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Parcours : Thierry Tea - de l’aviation à la construction du Cambodge de demain

il y a 59 minutes
15 min de lecture

Entretien avec Thierry Tea, Co-Président de la French Tech Phnom Penh, Vice-Président d’OCIC et CEO de Canadia Impact Fund (CIFC).

Réinventer • Redresser • Bâtir • Transmettre

Thierry Tea, Co-Président de La French Tech Phnom Penh, Vice-Président d’OCIC et CEO de Canadia Impact Fund
Thierry Tea, Co-Président de La French Tech Phnom Penh, Vice-Président d’OCIC et CEO de Canadia Impact Fund

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis fondateur de sociétés dans l’aéronautique et l’aviation avant de progressivement élargir mes activités à l’immobilier, la tech, l’éducation et l’investissement.

J’ai commencé dans l’aéronautique et j’ai eu la chance de prendre très tôt des responsabilités en devenant, à 26 ans, CEO de la filiale Airbus Helicopters aux Philippines, une entité en difficulté qu’il fallait redresser.

Cette expérience a posé les bases de la suite de mon parcours : l’entrepreneuriat avec PhilJets et Sphere Aero, puis l’investissement et le venture capital avec Negocia Capital, et j’ai ensuite progressivement diversifié mes activités dans l’immobilier, la tech et l’éducation.

J’ai choisi en 2017 de revenir au Cambodge en famille, pour accompagner le projet entrepreneurial de ma femme et contribuer au développement du pays de mes parents.

Aujourd’hui Vice-Président d’OCIC, j’essaie de mettre au service du groupe ce que mes expériences m’ont appris : la rigueur des grands groupes internationaux, ainsi que l’agilité de l’entrepreneuriat.

Redresseur à mes débuts, bâtisseur aujourd’hui, transmetteur de plus en plus, c’est le fil qui relie mes différents rôles à OCIC, à La French Tech Phnom Penh et dans l’éducation, à travers mes engagements auprès de CamTech University, Dichi Academy, du programme Generation Future de l’UNICEF et de l’Alliance Française de Siem Reap. J’ai réalisé que construire, c’est aussi faire grandir les talents. Plus largement, au-delà de renforcer les liens entre le Cambodge, la France et la Francophonie, j’aime surtout pouvoir aider à préparer la nouvelle génération à construire le Cambodge de demain.

Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire

De Chinatown Paris à Harvard

Issu du 13ème arrondissement de Paris, j’ai fait ma scolarité au lycée Claude Monet, puis Novancia Business School et l’INSEEC, où j’ai obtenu un Master en Commerce International en 2003. J’ai également eu la chance de vivre des expériences académiques à Philadelphie et à Singapour.

En 2019, après une quinzaine d’années de carrière en multinationale puis en entrepreneuriat, j’ai repris mes études avec des Executive Programs à l’INSEAD et à la Cheung Kong Business School, puis trois années à Harvard Business School, dont je suis diplômé depuis 2022. Cette reprise d’études m’a surtout appris une chose : il faut toujours avoir faim. Faim d’apprendre, de progresser, de comprendre et de construire.

Les marchés, les technologies et les responsabilités changent. Il faut donc rester curieux, accepter de sortir de sa zone de confort, se remettre en question et continuer à se réinventer.

Pendant mes études, je faisais des jobs d’été ou les soirs et les week-ends. J’ai commencé à 18 ans comme serveur et magasinier, et à faire des inventaires dans des supermarchés pour payer une partie de mes études. Ces premières expériences m’ont appris assez tôt la valeur du travail, et à être autonome.

Parlez-nous de vos débuts professionnels

Stagiaire à 21 ans, patron de filiale d’Airbus à 26 ans, entrepreneur à 31 ans

J’ai commencé par des stages à Hong Kong et Shanghai avant de rejoindre Airbus Helicopters en 2004, d’abord en stage à Paris puis en VIE à Singapour et aux Philippines. Ce qui devait être une aventure de 12 mois s’est transformé en huit années au sein du groupe Airbus où j’ai progressivement gravi les échelons. En 2007, je suis devenu CEO et Président de la filiale philippine, qui était en difficulté et que j’ai été chargé de redresser, puis Country Manager pour l’ensemble du Groupe Airbus aux Philippines. Par ailleurs, avant de revenir au Cambodge, j’ai pu être impliqué dans les réseaux économiques français aux Philippines, notamment comme Conseiller du Commerce Extérieur pour la France et au Conseil d’Administration de la Chambre de Commerce et d’Industrie française.

