Tradition : Le Cambodge célèbre la fête du Sillon sacré, Chrat Preah Nongkal (ច្រត់ព្រះនង្គ័ល)

Le Cambodge célèbre aujourd'hui la fête du Sillon sacré, une tradition millénaire destinée à prédire les récoltes, les intempéries, et les grands événements du royaume.

Organisée chaque année en mai, La fête du sillon sacré au ou Chrat Preah Nongkal (ច្រត់ព្រះនង្គ័ល) a pour but d’annoncer le début de la saison des pluies afin de préparer les paysans cambodgiens aux travaux agricoles et de prier pour une récolte abondante pour l’année en cours. La fête du Sillon sacré se tenait généralement à la place publique de Veal Preah Merhu devant le Musée national à Phnom Penh. Mais, depuis 2013, la célébration a lieu en province.

Jadis

La fête du sillon sacré au Cambodge, ou Chrat Preah Nongkal (ច្រត់ព្រះនង្គ័ល) est une tradition millénaire destinée à prédire les récoltes, les intempéries, et les grands événements du royaume. L’origine de ce rituel serait indienne.

Jadis, les astrologues du palais déterminaient le jour faste au cours duquel le roi en personne devait tracer les premiers sillons dans une rizière sacrée qui existait réellement à Phnom Penh sur l’esplanade Veal Preahmein, en face de l’enceinte nord du palais royal. Le roi conduisait alors un attelage avec une charrue tirée par des bœufs rigoureusement sélectionnés, suivi de la reine qui semait à la volée les meilleures semences.

Après avoir effectué trois fois le tour de la rizière sacrée, le cortège royal devait s’arrêter devant une chapelle où les brahmanes évoquaient la protection des anciens dieux pour les travaux agricoles. Les bœufs sacrés étaient ensuite libérés de leur attelage et conduits devant plusieurs plateaux d’argent chargés de riz, de maïs, de haricots verts, d’herbe fraîchement coupée, d’eau et d’alcool de riz.

Si les animaux mangeaient l’une des céréales, la récolte pourrait être excellente.

S’ils choisissaient de l’herbe fraîche, les animaux devaient craindre des épidémies. S’ils buvaient de l’eau, les pluies seraient abondantes et la paix régnerait ; mais s’ils se dirigeaient vers le plateau d’alcool, des troubles et des catastrophes seraient à craindre dans le royaume.

Retour des Bakous

La célébration du Sillon sacré, créée à l’initiative d’un des premiers rois khmers, avait été abandonnée lors du règne d’Ang Duong (1845-1859). Elle fut réintroduite par Norodom Sihanouk après l’indépendance du pays, alors que le monarque se disait soucieux de redonner vie aux traditions du royaume, avant d’être à nouveau interrompue de 1970 à 1994.

Lors de son retour, le roi Sihanouk œuvra beaucoup pour restaurer le corps des Bakous, ces brahmanes que la royauté conservait au palais depuis la nuit des temps pour s’attirer les bonnes grâces des dieux hindous, qui veillaient sur plusieurs cérémonies traditionnelles, et qui disparurent en 1970 sous l’impulsion de Lon Nol.

Les Bakous officient de nouveau au palais, et très peu d’étrangers ou de Cambodgiens peuvent les apercevoir, ceux-ci sortent très peu en costume traditionnel, sauf justement pour la cérémonie du Sillon sacré, et pour la Fête des eaux. De nos jours, la fête du Sillon Sacré s’est décentralisée, organisée pour la première fois à Angkor en 2010, elle se déroule alternativement dans la province de Battambang, de Kandal ou dans celle de Prey Vèng. Et, ses prédictions restent prises très au sérieux par les Cambodgiens.

Photographies AKP

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