Santé : L’Institut Pasteur du Cambodge, un rôle stratégique dans la lutte contre la pandémie

L’Institut Pasteur du Cambodge, largement connu pour ses unités de recherche et ses centres de vaccination, joue aussi un rôle stratégique dans le soutien du système de santé au Cambodge.

Laurence Baril, directrice de l’Institut Pasteur du Cambodge
Laurence Baril, directrice de l’Institut Pasteur du Cambodge

Outre les travaux menés dans ses laboratoires biomédicaux et ses laboratoires spécialisés dans les questions d’environnement et de sécurité alimentaire, l’institution soutient les efforts du Cambodge pour prévenir la propagation du COVID-19. Entretien avec Laurence Baril, directrice de l’Institut Pasteur du Cambodge réalisé par nos amis de Cambodianess & Thmey Thmey :

Thmey Thmey : Pouvez-vous nous parler du rôle et de la mission de l’Institut Pasteur au Cambodge ?

L’Institut Pasteur du Cambodge (IPC) est une institution cambodgienne à but non lucratif créée en 1953 et rouverte en 1992. L’IPC est l’un des membres très actifs du Réseau International des Instituts Pasteur qui comprend 32 institutions à travers le monde. Aujourd’hui, l’IPC est connu du public cambodgien pour son rôle très actif dans la lutte contre la pandémie COVID-19. Au 25 janvier 2021, l’IPC avait réalisé plus de 200 000 tests PCR (polymerase chain reaction – réaction en chaîne par polymérase) pour la détection du COVID-19.

Plus généralement, l’IPC est connu pour ses centres de vaccination — vaccination contre la rage par exemple — son laboratoire de biologie médicale et son laboratoire de sécurité environnementale et alimentaire. Mais la mission principale de l’IPC est d’être un centre de recherche. Dans ses programmes, l’IPC forme et embauche des chercheurs cambodgiens de haut niveau.

Thmey Thmey : La mission de l’IPC a été mise en évidence lors de la crise sanitaire actuelle. Son laboratoire a été nommé réseau mondial de laboratoires de référence pour le COVID-19 par l'OMS. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

L’IPC mène des recherches en sciences de la vie et en santé sur les maladies infectieuses émergentes et endémiques depuis de nombreuses années. Notre unité de virologie a pu être rapidement équipée pour le diagnostic lors de la première épidémie de SRAS en 2003, de la grippe aviaire en 2008 et de nombreux autres agents pathogènes récents.

« En janvier 2020, grâce à leur réseau efficace et à leur préparation, les scientifiques de l’IPC ont pu répondre à la demande du ministère de la Santé pour un nouveau diagnostic du SRAS (COVID-19). C’est une tâche vraiment importante »

Encore une fois, permettez-moi de souligner qu’à la mi-janvier 2021, nous avions effectué plus de 200 000 tests PCR. L’IPC a été sélectionné par l’OMS en tant que membre du Réseau mondial de laboratoires de référence pour le COVID-19 grâce à notre capacité à répondre rapidement à la pandémie mondiale, à diagnostiquer les premiers cas au Cambodge, à transférer les techniques de diagnostic au Laos et au Laboratoire national de santé publique du Cambodge, pour tester les passagers du bateau de croisière Westerdam en février 2020 et pour participer à de multiples efforts pour améliorer le diagnostic du COVID-19. C’est une reconnaissance importante pour l’IPC et pour le Cambodge. La lettre qui nous a été envoyée en novembre 2020 par Samdech Techo Hun Sen fut une marque de reconnaissance très importante pour l’équipe.

Thmey Thmey : quels sont les types de tests COVID-19 utilisés à l’IPC ?

En tant que laboratoire de référence mondial de l’OMS pour le COVID-19, l’IPC travaille avec les tests RT-PCR (Reverse Transcription Polymerase Chain Reaction), ce sont les plus standard. C’est très important. Nous sommes tous convaincus qu’au Cambodge, la RT-PCR restera la meilleure technique de diagnostic direct dans les mois à venir.

Institut Pasteur du Cambodge
Institut Pasteur du Cambodge

Thmey Thmey : Quels sont les défis auxquels l’IPC est confronté ?