Lors de mes années chez Airbus, j’ai été impliqué dans la vente de plus de 100 avions et de plus de 70 hélicoptères, représentant environ 11 milliards de dollars de contrats chez Airbus.

En 2012, j’ai pris un congé pour création d’entreprise.

Puis en 2013, j’ai racheté une société de transport aérien en quasi-faillite et fondé PhilJets. Ce qui était une startup aéronautique est devenu, 13 ans plus tard, une PME d’aviation d’affaires, avec une flotte d’une quinzaine d’aéronefs composée de jets privés et d’hélicoptères, gérée et opérée par une centaine de salariés. PhilJets est depuis 2021 le distributeur de moteurs, pièces et services pour la division hélicoptère du groupe français Safran aux Philippines.

En 2019, j’ai créé Sphere Aero, société d’Advisory & Aircraft Brokerage basée à Singapour. Nous accompagnons des clients en Asie, en Europe et en Amérique du Nord dans leurs projets d’acquisition ou de cession d’hélicoptères et de jets, en combinant conseil et service clé en main, de la transaction à la livraison de leur appareil. Sphere a accompagné plus d’une soixantaine de transactions pour des clients dans différents marchés.

Depuis 13 ans, PhilJets investit dans la formation de ses mécaniciens aux Philippines, notamment à travers nos programmes OJT (On-the-Job Training) et MTP (Mechanic Training Program), avec plus de 300 techniciens formés.

Thierry Tea avec l’équipe de PhilJets dans le hangar de l’entreprise
Thierry Tea avec l’équipe de PhilJets dans le hangar de l’entreprise

Une activité dans une industrie ne peut se développer durablement sans les compétences et les talents nécessaires pour l’accompagner. Pour réussir sur la durée, on a dû prendre des décisions difficiles, faire face à des renouvellements d’équipes, il nous a fallu pivoter plusieurs fois et sortir de crises comme pendant le Covid. L’expérience m’a appris qu’un redressement requiert le bon « mindset » pour innover, pour se réinventer, car il faut rétablir une vision, reconstruire une équipe, restaurer la confiance et recréer une dynamique. L’aéronautique est ainsi restée un fil conducteur de mon parcours, même lorsque mes activités se sont progressivement diversifiées.

Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge

Le Cambodge, une histoire familiale

Mes parents étaient réfugiés en France. Ils avaient tout perdu et se sont sacrifiés pour que mon frère et moi puissions avoir une éducation. Ils m’ont transmis la valeur du travail bien fait, l’humilité, le respect, le sens du sacrifice et surtout la capacité à ne jamais abandonner.

Je suis venu pour la première fois au Cambodge en 2001, à 20 ans, comme backpacker et pour donner des cours d’anglais à des enfants. Le pays m’a profondément marqué. Et je me suis dit qu’un jour je reviendrais pour contribuer. En 2014, j’ai commencé à investir dans des startups cambodgiennes, puis je me suis installé définitivement ici avec mon épouse en 2017.

Revenir bâtir ici est une façon de rendre hommage à mes ancêtres et de transmettre une histoire concrète à mes enfants. Il y a eu des sacrifices, des douleurs, des hauts et des bas, mais ce qui compte est de regarder vers l’avenir, de se relever et de continuer à construire.

J’ai aussi grandi à la croisée de trois cultures, française, khmère et chinoise, puis avec une dimension internationale. Pendant longtemps, avec cette identité multiple c’était difficile de savoir qui j’étais. Issu de l’immigration, avec une apparence différente, c’était même un désavantage en France. Je n’avais pas été sélectionné pour un VIE en Australie et un autre en Chine en 2004, car on m’avait dit qu’il fallait être « blanc » ou avoir les cheveux blancs pour vendre des produits français en Asie. Je ne cochais pas toutes les cases.

Puis, au Cambodge, lorsqu’on revient de la diaspora, on n’est pas toujours considéré comme un « vrai Cambodgien ». Donc ça a aussi été difficile de s’intégrer dans ce sens. Finalement, j’ai appris à accepter et être en paix avec mon identité plurielle. Pourquoi vouloir être comme tout le monde, quand on a la chance d’être différent ? Ça m’a appris à comprendre plusieurs façons de penser, à m’adapter et à créer des ponts.

