Siem Reap & Parcours : Jean-Marie Mozzon, athlète puissance 3

Concilier activité physique de haut niveau et découverte culturelle : le pari peut sembler ardu, mais Jean-Marie Mozzon en aura remporté bien d’autres. Cet athlète franco-suisse tombé sous le charme du Cambodge a créé en 2020 un concept destiné à promouvoir la pratique du triathlon. Natation, cyclisme et course à pied y côtoient la culture et l’histoire de son nouveau pays d’adoption.

C’est une personnalité souriante, enthousiaste et chaleureuse, dont la silhouette élancée laisse deviner sans peine le coureur de fond. Avec passion, Jean-Marie aborde les thèmes qui lui sont chers : le dépassement de soi, les défis sportifs, la transmission du savoir et son admiration pour les monuments d’Angkor, l’histoire et la culture du Cambodge.

Autant de valeurs répondant à une vaste remise en question, de celles qui bouleversent une vie et sont capables de la changer radicalement. « La première rencontre avec le royaume a eu lieu début 2020, lors d’une mission de volontariat menée avec ma fille, qui était alors âgée de 18 ans. Nous avons effectué ensemble toute une série de travaux dans une école située non loin de Preah Vihear, et cette expérience nous a tous deux profondément transformés.

De retour en Suisse, j’ai éprouvé la plus grande difficulté à reprendre mon activité professionnelle, et l’arrivée du Covid a fait l’effet d’une sorte de catalyseur. Je ne voyais plus de sens à mon métier et, après un mois passé en télétravail, j’ai décidé un beau jour que je n’irai plus bosser. Une page était tournée. J’avais 52 ans et l’heure du bilan avait sonné. Je pensais de plus en plus au Cambodge et le projet de la Tri Academy commençait à germer. Trois mois plus tard, je m’installai à Siem Reap. »

La révélation Ironman

Des changements de parcours, Jean-Marie en avait auparavant déjà vécu. Cet ingénieur de formation a commencé sa carrière dans le secteur spatial, comme chef de projet pour la fabrication de bras robotisés. Une décennie plus tard, il bifurque vers le secteur médical et pharmaceutique, enchaîne les voyages au siège social de Minneapolis, partage son temps entre son foyer en Suisse, l’Irlande, le Mexique et la Californie.

Entre deux vols, il s’entraîne autant que possible, et même de plus en plus, fasciné par une compétition complètement folle inventée à la fin des années 1970 : celle de l’Ironman.

« J’avais 14 ans lorsque je suis tombé sur un reportage qui passait à la télé. J’étais subjugué : on y voyait un petit groupe de sportifs enchaîner trois courses parmi les plus difficiles, cela m’a paru complètement dingue. »

« Sur l’écran, au milieu des paysages grandioses d’Hawaï, les candidats du premier Ironman luttaient contre la chaleur et la fatigue, malgré la souffrance qui se lisait sur leur visage. 12 des 15 participants ont franchi la ligne d’arrivée après avoir nagé 3,8 km, parcouru 180 km en vélo et couru la distance d’un marathon. L’adolescent que j’étais avait très envie d’y participer, mais je me suis longtemps concentré sur la musique, les études et le travail… Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à m’entraîner sérieusement. Lorsque j’ai démarré le triathlon en 1998, j’étais néophyte dans les trois sports. »

Discipline de fer et mental d'acier

15 ans après avoir découvert la discipline et après une préparation physique adéquate, Jean-Marie Mozzon s’inscrit à son premier Ironman.

« C’était à Zurich, j’avais 32 ans et me suis rendu compte des efforts requis pour espérer franchir la ligne d’arrivée. Un an plus tard, je m’inscrivais à l’édition de Lanzarote, puis à celles de Nice, d’Afrique du Sud et, surtout, me qualifiais pour les championnats du monde à Hawaï, la course la plus mythique, la plus légendaire. »

« J’y ai côtoyé tous mes héros, car chacun se retrouve au coude à coude et le milieu n’est absolument pas cloisonné comme peuvent l’être d’autres disciplines »

« Le sport est alors devenu très important pour moi, je m’entraînais entre 15 et 20 heures par semaine, essayant de trouver des créneaux dans un travail qui m’occupait parfois plus de 60 heures hebdomadaires… J’ai aussi découvert d’autres challenges, comme le Gigathlon, qui réunit 5 disciplines sur 7 jours et 1 500 km. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à faire du coaching et à passer des diplômes dans ce domaine. Ce sont toutes ces expériences qui me servent aujourd’hui pour l’Angkor Tri Academy. »

Le coach sportif

Un métier de coach que Jean-Marie ne prend pas à la légère, comme en témoignent le temps et les efforts fournis envers son académie et ses élèves. Sur l’écran de son ordinateur portable, les dispositifs de suivi se mêlent aux diagrammes et aux itinéraires élaborés pour chaque individu.

Le coach observe avec attention les performances de ses protégés grâce aux informations fournies par les montres connectées, qui communiquent condition physique et parcours des athlètes.

Autant d’informations qui sont ensuite minutieusement décortiquées et qui permettent d’accompagner la progression des élèves, entre 15 et 30 personnes en fonction de la saison, de tous les niveaux. Certains jeunes, en situation de grande précarité, ont bénéficié de dons matériels ou financiers grâce à des appels lancés par Jean-Marie et relayés sur les réseaux sociaux.

Courir dans les pas de Jayavarman

Par le biais de l’Angkor Tri Academy, Jean-Marie Mozzon vise à populariser la pratique du triathlon, encore largement méconnue dans un Cambodge qui ne manque pas de talents. Aux courses récurrentes, comme celle de Kep en octobre, se rajoute la tenue prochaine des SEA Games, qui se dérouleront à Phnom Penh en 2023.

Mais un autre volet le préoccupe tout autant, celui de la découverte et du partage. « J’ai toujours été sensible à l’histoire et à l’archéologie. Étant jeune, j’étais fasciné par l’Égypte antique, puis par l’Antiquité gréco-romaine. L’attrait exercé par les temples d’Angkor n’est pas anodin dans le choix de venir m’installer à Siem Reap. » L’idée de combiner activités sportives et découvertes culturelles est donc naturellement apparue, dans des circuits aux noms évocateurs tels que « Trilogy of Mountains », « Suryavarman II » et « Jayavarman VII ». L’élaboration de ces itinéraires thématiques, qui devraient séduire un large public de par leur originalité, est en cours d’achèvement et les premiers séjours sportifs seront bientôt proposés.

De quoi occuper les longues journées de Jean-Marie Mozzon, qui accompagne ses élèves dans leurs activités, gère son académie, anime des camps d’entraînements pour les jeunes et projette d’organiser de nouvelles courses. Tout en continuant de se cultiver sur le Cambodge et de partager du temps avec ses proches, dont sa fille et sa sœur, venues elles aussi s’installer à Siem Reap. Sans oublier un entraînement constant et l’envie, toujours bien présente, de sans cesse repousser ses limites.

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