Plus de 50% des importations cambodgiennes proviennent désormais de Chine : une dépendance économique croissante
- La Rédaction

- il y a 24 heures
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La Chine consolide sa position dominante dans le commerce cambodgien, avec plus de la moitié des biens importés en 2025 en provenance de l’Empire du Milieu, selon les données officielles du Département général des douanes et des accises (GDCE).

Des chiffres qui explosent en 2025
L’année 2025 a été record pour le commerce extérieur cambodgien. Les importations totales ont bondi à 33,88 milliards de dollars US, en hausse de 18,7% par rapport à 2024, tandis que les exportations ont atteint 31,81 milliards, pour un volume total de 65,69 milliards (+14,2%).
Au cœur de cette dynamique, la Chine s’impose comme le premier fournisseur : 18,04 milliards de dollars d’importations, soit une progression fulgurante de 34,3%, représentant précisément 53,25% du total des biens entrants.
Ce volume bilatéral global, incluant les maigres exportations cambodgiennes vers Pékin (1,68 milliard, en baisse de 3,6%), culmine à 19,73 milliards de dollars, soit +29,9% sur un an.
Cham Nimul, ministre du Commerce, a qualifié la Chine de « partenaire principal », devançant les États-Unis (deuxième destination d’export) et le Vietnam. Ces données, publiées le 12 janvier par l’Agence Khmer Presse (AKP), soulignent une tendance amorcée depuis des années mais amplifiée par les investissements massifs.
Un déficit commercial conséquent
Le revers de la médaille est un déficit bilatéral record de 16,36 milliards de dollars avec la Chine, contre 11,69 milliards en 2024 – une aggravation de 40%. Sur l’ensemble des partenaires, le Cambodge affiche un excédent global de 1,93 milliard, porté par les envois textiles vers les marchés occidentaux, mais cette marge reste fragile face à la voracité importatrice.
Lor Vichet, vice-président de l’Association Chine-Cambodge de commerce (CCCA), attribue cette domination à des facteurs structurels :
« Les solides relations diplomatiques, les accords comme le CCFTA (Accord de libre-échange Chine-Cambodge) et le RCEP, ainsi que l’afflux d’investisseurs chinois expliquent cette flambée. »
En 2025, la Chine a capté 54,25% des investissements directs étrangers approuvés (10 milliards au total), dopés par des projets dans l’énergie, les infrastructures et l’industrie.
Quels produits chinois inondent le marché ?
Les importations se concentrent sur des biens essentiels à l’économie cambodgienne. Dominent les matières premières pour les usines (coton, fibres synthétiques), les biens de consommation courante (électronique grand public, vêtements), les machines et équipements automatisés, les véhicules utilitaires, les matériaux de construction (acier, ciment) et les engrais agricoles.
Ces flux soutiennent directement les secteurs phares comme le textile (75% des exportations) et l’électronique, où les usines chinoises implantées localement assemblent pour réexporter.
Cette intégration profite à la productivité :
« Les machines chinoises, abordables et adaptées, boostent nos industries locales », note Vichet.
Parallèlement, le tourisme chinois explose, avec 2,36 millions de visiteurs en 2025 (+45%), stimulant la demande en produits importés. Cependant, cette manne cache des vulnérabilités : surévaluation potentielle du riel due aux entrées de devises, et exposition aux fluctuations géopolitiques sino-américaines.
Contexte historique et géopolitique
Les racines de cette dépendance remontent aux années 2010, quand Pékin est devenu le premier investisseur au Cambodge (1,15 milliard en 2019 déjà). La Belt and Road Initiative (BRI) a accéléré le mouvement : autoroutes, ports, barrages hydroélectriques financés par des prêts chinois représentent 40% de la dette publique du Royaume. En 2025, le projet Sino-Cambodian Funan Techo Canal, un canal commercial de 180 km, illustre cette offensive.
Lors du sommet ASEAN-Chine en octobre 2025, 35 accords ont été signés, visant 30 milliards de trade d’ici 2030. Le Cambodge, pivot de l’ASEAN, diversifie toutefois : ses exportations touchent désormais 169 destinations (+5), avec une hausse de 12,4% vers l’UE et les USA.
Vers une diversification ?
Face à cette asymétrie, le gouvernement royal appelle à l’équilibre. « Nous devons booster l’agriculture, les minerais et le tourisme pour des exportations vers la Chine », plaide la ministre.
Des initiatives comme le programme « Rice for the World » visent à exporter du riz khmer, tandis que les zones économiques spéciales attirent d’autres investisseurs (japonais, sud-coréens).
Pourtant, les économistes tirent la sonnette d’alarme : une dépendance excessive expose à des chocs, comme les hausses de prix chinois. Le Fonds monétaire international (FMI) recommande une réforme fiscale pour réduire les importations non essentielles et renforcer les chaînes de valeur locales.
Vichet prévoit une poursuite de la croissance (+25% en 2026), mais insiste : « Diversifions pour une résilience durable. »
Impacts sociétaux et environnementaux
Sur le terrain, l’influence chinoise se ressent partout. Les emplois créés (300 000 dans les usines chinoises) dopent l’emploi urbain, mais suscitent des crispations : inégalités régionales, endettement des ménages cambodgiens pour consommer importé, et pressions environnementales des mégaprojets BRI (déforestation, pollution fluviale).
Ce basculement commercial consacre la Chine comme moteur du développement économique cambodgien (croissance PIB réestimée à 6,8% en 2025), mais appelle une stratégie proactive pour transformer la dépendance en partenariat équilibré.







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