Aujourd’hui, ma différence est devenue une vraie force. D’ailleurs je ne coche toujours pas les bonnes cases, avec mes multiples casquettes ! J’ai appris qu’il faut vivre sa vie et ne pas chercher à plaire à tout le monde ! Les vrais savent, comme on dit, d’où je viens !

Thierry Tea devant une peinture d’Angkor
Thierry Tea devant une peinture d’Angkor

Construire et transmettre

Au niveau professionnel, j’ai commencé à venir régulièrement au Cambodge en 2011-2012 pour accompagner mon beau-père, entrepreneur cambodgien en Afrique, qui avait lui-même choisi de revenir au pays pour y investir. Il a fondé Primalis Corporation à Kampong Speu en 2013, puis il a progressivement construit et développé l’entreprise pour en faire un acteur majeur du secteur du riz au Cambodge.

Aujourd’hui, c’est ma femme, Lynda Him, elle aussi ex-Airbus, qui a repris la direction de Primalis avec ses frères et sœurs. Sous son leadership, l’entreprise s’est diversifiée sur les marchés internationaux et est devenue l’un des acteurs majeurs de la production et de l’exportation de riz parfumé au Cambodge. C’est une grande fierté pour notre famille et aussi une belle illustration de ce que peut amplifier la deuxième génération de la diaspora.

Mon parcours s’est progressivement inscrit dans cette même volonté de construire.

En 2018, j’ai commencé à collaborer avec Canadia Group, sur plusieurs sujets, notamment la reprise et le redressement de la marque Pandora au Cambodge, tout en continuant à développer mes propres activités. Pendant le Covid, nous avons eu davantage de temps pour échanger sur l’avenir du groupe et la manière dont je pouvais davantage contribuer au développement du Groupe, et plus particulièrement dans l’évolution d’OCIC.

Avec le soutien du Dr Carolyne Pung, nous avons pu engager plusieurs transformations importantes et donner un nouvel élan à OCIC, avec l’ambition de continuer à faire évoluer le groupe et renforcer la dimension internationale, tout en restant fidèle aux fondamentaux et à ce qui a été construit au cours des décennies précédentes. Cela fait maintenant près de quatre ans que j’ai rejoint OCIC, et je suis particulièrement heureux de constater qu’il est possible de faire évoluer un groupe construit il y a plus de 35 ans, tout en respectant et en valorisant ce qui a été bâti par les générations précédentes.

Avec OCIC, que ce soit à travers le développement urbain, les aéroports, les routes, les ponts ou les quartiers que nous construisons, nous améliorons chaque jour le quotidien de millions de personnes. C’est une responsabilité importante, mais aussi une formidable source de motivation.

J’ai aujourd’hui la chance de pouvoir prendre part, à ma façon, à cette histoire familiale, de lui donner une nouvelle dimension et de créer un impact positif à grande échelle pour le groupe comme pour le Cambodge.

Comment êtes-vous arrivé à rejoindre la French Tech au Cambodge ?

De la French Tech aux Philippines au mentorat de jeunes talents

J’avais lancé La French Tech aux Philippines en 2016. C’était génial de voir les débuts du mouvement. Puis je me suis lancé dans une plateforme de mobilité et Travel-Tech début… 2020 ! Le Covid est arrivé et nous avons dû arrêter le projet en 2023 avant de fermer en 2024. J’ai connu l’amertume et la frustration d’échouer et de décevoir nos amis et nos familles qui avaient cru en nous. C’est extrêmement difficile de se regarder dans la glace. Mais on n’a pas le choix. Il faut accepter, se remettre en question et trouver la force mentale de s’en remettre et de continuer.

C’est aussi pour ça que j’ai commencé à donner des conseils aux jeunes entrepreneurs. En 2025, UNICEF m’a proposé de devenir mentor pour Generation Future. Cette expérience de mentorat auprès de jeunes aspirants entrepreneurs a renforcé une conviction : « j’ai souvent été le plus jeune dans la pièce tout au long de ma carrière. Aujourd’hui, c’est à mon tour de redonner aux plus jeunes ».

Thierry Tea avec de jeunes participants lors d’un événement de l’UNICEF et d’OCIC
Thierry Tea avec de jeunes participants lors d’un événement de l’UNICEF et d’OCIC

Au fil de mes activités, j’ai bâti des équipes souvent composées de jeunes et eu la chance d’accueillir de nombreux stagiaires français, philippins, cambodgiens. Certains ont depuis construit de très beaux parcours et beaucoup occupent aujourd’hui des postes à responsabilités. C’est une grande satisfaction de voir des jeunes que l’on a accompagnés ou conseillés prendre leur envol et réussir leur carrière.

