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Phnom Penh en fête : 4,3 millions de visiteurs pour le Nouvel An Khmer, un record historique

La capitale cambodgienne s'est transformée en épicentre culturel le temps de trois jours de célébrations inédites, portées par l'événement « Nokor Sankranta »

Il y a des chiffres qui se passent de commentaires. Entre le 14 et le 16 avril 2026, 4,3 millions de touristes cambodgiens et étrangers ont déferlé sur Phnom Penh à l'occasion des trois jours du Nouvel An Khmer, portant la capitale au rang de destination festive de premier plan en Asie du Sud-Est. Un record qui n'existait pas encore l'an dernier.

Une montée en puissance jour après jour

La dynamique fut saisissante. Les foules ont grossi de façon continue du 14 au 16 avril, atteignant un pic de plus de 1,8 million de personnes le troisième et dernier jour des célébrations officielles.

Le 15 avril — journée de Veareak Vanabat, traditionnellement consacrée à la charité et au recueillement ancestral — le festival a réuni à lui seul 1 583 307 fêtards cambodgiens et 17 940 touristes étrangers, selon Mme Dor Samphors, porte-parole de l'administration municipale de Phnom Penh.

Six sites, quatorze khans, une capitale en fête

La réussite de cette édition repose aussi sur une architecture événementielle inédite. Les festivités ont investi plusieurs sites emblématiques de la capitale : le site historique de Wat Phnom, le village culturel à proximité du marché nocturne, Vattanac Park, l'ancien Freedom Park, ainsi que la rue piétonne de Chaktomuk reliant le marché nocturne au Palais Royal.

Nouveauté cette année : cette édition a inauguré un nouveau site sur le tarmac de l'ancien aéroport international de Phnom Penh, preuve d'une ambition spatiale sans précédent, mobilisant les quatorze khans (arrondissements) de la ville.

Des festivités complémentaires — dont des expositions de produits khmers et des concerts en plein air — ont également animé Wat Botum Vatey, Bassac Lane et le marché de Tuol Tumpoung.

Nokor Sankranta, vitrine d'un héritage vivant

Derrière ces chiffres se dessine une ambition culturelle affirmée. L'événement « Nokor Sankranta », organisé sur six jours du 14 au 19 avril par la Fédération des Unions de Jeunesse du Cambodge (UYFC) en collaboration avec l'administration municipale de Phnom Penh, propose des jeux khmers traditionnels, des spectacles de danse classique et une compétition d'Angkunh.

Au total, plus de vingt activités culturelles, religieuses et artistiques ont été proposées, notamment la construction de montagnes de sable, des processions bouddhistes, des cérémonies de bain des statues sacrées et un grand défilé. La dimension spirituelle, loin d'être reléguée au second plan, est restée au cœur du dispositif, incarnée notamment par la danse du Troddi — un rituel censé chasser les malheurs de l'année écoulée — qui a attiré d'importantes foules dès le matin du premier jour.

Pour H.E. Sok Sabayna, membre du comité permanent de l'UYFC, cet événement « renforce l'identité nationale à travers les cérémonies religieuses, les jeux traditionnels et les autres activités culturelles ».

Sécurité, ordre public et « havre de paix »

Le succès n'aurait pas été possible sans un dispositif sécuritaire à la hauteur de l'enjeu. La porte-parole municipale Mme Dor Samphors a attribué la réussite des célébrations à « l'excellente sécurité et à l'ordre public », soulignant que les festivités se sont déroulées dans un « havre de paix », sans incident majeur à déplorer.

Le commissaire de la police municipale de Phnom Penh, le lieutenant-général Chuon Narin, a pour sa part confirmé que les forces de l'ordre sont restées en état d'alerte élevée tout au long des célébrations, garantissant la sérénité des jeux traditionnels et des grands rassemblements.

Un élan national : de Siem Reap à Kampong Cham

L'effervescence ne s'est pas limitée à la capitale. Siem Reap a attiré près de deux millions de visiteurs durant la période de Nouvel An, avec le parc archéologique d'Angkor comme principal pôle d'attraction. Le premier jour des célébrations, le 14 avril, 22 671 visiteurs ont arpenté la zone d'Angkor, selon les données du Département de la Culture et du Tourisme de l'Autorité nationale APSARA.

Plus au nord-est, la province de Kampong Cham a enregistré 4 178 623 visiteurs entre le 14 et le 16 avril, dont 300 touristes internationaux, portée notamment par le spectaculaire événement « Clam séché » — une exhibition gastronomique locale de 1 200 mètres de long.

Un moteur économique autant qu'un symbole culturel

Contrairement aux années précédentes, les célébrations 2026 à l'échelle nationale ont mis l'accent sur les danses traditionnelles, les cérémonies religieuses et les activités humanitaires, à l'exclusion des jeux d'eau et de poudre. Une sobriété de façade qui n'a pas freiné l'enthousiasme populaire, bien au contraire. Le tourisme a également profité aux commerçants locaux, notamment ceux vendant des gâteaux traditionnels comme l'Ansom Chrouk (riz gluant au porc) et le Num Kom.

Selon les responsables gouvernementaux, le Nouvel An Khmer ne se résume pas à une réunion familiale à grande échelle : il stimule la circulation économique, attire les touristes et promeut le tourisme culturel. Le festival « Nokor Sankranta » s'inscrit précisément dans cette double vocation — préserver et transmettre un patrimoine millénaire tout en faisant de Phnom Penh une capitale festive rayonnant bien au-delà de ses frontières.

L'envers du décor : le Riverside étouffe sous les décibels

Le tableau serait incomplet sans une ombre au tableau. Le long du Riverside, artère prisée des restaurants et bars à vue sur le Mékong, plusieurs restaurateurs ont exprimé leur frustration face au volume sonore imposé par les animations DJ installées sur la rue piétonne de Chaktomuk. « On ne s'entendait plus parler à l'intérieur. Les clients commandaient par gestes », confie sous couvert d'anonymat le gérant d'un établissement de la rue Sisowath. « Les terrasses étaient pleines, certes — mais les gens venaient pour l'ambiance de la rue, pas pour consommer chez nous. »

Pour ces professionnels, la manne touristique tant espérée s'est en partie évaporée dans le fracas des basses. Certains déplorent un manque de concertation préalable avec les riverains et les commerçants, et appellent les organisateurs à mieux calibrer les installations sonores lors des prochaines éditions.

Un bémol qui ne remet pas en cause le succès global de l'événement, mais rappelle que la croissance d'un festival de cette ampleur exige aussi d'apprendre à cohabiter avec ceux qui font vivre la ville le reste de l'année.

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