Séra, le trait qui ravive les mémoires blessées : une exposition intime au cœur de Phnom Penh
- La Rédaction

- il y a 9 heures
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L'exposition "Séra, illustrateur : le trait et la mémoire" ouvre ses portes le 21 janvier 2026 à la Galerie de l'Institut français du Cambodge, invitant le public à plonger dans l'univers graphique d'un artiste franco-cambodgien dont les dessins tissent le fil entre trauma personnel et histoire collective.

Du vernissage à 18h30 jusqu'au 21 mars 2026, cette rétrospective gratuite met en lumière planches originales, reproductions et projets emblématiques, explorant comment le dessin devient un langage de traduction culturelle entre France et Cambodge.
Le parcours d'un exilé artiste
Phouséra Ing, dit Séra, né en 1961 à Phnom Penh d'un père khmer et d'une mère française, fuit le Cambodge en 1975 après la prise de la capitale par les Khmers rouges, perdant son père exécuté par le régime. Installé en France, il obtient un DEA en arts plastiques à la Sorbonne en 1987 et publie sa première BD en 1979, avant de consacrer une grande partie de son œuvre au devoir de mémoire cambodgien. Illustrateur, sculpteur, peintre et enseignant en bande dessinée à l'université Paris I depuis 1989, Séra incarne un pont vivant entre ses deux cultures, comme en témoigne son mémorial "À ceux qui ne sont plus ici" inauguré en 2018 au musée Tuol Sleng.
Œuvres phares et devoir de mémoire
À travers Impasse et rouge (1995, préfacé par Jacques Tardi), L'Eau et la Terre (2005) et Lendemains de cendres (2007), Séra retrace la guerre civile et le génocide khmer, mêlant souvenirs d'enfance et faits historiques pour dénoncer la barbarie sans complaisance. Concombres amers (2018, Marabout), fruit de sept ans de travail, explore les racines de la tragédie de 1967 à 1975, utilisant l'image pour contrer les clichés et rendre palpable l'horreur vécue dès ses neuf ans. Son travail sur L'Anarchiste de Soth Polin (Éditions de la Table ronde, 2025) illustre un roman hybride mêlant autobiographie et fiction, scellant son rôle d'interprète des imaginaires franco-khmers.
Le dessin comme espace de libération
Cette exposition interroge le rôle du trait comme vecteur de mémoire intime et collective, présentant des avancées de son prochain livre aux côtés de projets emblématiques. En exil forcé à 14 ans, Séra transforme le traumatisme en art libérateur, comme il l'explique : les mots seuls sont insuffisants face à la violence, seul le dessin restitue la réalité brute.







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