était très bref, je ne connaissais donc pas beaucoup le pays, même si j’ai beaucoup visité l’Asie, que ce soit pour le travail ou le tourisme.

CM : comment avez-vous rejoint l’aventure Jailbreak ?

J’ai assisté, en 2016, au salon Filmart, qui se tient tous les ans à Hong Kong. Je m’y suis rendue en compagnie de Mike Leeder afin de planifier quelques rendez-vous liés à ma carrière professionnelle. Mike est une personnalité incontournable du cinéma, présent sur bon nombre de gros tournages, et c’est lui qui m’a permis de rencontrer une partie de l’équipe de Kongshak Pictures [NDLR société productrice du film].

La connexion s’est faite un peu par hasard, mais le timing était parfait : j’avais vraiment envie de tourner dans des films d’action et m’entrainais pour cela, et nous nous sommes rendu compte en discutant qu’il y avait quelque chose à faire. Nous avons parlé du projet Jailbreak alors en pleine préparation, du rôle de Madame Butterfly et sommes vite tombés d’accord. Quelques mois plus tard, j’étais à Phnom Penh pour le début du tournage.

Céline Tran, aka Katsuni, 50 nuances de bien-être après le Cambodge
Céline Tran, aka Katsuni, 50 nuances de bien-être après le Cambodge

Comment s’est déroulé ce tournage ?

Ce fut une bonne expérience. Chaque tournage se montre différent, quels que soient le projet, le budget, le pays, la durée, rien n’est jamais acquis, c’est un peu la montagne russe émotionnelle !

« On vit pour le film le temps que dure le tournage, on crée très vite des liens avec les gens »

Une complicité s’installe, on a tous envie de donner le meilleur de nous-mêmes afin que tout fonctionne. Nous n’avions pas un budget hollywoodien, ce qui a été un point positif : avec pas grand chose, chacun a utilisé toutes ses compétences afin que le film soit réussi. D’autres Français étaient présents sur le tournage, comme Jean-Paul Ly, coordinateur des cascades et des chorégraphies, et qui tient l’un des rôles principaux. C’est quelqu’un qui a travaillé sur des productions américaines et qui a apporté toute son expérience.

J’ai aussi retrouvé Godefroy Ryckewaert, le chef opérateur, avec qui j’avais déjà travaillé. Quant aux difficultés, ce sont les mêmes qu’à chaque tournage, à savoir que l’on ne peut pas contrôler les soucis techniques de dernière minute, la fatigue, mais aussi la chaleur ! C’était quelque chose d’un peu difficile lorsque l’on est entre guillemets « Parisienne » comme moi et qu’on se retrouve à s’entraîner sous une chaleur de 35°. Mais il faut s’adapter, ça fait partie du boulot !

CM : Parlez-nous du personnage que vous interprétez dans le film

Je joue le rôle d’une méchante ! C’est un personnage clé dans le scénario, cheffe d’un gang féminin, qui n’est pas très tolérante et se montre assez irritable, ce qui explique qu’elle dégaine facilement son katana. C’est à la fois une businesswoman et une guerrière. C’est une méchante, mais j’espère que les gens s’attachent quand même un petit peu à elle !

Céline Tran, aka Katsuni, 50 nuances de bien-être après le Cambodge
Céline Tran, aka Katsuni

CM : Quels sont vos sentiments vis-à-vis du Cambodge ?

Ma vision est celle d’une étrangère qui s’y est baladée en tant que touriste, il s’agira donc de clichés… Pour bien comprendre un pays, il faut y vivre, s’immerger dans sa culture, prendre le temps de rencontrer les gens, de parcourir les routes et se mettre un peu en danger. Ce n’est pas en restant 1 mois dans un petit appartement climatisé du centre de Phnom Penh que je peux vraiment me faire un avis. Je ne suis pas rentrée en France en affirmant que je connais le Cambodge. Une chose est sûre, c’est que ce séjour m’a rendue très curieuse à propos de l’histoire de ce pays et m’a donné envie de m’instruire dessus.

Une évasion réussie

Sorti sur les écrans cambodgiens en janvier 2017, le film a remporté un énorme succès public, laissant entrevoir le potentiel commercial des productions cinématographiques locales. Un an plus tard, le métrage était disponible sur la plateforme Netflix, lui assurant ainsi une visibilité internationale. Pour autant, la carrière de Céline Tran s’est poursuivie hors des plateaux et non sans un certain éclectisme. Cet entretien, mené en 2016, nous a donné envie de nous pencher sur le chemin parcouru depuis par cette personnalité atypique à plus d’un titre.

Déjouer les étiquettes

Profitant d’une notoriété très vite acquise, Céline Tran, connue sous le pseudonyme de Katsuni, a très tôt diversifié ses activités. Considérée comme l’une des « hardeuses » les plus iconiques des années 2000, la star plusieurs fois récompensée n’a pas attendu la fin de sa carrière dans le porno, annoncée en 2013, pour aborder les domaines les plus variés.

La bande dessinée en fait partie, suite à une rencontre avec le dessinateur Run, avec qui elle s’est associée pour scénariser des albums de la série Heartbreakers. Une série réservée à un public averti, tout comme la collection qu’elle dirige par la suite chez Glénat, Porn’Pop. L’ancienne actrice demeure présente dans les librairies puisqu’elle publie en 2018 son autobiographie « Ne dis pas que tu aimes ça », dans laquelle elle revendique sans tabou son passé sulfureux. Cette ancienne de Sciences Po et de Lettres modernes assume pleinement ses choix de carrière tout en égratignant certains clichés liés au monde du hard.

Présence sur les réseaux

La quête de nouvelles expériences la mène vers la performance artistique, en collaboration avec la plasticienne Iglika Christova, tandis qu’elle aborde dans le même temps une activité de DJ. Son parcours, ses passions et ses projets sont partagés auprès du public via son site internet, ses chaînes YouTube et Twitch ainsi que son blog, maviedeninja, dans lequel elle dévoile entre autres sa pratique et son intérêt pour les sports de combat. Sa notoriété est mise à profit lors de campagnes de prévention ainsi que de directs sur Facebook durant lesquels elle aborde les thématiques liées à la sexualité, répondant aux nombreuses questions posées par de jeunes adultes.

50 nuances de bien-être

Avec quelques-unes de ses consœurs, Céline Tran démontre que la fin du porno ne signifie pas pour autant la mort professionnelle, même si une certaine mentalité encore tenace tend à stigmatiser les anciennes actrices de X. Sa capacité à aborder de nombreux domaines ainsi que sa prédilection pour les sujets liés au corps et au bien-être l’ont menée vers de nouveaux horizons professionels, le massage, l’hypnose, le yoga et le coaching étant les derniers en date. Ces activités se rajoutent à la longue liste de celles déjà pratiquées par une personnalité dont les multiples visages ne cessent de surprendre.

Rémi Abad & Christophe Gargiulo