En début d’année j’ai accepté de rejoindre le nouveau comité d’orientation de l’Alliance Française de Siem Reap et de soutenir le développement du français au Cambodge.

Donc lorsque j’ai eu la proposition d’aider à développer La French Tech Phnom Penh, j’y ai vu une évidence : créer des ponts entre la France et le Cambodge dans la tech et l’innovation, et surtout donner confiance aux jeunes talents en leur offrant une exposition à l’international et une ouverture à de nouvelles perspectives.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui est d’identifier le potentiel, de construire les bonnes conditions et de permettre à une équipe ou à un projet de se révéler. Cela est également complémentaire avec mes activités d’investissements. Actuellement, j’ai un portfolio de startups dans la fintech, l’edtech, le proptech, la mobilité, l’hybridation et l’Intelligence Artificielle (IA).

Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure, qu’en attendez-vous ?

Faire émerger les premières licornes du Cambodge

Depuis le printemps 2026, je suis Co-Président de La French Tech Phnom Penh. Notre ambition est d’accompagner l’émergence des premières licornes cambodgiennes. Pour cela, nous travaillons avec plusieurs ministères, notamment autour du Digital Trade avec le Ministère du Commerce, de Franco Tech avec le Ministère des Postes et Télécommunications, ainsi qu’avec Khmer Enterprise, Techo Startup Center, l’Entrepreneurship Development Fund du Ministère de l’économie mais aussi avec les universités, les grands groupes privés et les réseaux internationaux.

Le Cambodge possède de vrais talents tech. Notre rôle est de les faire émerger, de les connecter à l’international et de positionner le pays comme une plateforme régionale d’innovation, tout en amenant les startups françaises pour promouvoir les technologies et solutions françaises en Asie du Sud-Est.

Dans cette optique, le Sommet de la Francophonie 2026 à Phnom Penh est également une formidable opportunité de tremplin. Je participe au comité gouvernemental chargé des événements parallèles, avec l’ambition de montrer le dynamisme cambodgien à l’échelle francophone internationale. La French Tech, c’est avant tout une communauté. Chacun peut y contribuer, partager son expérience et aider les autres à avancer.

Décrivez-nous vos activités professionnelles

Cibler les objectifs, bâtir les équipes, décider et exécuter

J’hérite souvent de problèmes à régler et de projets à rebâtir, redévelopper ou repositionner. Mais j’ai aussi la chance de lancer de nouveaux projets, qu’il s’agisse d’investissement, d’éducation ou de développement urbain.

Après trois années de redéveloppement, Koh Pich est aujourd’hui un quartier d’affaires de 100 hectares en pleine croissance, les locations ont progressé de 150 % et les ventes de biens résidentiels sont en croissance chaque année. J’ai pu lancer des projets comme Connexion Hub et faire évoluer Diamond Bay Garden, avec une approche qui combine immobilier, infrastructures, espaces verts, partenariats, innovation, lifestyle et communauté.

Chroy Changvar Bay que j’ai repris il y a un an, représente un nouveau territoire de 300 hectares à transformer en écosystème vivant. L’objectif est de créer des lieux où l’on a envie de vivre, travailler, visiter et revenir.

Pour moi, développer une ville ne consiste pas simplement à construire des bâtiments. Il faut créer une identité, préserver une mémoire et donner une âme aux lieux. L’art, la culture et l’identité doivent avoir leur place dans l’urbanisme, le tourisme et les grands projets.

À Koh Pich, par exemple, nous travaillons sur l’art et la culture khmère : expositions à City Hall, événements environnementaux à Connexion, statue de Jayavarman VII, fresques murales et projet de statue khmère dans l’un des nouveaux parcs. Nous voulons continuer à rendre le quartier plus vert, plus frais et plus vivant.

Notre ambition est de faire évoluer le lifestyle de Koh Pich, qui est en mutation, pour devenir un solide Central Business District khmer, jeune et international, alliant business, restaurants, cafés, sport, éducation, running, vélo, événements et vie communautaire, ainsi que tourisme.