L’un des principaux défis est la charge de travail. Nous travaillons tous les jours, souvent la nuit, pour effectuer les tests COVID-19 RT-PCR depuis février 2020. Je saisis cette occasion pour remercier tous nos collaborateurs pour leur engagement, leur professionnalisme et leur solidarité.Nous avons poursuivi nos travaux de recherche et de surveillance sur d’autres agents pathogènes à l’origine d’autres maladies — par exemple la dengue, le chikungunya et l’épidémie de grippe H3N2 — tout en assurant une grande charge de travail supplémentaire due au COVID-19. C’est un autre défi. J’espère qu’après la crise du COVID-19, nous garderons tous à l’esprit l’importance de disposer de capacités de laboratoire et d’une expertise de haut niveau sur les agents pathogènes infectieux émergents humains et animaux. Il s’agit d’un investissement à long terme à la fois en ressources humaines et en équipement qui est crucial pour le bien-être de la population cambodgienne.

Thmey Thmey : Parlons maintenant de la collaboration de l’IPC avec d’autres institutions, notamment avec la France...

La gouvernance de l’IPC repose sur un accord entre le gouvernement royal du Cambodge et l’Institut Pasteur (Paris, France). Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères compte parmi les tout premiers de nos partenaires financiers.

« Ainsi, l’IPC contribue largement à la coopération franco-cambodgienne, très impliquée dans le domaine de la santé »

Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération internationale en recherche agricole pour le développement (Cirad), ainsi qu’avec l’Agence française de développement (AFD). Cependant, nous sommes une institution cambodgienne travaillant sous les auspices du ministère de la Santé et nous collaborons étroitement avec les autres institutions cambodgiennes telles que le Center for Disease Control (CDC), l’Université des sciences de la santé, l’Institut national de la santé publique et de nombreux départements au Ministère de la Santé. Nous sommes en effet totalement ouverts à la coopération internationale et travaillons aussi avec des institutions internationales telles que l’OMS et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Trente-deux chercheurs ou post-doctorants représentent 10 nationalités au sein de notre équipe. Nous avons des projets financés par l’Allemagne, les États-Unis, l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Union européenne. Notre esprit collaboratif, combiné à notre visibilité internationale, est l'ADN de nos activités.

Au fil des années, de plus en plus de scientifiques cambodgiens ont occupé des postes de direction au sein de l’IPC. Aujourd’hui, le directeur adjoint de l’IPC est un épidémiologiste principal et spécialiste de la santé publique, le Dr Ly Sowath, et le chef de l’unité de virologie est le Dr Duong Veasna, pour n’en nommer que quelques-uns. Ils sont extrêmement bien formés et brillants. C’est une grande fierté pour l’IPC.

Thmey Thmey : Est-il juste de dire que l’Institut Pasteur du Cambodge est une organisation française ?

La France a toujours été un partenaire fort en matière de ressources humaines, de financement de projets de recherche et d’expertise organisationnelle. La coopération française soutient plusieurs universités et institutions au Cambodge et l’IPC en fait partie. Lors de la crise du COVID-19, la France, à travers l’Agence française de développement, a démontré son soutien au Cambodge via un soutien financier accru à l’IPC.

Cependant, l’IPC reste une institution cambodgienne ouverte à la coopération internationale. Dans un proche avenir, alors que les pays d’Asie-Pacifique renforcent leur coopération dans de nombreux domaines, nous souhaitons développer des collaborations scientifiques régionales avec l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et Singapour par exemple. Nous entretenons des relations étroites avec les autres instituts du réseau international des Instituts Pasteur, de ceux basés en Iran à la Nouvelle-Calédonie - 10 au total dans la région - et nous partageons avec eux des valeurs professionnelles fortes.

Thmey Thmey : Pour de nombreux Cambodgiens, l’Institut Pasteur du Cambodge n’est qu’un centre de vaccination et un laboratoire d’analyses médicales. Pourtant, il joue un rôle actif dans la recherche sur les maladies infectieuses émergentes, n’est-ce pas ?

En effet, nous fournissons directement des services importants au public, aux hôpitaux et aux entreprises privées à travers notre centre de vaccination international, nos trois centres de prévention de la rage (Battambang, Kampong Cham et Phnom Penh), notre laboratoire de biologie médicale (accrédité ISO 15189) et Laboratoire de sécurité environnementale et alimentaire. Au-delà de ces services, l’IPC est une institution dédiée à la recherche. Près de 300 personnes travaillent actuellement sur notre campus principal de Phnom Penh et dans les deux centres de prévention de la rage des provinces de Kampong Cham et Battambang, et environ 100 étudiants cambodgiens par an rejoignent l’équipe pour des stages.

L’IPC fait bien plus que ce qui est visible du public

Avec l’aimable autorisation de Cambodianess & Thmey Thmey

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