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Siem Reap : Christophe Guenole, du Finistère à Angkor, la nature comme constante

Dans son somptueux jardin, des dizaines de végétaux cohabitent avec les oiseaux et papillons de toutes espèces. Attiré par la nature depuis sa plus tendre enfance, ce Breton d’origine a trouvé aux portes d’Angkor de quoi assouvir sa passion. Avec des objectifs bien concrets : inventorier l’écosystème local tout en faisant partager au plus grand nombre les connaissances accumulées.

Sreyroth et Christophe
Sreyroth et Christophe

Jardin divers

C’est, tout d’abord, un profond sentiment de sérénité qui s’empare du visiteur lorsqu’il foule ces parterres verdoyants, le calme du lieu contrastant avec l’agitation du temple d’Angkor tout proche. Situé à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau, le joyau de l’architecture angkorienne draine son lot quotidien de visiteurs se bousculant sur sa chaussée centrale.

Dans ce jardin, pourtant, point de perches à selfie, de cris ni de bousculades, mais une légère brise porteuse de senteurs entêtantes. Sous une treille ombragée, Christophe et sa femme Sreyroth gratifient leurs visiteurs d’un large sourire. « Cela fait des années que le jardin s’enrichit de nouvelles espèces », précise Christophe, qui dénombre 243 végétaux inventoriés à ce jour, s’épanouissant sur les 2 600 m² du terrain.

Commencé comme un jardin d’agrément jouxtant son habitation, le lieu s’est au fil des années enrichi d’une multitude d’espèces locales collectées par le naturaliste. Méthodiquement, une vaste base de données a été dressée et rendue disponible aux spécialistes du monde entier. « La faune et la flore qui nous entourent sont à peu près identiques à ce que l’on pouvait voir au temps de l’empire d’Angkor. Les grands mammifères et les félins ont disparu, tandis certaines espèces végétales tropicales invasives y ont élu domicile. Mais les palmiers à sucre, la forêt diptérocarpe et les petites plantations faisaient déjà partie du paysage lorsque Suryavarman II a entamé la construction d’Angkor Vat. »

Du Finistère à Angkor, la nature comme constante

L’histoire est celle d’une rencontre avec le Cambodge et de la naissance d’une irrésistible attirance. Découvert en 2007, le Royaume a d’emblée fasciné Christophe Guenole. L’histoire de ce pays, ses habitants, son mode de vie, mais aussi sa nature qui, bien que d’une exceptionnelle variété, n’a encore que peu fait l’objet d’études scientifiques et d’une nomenclature digne de ce nom. De quoi piquer au vif l’intérêt d’un professionnel aguerri, qui a passé des années à étudier la faune et la flore du littoral breton.

« Je suis issu d’une famille qui a toujours été proche de la nature et qui a su m’inculquer la curiosité et le respect à son égard. Lorsque, tout enfant, on part chercher des champignons avec sa grand-mère et qu’on se balade dans la campagne du Finistère avec son père et ses oncles, cela influence irrémédiablement le rapport que l’on entretient avec son environnement », témoigne Christophe.

Il se souvient aussi des livres sur les animaux qu’il dévorait une fois regagnée sa chambre. « Les planches illustrées de l’encyclopédie Tout l’Univers ont sans aucun doute contribué à mon éducation de naturaliste, tout comme les beaux livres sur les animaux, qui abondaient de photographies qui me faisaient rêver. C’est vraiment sans me poser de questions que j’ai choisi des professions me permettant d’être au contact quotidien avec la nature, tout d’abord en tant qu’ouvrier forestier, puis en passant un Brevet d’État d’Éducation Populaire spécialité Nature. Cela m’a permis de faire des rencontres fabuleuses, comme avec le naturaliste et ornithologue breton Patrick Hamon, qui fut l’un de mes formateurs et qui est depuis resté un ami proche. À cette époque, j’ai pris conscience de l’incroyable diversité de la nature, une diversité qui n’a depuis cessé de m’impressionner. C’est une vraie leçon d’humilité. »

