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Siem Reap : le Kun Lbokator réveille les pierres d'Angkor, le Sbek Thom illumine la rivière

il y a 44 minutes
4 min de lecture

Les 18 et 19 septembre 2026, le Cambodia Tourism Board (CTB) a lancé ses premiers « Cultural Pop-up Shows » à Siem Reap. Au programme, deux arts khmers inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO : l'art martial Kun Lbokator et le grand théâtre d'ombres Lkhon Sbek Thom. Les spectacles sont gratuits et reviennent chaque vendredi et chaque samedi.

Démonstration de Kun Lbokator devant la Terrasse des Éléphants, à Angkor Thom
Démonstration de Kun Lbokator devant la Terrasse des Éléphants, à Angkor Thom

Deux combattants se font face sur un tapis posé dans l'herbe. L'un lève le genou. L'autre bascule en arrière, la jambe tendue. Un krama à carreaux ceint leur front, des cordelettes enserrent leurs avant-bras. Derrière eux, les murs sculptés de la Terrasse des Éléphants. Assis sur une natte, des musiciens vêtus de blanc tiennent le rythme sur leurs tambours.

C'est l'image que le CTB veut désormais offrir aux visiteurs d'Angkor Thom. Le Kun Lbokator s'y produit le vendredi, de 16 h 30 à 17 h 30. Le samedi soir, de 19 h à 20 h 30, le Lkhon Sbek Thom prend le relais au bord de la rivière de Siem Reap. L'entrée est libre.

Des spectacles « pop-up » pour prolonger les séjours

L'idée est simple : sortir le patrimoine vivant des salles et le jouer là où passent les voyageurs. Le CTB veut aussi étoffer l'offre du soir. Objectif affiché : que les visiteurs restent plus longtemps et dépensent davantage dans les commerces locaux.

Kim Minea, directeur général du CTB, rappelle que Siem Reap figure parmi les destinations mondiales de l'année 2026 selon Lonely Planet. La ville est aussi classée parmi les meilleures destinations culturelles des Travelers' Choice Awards 2026 de Tripadvisor. Il souhaite lui donner une ambiance urbaine plus vivante, au-delà des temples.

Lay Kimsour, président de la section de Siem Reap de la Cambodia Hotel Association, soutient l'initiative. Il aimerait la voir revenir plus souvent et gagner d'autres lieux de la province. Le CTB remercie de son côté l'Autorité nationale APSARA et l'administration provinciale de Siem Reap pour leur coopération.

Kun Lbokator, l'art de « frapper le lion »

Le nom se traduit littéralement par « l'art de frapper le lion ». Selon la fiche de l'UNESCO, cet art martial remonterait au premier siècle. Il associe techniques d'autodéfense et philosophie de non-violence. L'enseignement ne s'arrête pas au geste. Les maîtres, dont certains passent pour avoir des pouvoirs de guérison et de protection, transmettent aussi un code de conduite : respecter la nature, défendre les plus faibles.

Le Kun Lbokator accompagne encore des offrandes rituelles aux divinités locales, aux côtés de la danse, de la musique et de la médecine traditionnelle. Le krama noué au front des combattants a lui-même rejoint la liste du patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2024.

L'art a failli disparaître. Sous les Khmers rouges, entre 1975 et 1979, la plupart des maîtres ont été tués. Le grand maître San Kim Sean, réfugié aux États-Unis, est rentré au Cambodge en 1995. Il a passé des années à chercher les derniers pratiquants. En 2001, il en réunissait une poignée à Phnom Penh.

Le 29 novembre 2022, lors de la 17e session du Comité intergouvernemental réunie à Rabat, le Kun Lbokator a été inscrit sur la Liste représentative de l'UNESCO. L'intitulé officiel parle d'arts martiaux traditionnels « au » Cambodge, et non « du » Cambodge. Selon le bureau de l'UNESCO à Bangkok, ce choix indique que la pratique n'est pas réservée à un seul pays. L'inscription avait malgré tout provoqué de vifs échanges sur les réseaux sociaux thaïlandais.

La Terrasse des Éléphants, une tribune royale

Le décor n'a rien d'anodin. La Terrasse des Éléphants date de la fin du XIIe siècle, sous le règne de Jayavarman VII. Elle s'étire sur plus de 300 mètres face à l'ancien palais royal, au cœur d'Angkor Thom. Sa façade aligne des éléphants et leurs cornacs sculptés en haut-relief, des garudas et des lions.

Le roi y assistait aux cérémonies publiques. La tradition veut qu'il y ait aussi accueilli ses armées victorieuses. Les combattants de Kun Lbokator s'affrontent aujourd'hui là où le souverain passait ses troupes en revue.

Lkhon Sbek Thom, des ombres de cuir sur la rivière

Le public assis au bord de la rivière de Siem Reap, face à l'écran du Lkhon Sbek Thom
Le public assis au bord de la rivière de Siem Reap, face à l'écran du Lkhon Sbek Thom

Le samedi soir, changement de décor. Des lampes en rotin tressé pendent des arbres. Le public s'installe sur le ponton de bois. De l'autre côté de l'eau, un grand écran blanc éclairé par l'arrière. Trois figures de cuir ciselé s'y découpent. Leur reflet tremble à la surface de la rivière.

Le Sbek Thom, littéralement « grand cuir », compte parmi les plus anciennes formes de théâtre khmer. L'UNESCO le fait remonter à la période pré-angkorienne. Ses figures ajourées, hautes de près de deux mètres, sont taillées dans une seule peau et n'ont aucune partie articulée. Ce sont les manipulateurs qui les animent, en dansant devant l'écran. Deux narrateurs et un orchestre portent le récit.

Les épisodes sont tirés du Reamker, la version khmère du Ramayana. Un seul récit peut s'étendre sur plusieurs nuits et mobiliser jusqu'à 160 figures. L'ethnomusicologue Jacques Brunet y voyait « le pendant dansé des sculptures d'Angkor ».

Cet art a longtemps été sacré. Comme le Ballet royal et le théâtre masqué, il était dédié aux divinités. Il ne se jouait que trois ou quatre fois par an : au Nouvel An khmer, pour l'anniversaire du roi ou en hommage à des personnalités. Après la chute d'Angkor au XVe siècle, il est devenu un art de la scène, sans perdre sa dimension cérémonielle.

Proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2005, le Sbek Thom a été intégré à la Liste représentative de l'UNESCO en 2008. Comme le Kun Lbokator, il est sorti très affaibli de la période khmère rouge. Siem Reap reste l'un de ses foyers, avec la troupe de Ty Chean et les ateliers de Roluos, où l'on taille encore les figures.

Infos pratiques

Kun Lbokator : chaque vendredi, de 16 h 30 à 17 h 30, à la Terrasse des Éléphants, Angkor Thom.

Lkhon Sbek Thom : chaque samedi, de 19 h à 20 h 30, au bord de la rivière de Siem Reap.

Gratuit et ouvert à tous. Photos et vidéos bienvenues. L'accès au site d'Angkor Thom reste soumis aux règles du parc archéologique. Les changements d'horaire sont annoncés sur les réseaux sociaux du Cambodia Tourism Board.

Plus de photographies ici

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