Un quartier doit être pensé pour ses clients, ses résidents, ses visiteurs et ses touristes. Il doit aussi être identifiable et photogénique. Il y a encore des murs et des espaces sous-utilisés. Nous avons des projets de fresques murales, d’œuvres d’art, de signalétiques, d’espaces verts et de lieux emblématiques pour renforcer l’identité et l’attractivité du quartier. Nous avons déjà beaucoup fait, mais il reste énormément de choses à améliorer. On travaille dur pour maintenir le cap.

Finalement, mes activités peuvent sembler très diverses, mais elles reposent sur la même méthode : comprendre une situation, définir une vision, construire les bonnes équipes, fédérer autour d’un objectif puis exécuter.

Détaillez l’un de vos projets

De la transformation d’un bâtiment abandonné à un écosystème tech : Connexion

Connexion est un projet qui me tient particulièrement à cœur. Avec le Dr Carolyne, nous avons transformé un bâtiment abandonné de 45 000 m² en un écosystème vivant au cœur de Phnom Penh, avec plus de 150 locataires et plus de 85 % d’occupation. On est passé de 0 à 2 000 personnes en 2 ans. La communauté rassemble aujourd’hui des acteurs de l’IA, de grands groupes internationaux du digital, des startups cambodgiennes, des fonds d’investissement, des institutions internationales comme la Chambre de Commerce Canadienne, et une dimension académique francophone notamment avec l’Université Francophone d’Asie, développée en partenariat avec l’Université Paris-Panthéon-Assas. Par exemple, il y a Smart Axiata, Sabay Digital ou le consulat de Suède. Mais aussi des lieux comme Bean Embassy café ou Ascaro Padel & Pickleball qui participent à créer une atmosphère plus lifestyle.

Cette diversité fait la force de Connexion, car au-delà d’être un hub tech, c’est devenu un lieu où entrepreneurs, investisseurs, grandes entreprises, étudiants et jeunes talents peuvent se rencontrer, travailler, apprendre, créer ou partager un chemin de leur histoire.

C’est le type de pivot que j’apprécie car on ne détruit pas ce qui existe ; on cherche à donner une nouvelle fonction, un nouveau sens, et une nouvelle ambition.

Beaucoup de gens nous avaient dit que de changer Koh Pich ou repositionner Connexion ça ne marcherait jamais. Même des amis me disaient que j’étais fou ! On a montré qu’il est possible de pivoter et de se réinventer.

Bien sûr, aujourd’hui, il y a des gens qui disent que c’est facile, et que tout simplement, personne n’avait essayé avant… ça fait toujours sourire ! Avec le temps, j’ai appris qu’il y aura toujours des critiques. Il faut savoir les écouter, sans leur donner le pouvoir de décider à notre place. Si l’on croit à une vision, il faut prendre des risques, sortir de sa zone de confort et tenter l’aventure.

Pour ma part, après bientôt 4 ans, je me considère toujours comme un stagiaire en immobilier, construction et développement urbain ! J’ai la chance de pouvoir apprendre chez OCIC, l’un des principaux développeurs immobiliers et groupes d’infrastructure du pays. Et j’ai donc encore beaucoup de choses à apprendre !

Quelles sont vos activités en dehors du travail ?

Papa, mari et voyages en famille

Être père de trois enfants est mon activité et mon hobby principal, et de loin le plus passionnant et le plus inspirant. Nous voyageons beaucoup en famille et je crois profondément que découvrir différentes cultures fait partie des plus belles choses que l’on puisse partager avec ses enfants.

Mes enfants parlent français, khmer, chinois et anglais. La diversité de culture est une richesse que nous essayons de leur transmettre pour comprendre leurs racines tout en étant capable de regarder le monde avec ouverture. Éduquer la jeunesse permet aussi de rester jeune et de découvrir de nouvelles façons de penser. Mes enfants m’apprennent comment réfléchit la Génération Alpha !

Nous, on essaie de leur apprendre la valeur du travail. On travaille beaucoup, mais maintenant, on essaie d’allouer davantage de temps pour être ensemble. On n’a qu’une seule vie, et elle est courte. Alors il faut aussi pouvoir en profiter.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?

Ce qui me plaît le plus : la possibilité de voir le pays évoluer et de participer à sa construction

Au Cambodge, les décisions vont vite, les projets se concrétisent et on peut voir l’impact de son travail rapidement. Il y a une énergie collective chez les jeunes, une vraie envie de construire.

Avec les projets urbains, je peux chaque jour contribuer à rendre Phnom Penh plus verte, plus dynamique et plus attractive, tout en préservant et développant son identité culturelle. Nous avons déjà planté plus de 20 000 arbres et nous voulons aller plus loin. On ne fait que commencer !

