Nitha Koun Khmer : l'objectif rebelle qui ravive les racines cambodgiennes à Long Beach
- La Rédaction

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Dans les rues ensoleillées de Long Beach, Californie – ce bastion de la diaspora cambodgienne, plus grande enclave khmère hors d'Asie avec près de 45 000 âmes, une jeune photographe mexicaine-cambodgienne affûte son regard.

Victoria Venegas, alias Nitha (@nithakounkhmer), transforme son appareil en arme culturelle. Née et élevée dans cette ville portuaire imprégnée d'odeurs de prahok et de tamales, elle capture l'âme d'une communauté forgée dans le feu du génocide khmer rouge, qui a poussé plus de 100 000 Cambodgiens vers les États-Unis entre 1975 et 1994, d'après les données de l'US Census Bureau et de l'Asian Pacific American Legal Center.
Des clichés qui défient l'oubli
Tout a commencé au lycée, quand Nitha, encore ado, réalise que la photo n'est pas qu'un hobby : c'est un passeport vers son héritage mixte. Diplômée d'un Bachelor of Fine Arts en photographie de California State University, Long Beach (CSULB), elle y retourne aujourd'hui pour décrocher son teaching credential. Bientôt prof de photo, elle rêve d'initier les gamins à cet art qui "documente le monde et fouille l'identité", comme elle le confie sur son feed Instagram.
Mais derrière les selfies familiaux se cache une quête plus profonde : « Koun Khmer », ces mots lancés par sa grand-mère – « Reste Khmer, mon enfant » en khmer – qui claquent comme un mantra contre l'assimilation.
Nitha zoom sur sa famille et la communauté de Long Beach, épicentre khmer où les temples bouddhistes comme Wat Som Sonkusal (fondé en 1982, selon les archives du temple et du Long Beach Post) abritent les elders, gardiens de récits traumatiques. Ces aînés, survivants du Khmer Rouge qui a décimé 1,7 million de vies entre 1975 et 1979, posent devant son objectif. Ses séries révèlent des portraits intimes : rides gravées par l'exil, sourires défiant la précarité – un écho aux défis persistants de la communauté, où 25% vivent sous le seuil de pauvreté, note un rapport 2023 de l'Urban Institute sur les Asiatiques-Américains du comté de Los Angeles.

Une famille en pleine lumière, un futur d'éducatrice artiste
Sa famille n'est pas muse passive : elle co-crée l'histoire visuelle. On y voit des tantes en sampot, des oncles taillant le poisson, fusionnant saveurs mexicaines et cambodgiennes dans un syncrétisme qui hurle « Américain.e hybride ». « La photo m'a rapprochée de mes racines », explique Nitha, dont le pseudo @nithakounkhmer scande cet appel à la mémoire.
Professionnellement, elle vise l'équilibre : artiste pro le jour, éducatrice la nuit, pour « uplifter » cette communauté résiliente, comme le font d'autres photographes khmers-américains tels que Dith Pran (immortalisé dans The Killing Fields) ou les lauréats du Cambodian Association of America.
À l'heure où les jeunes diasporas luttent contre l'effacement culturel – un fléau documenté par l'Asian American Studies Center de UCLA dans ses études sur la perte linguistique khmère en deux générations –, Nitha recharge son Nikon comme une résistante. Ses images ne décorent pas : elles exigent qu'on se souvienne. Dans un Long Beach où les pagodes côtoient les tacos trucks, elle cadre l'avenir : un « Koun Khmer » pour les prochaines générations.








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