Phnom Penh & Culture : « Créer le désir de films européens » chez les Cambodgiens

Le mois dernier, à l'Institut français, le Festival du film de l'Union européenne a été relancé après avoir cessé ses activités en 2014.

Le public de l'Institut français regarde le film Parfums. MATT BADDLEY, SNAPP MEDIA
Le public de l'Institut français regarde le film Parfums. MATT BADDLEY, SNAPP MEDIA

Pour cette occasion, une table ronde avait été organisée avec une séance de questions-réponses. Nicolaus Mesterharm, fondateur du centre culturel germano-cambodgien Meta House, était le modérateur de l’événement, auquel ont participé trois intervenants : Tihamer Czika, chef de mission adjoint de la délégation de l’Union européenne au Cambodge ; Cédric Eloy, fondateur du Festival international du film cambodgien et Sok Visal, fondateur de KlapYaHandz.

Entre le 24 février et le 1er mars, 21 films de genres différents ont été projetés afin d’apporter un avant-goût de la culture européenne à Phnom Penh. Des longs métrages ont été projetés dans trois endroits de la capitale : l’Institut français, Meta House et Major Cineplex à Aeon Mall 1.

« La plupart des films européens ont des difficultés à accéder aux marchés asiatiques et des festivals comme celui-ci sont essentiels pour promouvoir notre magnifique cinéma. Il a fait défaut au Cambodge pour de nombreuses raisons dues à des problèmes de droits d’auteur ainsi qu’aux capacités limitées de la délégation de l’UE au Cambodge, mais je pense que la qualité des 21 films compense vraiment », a déclaré M. Czika.

Ce dernier estime également que les films européens apportent une grande diversité de récits et que l’on peut retrouver dans ce festival des drames, des comédies, des films romantiques, des documentaires et même des films pour enfants — présentés avec l’espoir qu’ils rapprocheront les pays d’Europe et les habitants du Cambodge :

« Les films présentés cette année proviennent de 22 États membres différents de l’UE et de quelques autres pays européens. Ils couvrent tous les coins de l’Europe — nord, sud, est et ouest — et montrent à la fois les problèmes et les joies de la vie. »

« Beaucoup d’entre eux sont des coproductions entre plusieurs pays européens. Espérons que cette “relance” soit couronnée de succès et nous avons hâte d’en faire un événement annuel ».

Selon M. Czika, bien que le cadre de bon nombre de ces films soit très différent de celui du Cambodge, il est facile de s’identifier à la plupart d’entre eux et, à bien des égards, les personnages sont confrontés aux mêmes problèmes et souhaitent avoir les mêmes opportunités dans la vie.

Il ajoute que lorsqu’ils ont commencé à discuter du retour du festival du film européen, il a reçu des réponses mitigées. Certains se sont montrés tout à fait d’accord, d’autres ont dit que les films européens étaient très lourds et difficiles à regarder et que ce n’était pas le bon moment.

(De gauche à droite) Panel de discussion : Visal, Eloy, Mesterharm, Czika. CHUOP SEREYROTH/GLOBE MEDIA ASIA
(De gauche à droite) Panel de discussion : Visal, Eloy, Mesterharm, Czika. CHUOP SEREYROTH/GLOBE MEDIA ASIA

Il pense que c’est peut-être vrai dans une certaine mesure, mais il se souvient que lorsqu’il était à l’université, ses amis et lui étaient bombardés de films américains comme tout le monde, jusqu’à ce qu’ils découvrent des films en provenance d’Islande, du Portugal, d’Argentine, du Costa Rica et d’autres pays dont il ignorait qu’ils produisaient des films.

« En fait, nous avons découvert des films étonnants. Il y avait des histoires qui vous rattrapent et tous les angles intéressants sur des destins que vous pouvez transposer dans votre propre monde », dit-il.

« Nous essayons de proposer un éventail de films qui soit très diversifié. Pour l’instant, nous ne pouvons nous permettre d’avoir que cinq films sous-titrés en khmer et nous aimerions doubler ce nombre. Le doublage en khmer risque d’enlever le charme du film s’il n’est pas fait correctement, et cela prend beaucoup de temps, sans compter qu’il n’y a pas de ressources. Mais, nous espérons que l’année prochaine nous pourrons sous-titrer davantage en khmer, sinon tous les films sont sous-titrés en anglais », dit-il.

L’organisation du festival du film de l’Union européenne (FFUE) au Cambodge s’inscrit dans la stratégie globale de soutien à la « diplomatie culturelle européenne ».

Toutes les délégations sont encouragées à accueillir le festival, car il s’agit d’un outil important pour améliorer les relations diplomatiques, accroître la visibilité de l’UE et promouvoir le dialogue interculturel dans le respect des autres traditions et valeurs. Actuellement, plus de 70 des 141 délégations dans le monde organisent régulièrement ce festival.