À mon sens, l’avenir d’une ville dépend fortement de la mise en valeur de la culture, de l’art, du patrimoine, des espaces verts, du tourisme, de l’innovation et surtout des personnes capables de faire vivre ces lieux. Pour bâtir le Cambodge de demain, il faut faire émerger les talents qui pourront porter la nouvelle économie.

À travers ma holding d’investissement à Singapour, Negocia Capital, j’ai constitué depuis 2016 un petit portefeuille de startups, notamment Ascendance Flight Technologies à Toulouse qui développe l’hybridation électrique ou Bongloy Payments en fintech. Depuis que je suis au Cambodge, je suis investisseur et impliqué dans 5 startups cambodgiennes dont 3 à titre personnel et 2 à travers Canadia Impact Fund (CIFC) que j’ai pu co-fonder. Ce positionnement à la fois d’investisseur, entrepreneur, conseiller et dirigeant de grand groupe permet d’être au plus près des entrepreneurs, d’être acteur de l’écosystème, et de comprendre les défis, les besoins, et les opportunités de la nouvelle économie cambodgienne.

L’intelligence artificielle ouvre aussi de nouvelles opportunités pour le Cambodge. Avec Canadia Impact Fund, Connexion, les startups et La French Tech, j’ai la chance d’être au cœur d’un écosystème qui accélère très vite. Les nouvelles technologies me permettent aussi de mieux anticiper les tendances de demain et de continuer à apprendre grâce aux jeunes fondateurs. C’est aussi pour cela que nous continuons à investir dans des startups chaque année, tout en accompagnant leurs fondateurs au-delà du financement.

Et puis, il y a l’aviation, qui reste un fil conducteur de mon parcours. Après plus de 20 ans dans ce secteur, pouvoir contribuer au développement de Techo International Airport et travailler sur le lancement du nouvel aéroport de Phnom Penh est une chance inouïe ! Mais ce n’est pas fini.

Nous allons bientôt lancer notre école et notre université aéronautique avec notre partenaire philippin World Citi Colleges (WCC). Notre ambition est de contribuer au développement des compétences et capacités techniques dont l’industrie aéronautique cambodgienne a besoin. C’est un autre rêve que je voulais déjà réaliser il y a six ou sept ans aux Philippines et que je peux finalement concrétiser au Cambodge. C’est particulièrement excitant parce qu’aujourd’hui je peux mettre mon expérience au service du développement des compétences du pays.

Thierry Tea devant un hélicoptère, dans le hangar
Thierry Tea devant un hélicoptère, dans le hangar

Ce qui me plaît moins, c’est l’écart qui existe encore entre Phnom Penh et le reste du pays. Le rêve, c’est que chaque Cambodgien puisse avoir un toit, puisse avoir une maison.

La croissance doit profiter à tous. Aujourd’hui, avec la technologie, il y a un « reset » et une opportunité pour tout le monde, car l’accès aux outils digitaux est plus facile et disponible à coût réduit. Maintenant il faut pouvoir s’en servir. Je pense donc que l’éducation, la formation professionnelle et le développement du capital humain sont encore plus importants à présent que les grands projets immobiliers.

C’est aussi une philosophie que mes parents m’ont transmise. J’ai connu des hauts et des bas mais j’ai toujours essayé de regarder positivement l’avenir, d’avancer. Tant qu’on a la volonté d’avancer, rien n’est définitivement figé. Je pense que c’est pareil pour le pays.

Aujourd’hui, je veux transmettre cette confiance et cette énergie à la génération qui arrive. C’est pour cette raison qu’on a investi dans Bamnang et Dichi Academy, et que je m’implique dans CamTech University et à l’Alliance Française de Siem Reap. L’éducation et la formation sont pour moi un prolongement naturel de l’entrepreneuriat. Après avoir formé plus de 300 techniciens aux Philippines, je suis aujourd’hui particulièrement heureux de mettre cette expérience au service des jeunes au Cambodge.

Mais je veux aller plus loin. J’ai commencé par former des Philippins dans l’aéronautique ; aujourd’hui, je souhaite former des Cambodgiens.

Bâtir, c’est construire durablement. Redresser, c’est créer une nouvelle trajectoire. Mais transmettre, c’est permettre à d’autres de construire la leur. Et ça, c’est vraiment très motivant !

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