80 ans de fraternité d’armes : la coopération militaire franco-cambodgienne célèbre un partenariat indéfectible
- La Rédaction

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En 2026, la coopération militaire entre la France et le Cambodge marque ses 80 ans, un jalon historique né le 1er janvier 1946 avec la création des Missions françaises d’Instruction militaire (MFIM), précurseurs de l’actuelle Mission de Coopération et de Défense rattachée à l’Ambassade de France à Phnom Penh.

Les origines (1946-1953) : Fondations sous protectorat
Tout commence le 1er janvier 1946, dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale et du retour de l’autorité française en Indochine. Neuf Missions françaises d’Instruction militaire (MFIM) sont créées pour former les premières unités cambodgiennes, posant les bases d’une armée nationale embryonnaire.
Ces missions, déployées dans des centres comme Kampong Cham ou Battambang, dispensent un entraînement adapté au contexte local, mêlant tactiques coloniales et compétences de base en artillerie, infanterie et génie.
À l’époque, le royaume du Cambodge, protectorat depuis 1863, aspire à plus d’autonomie : le jeune roi Norodom Sihanouk, monté sur le trône en 1941, voit dans cette coopération un levier pour moderniser ses forces face aux menaces vietnamiennes et laotiennes.
L’indépendance accordée en novembre 1953 ne rompt pas ces liens. Au contraire, Sihanouk les prolonge explicitement par des accords bilatéraux, transformant les MFIM en une Académie royale militaire structurée. Des instructeurs français, souvent issus des troupes coloniales, forment des centaines d’officiers khmers, instaurant une doctrine militaire influencée par l’école française. Ce partenariat précoce forge une élite militaire loyale, essentielle pour la neutralité prônée par Phnom Penh au cœur des tensions indochinoises.
Apogée des années 1960 et ruptures tragiques (1954-1979)
Les années 1960 marquent l’âge d’or. En 1966, la visite historique de Charles de Gaulle à Phnom Penh scelle des accords de coopération renforcés : la France s’engage à fournir armes, munitions et formations avancées, tout en respectant la politique de neutralité cambodgienne face à la guerre du Vietnam. Un bureau militaire français permanent coordonne les échanges, avec des stages pour officiers khmers à Saumur, Saint-Cyr ou Draguignan. L’armée nationale khmère (ANK), forte de 35 000 hommes en 1969, s’appuie sur cette expertise pour moderniser son parc – chars AMX-13, avions Nord 2501 – et contrer les incursions frontalières.
Mais 1970 sonne la fin brutale : le coup d’État de Lon Nol contre Sihanouk, suivi de l’invasion vietnamienne et de la prise de pouvoir par les Khmers rouges en 1975, disperse les forces armées. Les MFIM sont dissoutes, les instructeurs français évacués. De 1975 à 1979, le régime Pol Pot démantèle toute structure militaire organisée, massacrant des milliers d’officiers formés par la France. La guerre civile et l’occupation vietnamienne (1979-1989) plongent le pays dans le chaos, interrompant 30 ans de partenariat.
Renaissance post-conflit (1991-2000) : De la paix aux Casques bleus
La France renaît en 1991 comme coprésidente des Accords de Paris, posant les fondations de la paix. Dans le cadre de l’APRONUC (1992-1993), Paris déploie 15 000 Casques bleus sur 150 000, la plus grande contribution européenne, pour démobiliser les factions et superviser les élections. Ce rôle pivotant ravive la coopération : dès 1993, des experts français réintègrent Phnom Penh, formant les naissantes FAR sous le gouvernement royal. L’ambassade de France héberge une Mission de Coopération de Défense (MCD), axée sur la restructuration post-conflit.
Les années 1990 voient aussi l’émergence des Casques bleus cambodgiens : formés avec soutien français au Centre national de maintien de la paix (NPMEC), ils participent à leurs premières missions ONU en 1994, notamment en déminage. Cette période consolide une relation de confiance, marquée par la visite en 1996 du ministre français de la Défense, Charles Millon, qui relance les échanges d’officiers.
Ère contemporaine (2000-2026) : Professionnalisation et rayonnement mondial
Au XXIe siècle, la MCD s’ancre durablement à l’ambassade, employant une quinzaine de militaires français. Quatre piliers structurent l’action : appui au commandement à l’École des Officiers d’Active (EOA) de Thmat Paung, où 100 cadets par promotion (comme la 25e en 2025) suivent un cursus de 18 mois, complété par des stages en France ; enseignement du français (200 apprenants annuels, du DELF A1 au DALF C1) via l’Institut français et l’OIF ; formation initiale des cadets ; et préparation des Casques bleus au NPMEC, avec 2-3 missions d’experts par an.
Aujourd’hui, le Cambodge déploie 800 Casques bleus par an en Afrique francophone (Centrafrique, Mali via MINUSMA), au Liban (FINUL) ou en Syrie, reconnus pour leur expertise en déminage et logistique. En 2026, le jubilé des 80 ans, célébré sur les réseaux de l’ambassade, honore cette résilience : d’une formation coloniale à un partenariat égalitaire, cette histoire incarne la paix partagée et la francophonie militaire.







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