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Phnom Penh : Protestations au Marché Doeum Kor, entre Nécessité Urbaine et Colère des Vendeurs Ambulants

À Phnom Penh, les autorités ont intensifié leur opération d'assainissement en érigeant des barricades solides autour du marché Doeum Kor, du boulevard Mao Tse Toung et du boulevard Monireth, interdisant formellement la vente de légumes, fruits et autres produits frais dans les rues dès le 18 janvier 2026.

Doeum Kor Market
Doeum Kor Market

Cette décision, annoncée comme une mesure incontournable pour libérer les espaces publics, a provoqué une levée de boucliers : des vendeurs ont bloqué des artères majeures en signe de protestation, refusant de migrer vers un nouveau marché excentré à Prek Pnov.

Centre névralgique de distribution en plein cœur de la capitale, le marché Doeum Kor incarne l'énergie chaotique mais vitale de l'économie informelle cambodgienne, où des milliers de familles dépendent de ces étals de rue pour survivre.​​

Contexte et Motivations des Autorités

Cette campagne n'est pas isolée. Phnom Penh mène depuis des années une lutte contre l'encombrement des voies publiques, motivée par des impératifs d'urbanisme et de salubrité. Les étals anarchiques autour de Doeum Kor obstruent les trottoirs, provoquent des embouteillages monstres sur ces axes ultra-fréquentés et génèrent des déchets accumulés, nuisant à l'image d'une capitale en pleine modernisation.

Les officiels municipaux insistent : il s'agit de restaurer l'ordre, de fluidifier la circulation et d'embellir la ville pour attirer investisseurs et touristes. La relocalisation vers le marché Doeum Kor Thmey à Prek Pnov – un complexe moderne de 20 hectares inauguré en 2024 sous le nom d'ASEAN-International Wholesale Market – est présentée comme une solution idéale : infrastructures neuves, entrepôts réfrigérés, vastes parkings et loyers modérés pour organiser le commerce de gros.

Ce projet s'inscrit dans une vision plus large de développement urbain, alignée sur les campagnes nationales de propreté lancées par le ministère de l'Environnement.​

Le Refus des Vendeurs et l'Éclatement des Protestations

Pour les vendeurs, l'équation ne tient pas. "Le nouveau marché est trop loin, il n'y a pas de clients là-bas", scandent-ils lors de manifestations qui ont paralysé des rues le 18 janvier. Situé en périphérie, Prek Pnov manque cruellement d'affluence : pas de bureaux, pas de résidentiel dense, juste des routes poussiéreuses et une activité humaine sporadique.

Doeum Kor, au contraire, pulse au rythme du centre-ville : ses étals attirent grossistes, restaurateurs et ménages dès l'aube, générant des revenus immédiats essentiels pour ces travailleurs précaires. Refusant de sacrifier leur gagne-pain, ils ont érigé des barrages humains, forçant un dialogue tendu avec les autorités. Cette révolte fait écho à des conflits récurrents à Phnom Penh, comme ceux de 2017 ou des années passées, où les relocalisations ont souvent échoué faute de viabilité économique.​​

Les partisans de la délocalisation soulignent une modernisation nécessaire dans une ville qui grandit à vive allure, avec une population dépassant 2 millions d'habitants.

Les protestataires mettent en lumière le sort des vendeurs informels – souvent des femmes rurales migrantes – qui représentent jusqu'à 20% de l'emploi urbain au Cambodge, selon des études effectuées par le CDRI.​

Enjeux Économiques et Sociaux Profonds

Ce bras de fer révèle les fractures d'une économie duale. Les vendeurs de Doeum Kor ne sont pas deS fauteurs de troubles : ils alimentent restaurants, hôtels et marchés secondaires à bas coût, soutenant une chaîne logistique fluide.

Leur relocalisation pourrait alourdir les prix des produits frais en ville, pénalisant consommateurs modestes déjà touchés par l'inflation. Historiquement, des initiatives similaires ont conduit à des hausses de pauvreté : en 2017, des évictions massives avaient provoqué des émeutes et des recours judiciaires vains. Aujourd'hui, en janvier 2026, les autorités promettent des compensations – stands gratuits temporaires, formations – mais la méfiance persiste. Des ONGs alertent sur les risques d'exclusion sociale.

Perspectives et Solutions Possibles

Face à l'impasse, des voix appellent à un compromis : navettes gratuites vers Prek Pnov, subventions de transport ou un marché hybride mêlant centre et périphérie. Le précédent du Koh Pich, avec ses clean-ups communautaires réussis, montre qu'une participation des vendeurs peut marcher.

Pour l'heure, les barricades tiennent, les protestations couvent, et Phnom Penh oscille entre ordre moderne et vitalité chaotique. Cette crise pourrait catalyser une politique plus inclusive, préservant l'âme commerçante de la capitale tout en la rendant vivable.

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