Les connaissances n'ont de valeur que si elles sont partagées

Participant à des programmes d’inventaire de la faune et de la flore, Christophe Guenole en a transposé les habitudes dans son environnement cambodgien. « Lorsqu’on commence à faire ce boulot, on en devient presque maniaque ! On a envie de tout cataloguer, tout inventorier, parfois de manière quasi obsessionnelle. On veut mettre un nom sur toute chose, et c’est exactement ce que je fais depuis mon premier contact avec le Cambodge. Cela s’est traduit concrètement par la création de deux groupes Facebook qui ont suscité un engouement que je n’aurais pas soupçonné. Natural Cambodia, créé avec Tori Green, rassemble plus de 12.600 personnes, et celui sur les champignons, bryophytes et les lichens compte 300 membres. J’ai aussi eu la joie de participer à la corédaction de l’ouvrage Butterflies of Cambodia, édité en 2020 avec l’aval du ministère de l'Environnement. L’un des aspects les plus ardus de ce travail a concerné la taxonomie. En effet, certaines espèces possèdent un nom en latin et en anglais, mais aucun en langue khmère. Il a donc fallu baptiser plus de 200 papillons, souvent en s’inspirant du nom anglais. Ainsi, le Papilio demoleus, ou lime butterfly, est devenu មេអំបៅក្រូចឆ្មា. Nommer la nature est une étape primordiale pour la connaître, la respecter et la comprendre. »

Une zone préservée par l’UNESCO

À de nombreuses reprises, Christophe est interrompu par des chants d'oiseaux dont il se fait un plaisir de décrire l’espèce. La faune révèle toute sa diversité dans cette zone APSARA située en lisière de forêt, qui fait aussi partie de l’itinéraire emprunté par des oiseaux migrateurs fuyant les hivers chinois, mongols ou russes. Au cours de la visite, martinets des palmiers à sucre, cigognes, perruches à moustaches et troides darsius auront traversé l’azur du ciel.

« De cela, les amis profitent lorsqu’ils viennent nous voir, mais nous souhaitons désormais faire découvrir ce petit monde à un nombre plus élevé de visiteurs. »

C’est ainsi que naquit l’idée d'un observatoire destiné à propager et promouvoir la connaissance naturaliste, et ce à destination du plus vaste public. Le travail ne se limite pas au seul jardin, mais à l’ensemble du parc archéologique, dans lequel Christophe a déjà référencé plus de 870 espèces animales et végétales. La constitution, depuis des années de labeur, de cette base de données ne demande qu’à être complétée avec l’aide des experts désireux de rejoindre le projet.

Expertises internationales

« Nous, les cambodgiens, connaissons très bien les plantes car nous les utilisons quotidiennement pour la gastronomie ou la médication, et ce de manière ancestrale. Mais peu sont décrites scientifiquement, nommées ou cataloguées », raconte Sreyroth, intarissable sur la pharmacopée et les recettes traditionnelles. L’un des buts de l’Angkor Nature Observatory consiste à compléter un inventaire qui dénombre d’ores et déjà 870 spécimens.

« Nous collaborons avec des experts de tous horizons et de tous pays. Entomologiste belge, mycologue américain, ornithologue français ou herpétologiste laotien, la faune et la flore du Cambodge intéresse des experts venus des quatre coins du globe. Nous sommes aussi en contact avec des universités cambodgiennes et des organisations internationales. Ces collaborations se traduiront bientôt par l’impression de posters et de brochures qui viendront compléter notre bibliothèque. Nous espérons que ce jardin et ses environs attireront non seulement les spécialistes, mais aussi les scolaires et toute personne avide de contempler cette nature merveilleuse. Des jumelles, microscopes et boussoles seront disponibles sur place. Nous souhaitons aussi développer un volet formation à destination des guides, car une visite des temples ne saurait être complète sans aborder l'environnement qui les entourent. »

Quels que soient le niveau de connaissance, la spécialisation ou le degré de curiosité, il sera toujours bon de venir rendre visite à Sreyroth et Christophe. Afin de profiter de leur magnifique jardin, mais aussi de découvrir toute la passion qui les anime ainsi que l’étendue de leur amour pour une nature qui ne cesse de se laisser découvrir.

Tel en français/anglais : 078341598

Tel en khmer : 085502558

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