Primordial selon Eloy

Lorsqu’on lui demande comment ce type de festival contribue au développement du cinéma au Cambodge, Cédric Eloy répond que le film est universel et qu’il voyage très facilement.

Pour les cinéastes qui veulent découvrir différents types de films et trouver des idées, ils doivent avoir accès à une diversité de films et cela pourrait également conduire à une collaboration internationale plus large.

« Le cinéma au Cambodge est très important pour le pays. Avant les Khmers rouges, le roi Norodom Sihanouk était un cinéaste qui a réalisé environ 40 films. C’est lui qui a poussé l’industrie cinématographique ici avec des salles, des producteurs et l’organisation de festivals et cela a posé les bases de cet engouement pour le cinéma au Cambodge ».

« En 2013, il y a eu un accord de coproduction signé entre le ministère de la Culture cambodgien et son homologue en France. Cet accord permet d’ouvrir la possibilité de collaborations avec des producteurs européens ayant accès au financement par la France. Les films sont très importants, car ils reflètent notre vie et cela construit aussi l’avenir des films au Cambodge », déclare M. Eloy.

Selon lui, les gens ne se rendent pas compte que le cinéma crée des emplois, embauche des gens, fait venir des fournisseurs, réserve des chambres d’hôtel et apporte directement des devises étrangères au Cambodge.

Il ajoute que le 7e art permet également de créer des compétences, de promouvoir le tourisme et d’élargir les connaissances culturelles des Cambodgiens, ce qui « met fin au racisme et à la discrimination, car on voit comment vivent les gens à l’autre bout du monde et on commence à s’identifier à eux ».

Sok Visal et la passion

Pour que davantage de films cambodgiens parviennent sur la scène internationale, le réalisateur et producteur cambodgien Sok Visal, de 802 Films, estime que la première étape est d’avoir davantage de producteurs et de réalisateurs qui créent un plus grand nombre de films avec une meilleure écriture de scénario.

« Il y a déjà quelques Cambodgiens talentueux de la jeune génération qui participent à des festivals internationaux de cinéma dans le monde entier, mais ce n’est pas suffisant. Je pense qu’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont coincés dans des projets commerciaux, mais nous avons besoin de plus de réalisateurs qui commencent à concevoir des films comme un art et une passion.

L’un des principaux problèmes des films cambodgiens est aussi leur écriture. Tout bon film commence par un bon scénario et nous avons besoin de connaissances et de formations pour apprendre à ces cinéastes à écrire et à faire de meilleurs films en écrivant des scénarios ».

Le délégué européen Tihamer Czika s’adresse au public du festival. MATT BADDLEY, SNAPP MEDIA
Le délégué européen Tihamer Czika s’adresse au public du festival. MATT BADDLEY, SNAPP MEDIA

« Les cinéastes devraient vraiment regarder plus de films de toutes sortes, pas seulement ceux d’Hollywood, mais aussi des films européens pour s’inspirer. Ils ont beaucoup de talent, mais ils ont juste besoin de plus de motivation », déclare Visal.

Le producteur ajoute que son rêve est de construire le nouvel âge d’or cambodgien. Pour lui, le premier âge d’or est celui d’Angkor et le second celui des années 60 et 70. Il appellerait donc cette période le troisième âge d’or du Cambodge.

Il poursuit en affirmant que le rêve de construire le nouvel âge d’or est assez ambitieux, mais quand il est revenu au Cambodge il y a plusieurs années, il a senti qu’il avait cette vocation de « faire quelque chose pour reconstruire cette culture ».

« Quand j’ai commencé dans les arts créatifs au Cambodge, j’ai décidé de produire de la musique et, à partir de là, j’ai réalisé des vidéos musicales. J’ai ensuite travaillé pour une agence et j’ai commencé à réaliser des publicités pour la télévision, puis des séries télévisées et enfin des films ».

« Mais tout ce que j’ai fait est né de ma passion pour les arts et la culture, c’est cette vocation qui me pousse à faire tout ce que je fais maintenant. J’espère vraiment que la jeune génération aura encore cette motivation après deux ans de pandémie. Il est assez important de faire revivre les arts anciens, mais en même temps d’en créer de nouveaux », déclare Visal.

Selon lui, ceux qui souhaitent réaliser des films doivent faire preuve d’esprit pratique et commencer avec les moyens du bord — même tourner des films avec leur seul téléphone — car dans les années 60 ou même 90, il était très coûteux de produire des films, alors qu’aujourd’hui, on peut en faire avec presque rien.

« Arrêtez de vous trouver des excuses, trouvez le temps de le faire. Écrivez des histoires, demandez à des amis de jouer et tournez-les », conclut Visal.

Roth Sochieata avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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