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Opinion : Image Réelle de la Société Thaïlandaise Face aux Revendications Culturelles

Entre nationalismes amplifiés par le numérique et principes de l’UNESCO, la Thaïlande semble parfois s’éloigner d’une gestion vertueuse de son patrimoine.

La polémique récente concernant la proposition d’inscription à l’UNESCO des traditions de mariage khmères a révélé cette sensibilité @AKP
La polémique récente concernant la proposition d’inscription à l’UNESCO des traditions de mariage khmères a révélé cette sensibilité @AKP

Un examen minutieux des récents récits diffusés sur les réseaux sociaux en Thaïlande révèle une divergence préoccupante avec les principes de la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (adoptée en 2003). Au lieu de promouvoir un héritage partagé, une continuité historique et une transmission communautaire, ces discours avancent de plus en plus des revendications exclusives sur des pratiques culturelles qui sont, par nature, transnationales et historiquement interconnectées.

Le Cas du Sangkran : Une Fête Régionale Transformée en Propriété Exclusive

Le festival du Sangkran (ou Songkran) illustre parfaitement cette contradiction. Célébré largement à travers l’Asie du Sud et du Sud-Est — notamment au Cambodge, au Laos, en Birmanie, en Thaïlande et dans la province chinoise du Yunnan — il symbolise une tradition régionale aux racines historiques profondes, bien antérieures à la création des nations modernes. Pourtant, certains médias et influenceurs thaïlandais le présentent comme une propriété exclusive du royaume. Cette vision simplifie l’histoire et méprise les origines plurielles que la Convention de 2003 s’efforce pourtant de protéger. Inscrit sur la liste représentative de l’UNESCO en décembre 2023, le Songkran incarne avant tout une valeur de partage, que ces discours tendent à occulter.

Les Habits Traditionnels : Un « Rebranding » Culturel Contesté

Parallèlement, la représentation des tenues vestimentaires traditionnelles sur les plateformes numériques thaïlandaises reflète une stratégie de « rebranding » culturel. Ces initiatives privilégient souvent la visibilité et la promotion nationaliste au détriment de la rigueur historique.

Elles négligent la longue histoire des échanges culturels en Asie du Sud-Est continentale, particulièrement au sein des sphères d’influence indienne et khmère. Historiquement, les tenues siamoises ont subi des influences khmères notables dès le VIIᵉ siècle, comme l’attestent les bas-reliefs d’Angkor.

La polémique récente concernant la proposition d’inscription à l’UNESCO des traditions de mariage khmères a révélé cette sensibilité. Si le ministère thaïlandais de la Culture a relativisé le conflit, il n’en reste pas moins que des nationalistes thaïlandais se sont émus de similitudes vestimentaires. La tenue « Chut Thai » a été soumise en réponse par la Thaïlande. Ces tensions s’inscrivent dans un contexte historique plus large de relations difficiles, incluant des différends frontaliers ou la construction contestée d’une réplique d’Angkor Vat.

L’Essor d’un Nationalisme Amplifié par le Numérique

Au-delà de ces cas spécifiques, ces tendances pointent vers une montée d’un nationalisme amplifié par le numérique, où l’affirmation populaire remplace la méthode historique. Les « influenceurs politiques » thaïlandais exploitent les outils numériques pour diffuser une rhétorique hostile. Une étude récente publiée par ISEAS-Yusof Ishak Institute (Singapour) note que les discours en ligne en Thaïlande utilisent fréquemment des « cadres de victimisation culturelle » pour mobiliser l’opinion publique contre les pays voisins (voir Trends in Southeast Asia, n° 15/2024).

Contrairement à des contextes où la documentation est continue et vivante — comme au Cambodge avec la transmission orale des chapei dang veng ou des rites d’honoration des ancêtres — certaines revendications thaïlandaises contemporaines semblent reposer sur des réinterprétations modernes plutôt que sur une continuité historique vérifiable. Ceci projette l’image d’une société en difficulté avec la « littératie culturelle » et l’éthique de son discours patrimonial.

Un Héritage à Partager, Pas un Instrument d’Exclusivité

La « vraie image » reflétée par ces tendances n’est pas celle d’une intendance culturelle responsable, mais d’une identité contestée, façonnée par une compréhension historique incomplète et un « branding » culturel stratégique. L’amplification généralisée de tels récits risque de fausser la perception internationale et de nuire à l’intégrité culturelle des sociétés voisines, déplaçant le discours du respect mutuel vers la compétition et l’appropriation. Pour s’aligner sur l’esprit de la Convention de 2003, le patrimoine culturel immatériel doit être reconnu non pas comme un instrument d’exclusivité, mais comme un héritage partagé qui requiert exactitude, humilité et respect de la part de toutes les communautés.

Auteur : Dr. Sopheap Chanthy, chercheur indépendant .Cet article reflète l’opinion personnelle de l’auteur et n’engage que lui-même. Il ne représente aucune institution ni organisation.

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