Tabac au Cambodge : un homme sur cinq fume, et les hauts-plateaux du Nord-Est en tête
- La Rédaction

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Une étude publiée dans la revue Advances in Public Health dresse le portrait le plus détaillé à ce jour de la consommation de tabac chez les hommes cambodgiens, révélant de profondes disparités géographiques et sociales — et un lien étroit avec l'alcool.

Vingt et un pourcent. C'est la proportion d'hommes cambodgiens âgés de 15 à 49 ans qui consomment aujourd'hui du tabac, sous une forme ou une autre. Le chiffre, tiré d'une nouvelle analyse des données de l'Enquête démographique et de santé du Cambodge (CDHS) 2021-2022, vient d'être publié par une équipe de chercheurs cambodgiens et belges menée par Samnang Um, de l'Institut national de santé publique à Phnom Penh. Près de 8 825 hommes ont été interrogés dans le cadre de cette vaste enquête nationale, l'une des plus fiables sur les comportements de santé au Cambodge.
Le constat global n'est pas une surprise : le tabac reste un fléau de santé publique majeur en Asie du Sud-Est. Mais le détail de l'étude, lui, mérite qu'on s'y attarde — car il dessine une carte du pays où le tabagisme épouse presque parfaitement les lignes de la pauvreté, de l'isolement et du manque d'éducation.
Le Nord-Est, épicentre du tabagisme
Le fait le plus frappant de cette étude est sans doute géographique. Alors que la prévalence du tabagisme tombe à moins de 10 % à Phnom Penh, elle grimpe à plus de 40 % dans la province de Stung Treng, et dépasse les 39 % à Mondulkiri et à Ratanak Kiri — trois provinces montagneuses du Nord-Est où vit une part importante des populations autochtones du pays. Preah Vihear suit de près, avec plus d'un tiers des hommes concernés.
Ce sont d'ailleurs les mêmes provinces qui affichent les taux les plus élevés de tabac à chiquer ou à priser, une pratique par ailleurs marginale dans le reste du pays (moins de 1 % en moyenne nationale). Les chercheurs y voient la marque de normes culturelles propres aux communautés autochtones, conjuguées à un accès limité à l'information sanitaire et à des conditions de vie rurales plus difficiles.
Un profil-type se dessine
Au-delà de la géographie, l'étude identifie un faisceau de facteurs qui, statistiquement, font grimper le risque de consommation de tabac. Sans surprise, l'âge joue un rôle : plus un homme avance en âge, plus la probabilité qu'il fume augmente, jusqu'à quadrupler chez les 40-49 ans par rapport aux 15-18 ans.
Mais c'est surtout l'éducation qui apparaît comme le levier le plus puissant. Les hommes n'ayant reçu aucune instruction affichent un taux de tabagisme de plus de 50 %, contre moins de 2 % chez ceux ayant atteint un niveau d'études supérieur. Le fait de travailler dans l'agriculture ou comme ouvrier manuel double quasiment les probabilités de fumer par rapport à une personne sans emploi, tandis que l'appartenance aux ménages les plus pauvres est associée à des taux nettement supérieurs à ceux des ménages les plus aisés. Autrement dit, le tabac au Cambodge n'est pas qu'une affaire d'habitude individuelle : c'est un marqueur social.
Un détail retient également l'attention : posséder un smartphone et utiliser Internet quotidiennement semble associé à une probabilité plus faible de fumer — un signal, selon les auteurs, de l'importance de l'accès à l'information sanitaire dans la prévention.
Le tabac et l'alcool, un même terrain
L'un des apports majeurs de cette étude est de documenter, chiffres à l'appui, ce que beaucoup de professionnels de santé pressentaient déjà : au Cambodge, tabac et alcool avancent main dans la main. Plus un homme boit fréquemment, plus il a de risques de fumer — une relation dite « dose-réponse » qui se vérifie de manière continue : les probabilités de tabagisme presque quadruplent chez les buveurs quotidiens par rapport aux non-buveurs.
Pour les chercheurs, ce constat plaide pour une approche intégrée des politiques publiques. Aujourd'hui, le Cambodge dispose d'un arsenal juridique relativement solide contre le tabac — ratification de la Convention-cadre de l'OMS dès 2005, loi antitabac de 2015, interdiction de fumer dans les établissements touristiques — mais les politiques de régulation de l'alcool restent, elles, beaucoup moins développées. L'étude suggère que le pays pourrait s'inspirer de ses propres succès en matière de lutte antitabac — restrictions publicitaires, emballages neutres, hausse de la fiscalité — pour bâtir une régulation équivalente de l'alcool.
Une cible encore loin d'être atteinte
Le Cambodge s'était fixé, entre 2018 et 2027, l'objectif d'une réduction de 30 % de la prévalence du tabagisme chez les adultes. À la lecture de cette étude, l'objectif paraît encore lointain, en particulier dans les zones rurales et montagneuses où se concentrent les populations les plus vulnérables.
Les auteurs appellent ainsi à des campagnes de sensibilisation ciblées sur les provinces du Nord-Est et sur les travailleurs agricoles et manuels, à l'intégration de l'éducation antitabac dans les programmes scolaires, et à des interventions combinant prévention du tabac et de l'alcool plutôt que de traiter ces deux problématiques séparément. Une manière de rappeler que, derrière les statistiques, se joue une bataille contre les inégalités sociales autant que contre une addiction.
Sources : Um, S., Supheap, L., Chamroen, P., Sieng, C., Heng, S., & Ku, G. M. (2026). Sociodemographic Correlates of Tobacco Use Among Cambodian Men Aged 15–49 Years: Evidence From the Cambodia Demographic and Health Survey 2021–2022. Advances in Public Health, 2026:1205397.







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