Mode & Initiative : Divya de ses propres ailes

Sreyline Vann Bacha compte à 24 ans presque dix ans d’activité dans la mode au Cambodge. De défilés en séances photo, celle qui fut le visage préféré de nombreux magazines spécialisés a finalement décidé de voler de ses propres ailes. Elle raconte :

CM : Vous maîtrisez parfaitement le français, êtes-vous franco-khmère ?

Non, je suis Cambodgienne à 100 %. Mon beau-père a grandi en France et j’ai donc eu la chance de fréquenter l’école française, d’évoluer dans un environnement francophone, libre et avec des gens ayant une belle ouverture d’esprit.

CM : Vous poursuivez depuis quelque temps une carrière dans la mode, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

J’ai toujours évolué dans ce milieu. J’ai commencé à l’âge de 14 ans. Ma mère avait un ami qui travaillait pour F Magazine. Il s’agissait du premier magazine de mode au Cambodge. Ils cherchaient un modèle pour un défilé et ils se sont dits : pourquoi pas Srey Linn ? C’est donc comme cela que j’ai eu ma première expérience de mannequin.

J’aime le nom Divya pour sa signification, mais aussi parce que sa consonance fait penser à la mode

J’ai effectué pas de défilés ensuite. Puis on m’a proposé des séances photo. Et, à partir de là, je travaillais pour F magazine, qui est devenu Fashion Lab ensuite, durant les vacances d’été. Même aujourd’hui, je continue à collaborer avec eux, car ils sont les promoteurs de la semaine des designers à Phnom Penh.

CM : Vous avez plus tard décidé de créer votre propre structure…

Il y a deux ans, j’ai travaillé pour une agence de modèles, puis j’ai arrêté. J’ai souhaité poursuivre mon activité en free-lance. Oui, j’ai décidé de me lancer seule. Donc, en août 2019, j’ai monté Divya. Cela veut dire « beau et divin » en sanscrit. J’aime ce nom pour sa signification, mais aussi parce que sa consonance fait penser à la mode.

CM : Quelle est l’activité précise de Divya ?

Au début, je voulais proposer de la création d’événements. Mais, je n’avais pas encore d’équipe et c’était plutôt difficile de travailler seule pour ce genre d’activité assez lourde et prenante. Je me suis donc concentrée sur la gestion de talents et le « casting call ».

CM : Qu’est-ce que le casting call ?

Il existe ici bon nombre d’artistes, des chanteurs, des danseurs, des acteurs, des modèles et des influenceurs qui travaillent en indépendants et sans exclusivité. J’ai souvent des demandes de la part de mes clients pour ce genre de profil. Il existe une demande régulière pour des artistes cambodgiens, mais aussi pour des profils occidentaux, que ce soit pour des films de fiction ou de la publicité.

Je fonctionne donc avec une liste de profils que j’envoie à mes clients. Et, s’ils ne trouvent pas leur bonheur dans mon catalogue, je lance donc un casting-call, une sorte d’appel à candidatures. J’organise une journée de casting et les artistes intéressés viennent tenter leur chance. Je fais des photos, je prends leurs informations, contacts, et je soumets à mes clients.

« Je veux avoir la possibilité de choisir avec qui je souhaite travailler »

CM… et la gestion de talents ?

Pour l’instant, je suis seule, donc je n’ai pas les moyens de signer des exclusivités avec les artistes. Je travaille donc essentiellement avec les free-lances. C’est une tendance, les talents d’aujourd’hui rechignent quelque peu à dépendre d’une seule agence. Ceux qui sont connus n’ont aucun mal à trouver du travail, mais, les clients ne souhaitent généralement pas les gérer, ils préfèrent quelqu’un du métier, et c’est là que j’interviens.

CM : Pour quelles raisons ?

J’interviens, car c’est parfois un peu compliqué de travailler avec des gens qui ont une certaine notoriété. Il y a des exigences de disponibilité et certains artistes sont un peu difficiles. C’est donc mon rôle de les gérer, de faire en sorte qu’il y ait de bonnes conditions de travail et que le client soit satisfait. Je ne me contente pas de proposer et faire signer un artiste, je le gère également. Cela ne m’est pas très difficile, j’entretiens d’excellentes relations avec une majorité d'entre eux, beaucoup sont des amis et cela rassure le client.

CM : Pour donner un exemple, si un client a besoin d’un mannequin féminin pour une séquence avec une boisson, combien de candidates pourriez-vous proposer ?

Pour ce type de séquence, je proposerai au moins une vingtaine de profils. Comme j’ai déjà effectué quelques auditions, mon catalogue est déjà assez étoffé.

CM : Pourquoi ne pas avoir intégré une agence ?

C’est compliqué de travailler avec des gens… (rires). Je veux avoir la possibilité de choisir avec qui je souhaite travailler. Cela ne veut pas dire que je vais favoriser mes amis, c’est d’ailleurs très compliqué avec des amis, J’aime ce nom pour sa signification, mais aussi parce que sa consonance fait penser à la mode.

Je me suis dit : « crée ton agence, traite bien tes artistes, et assure-toi qu’ils aient un salaire convenable »

CM : Où se trouvent vos bureaux ?

Je partage les locaux de l’équipe de Phnom Penh Designers Week. J’y ai mon bureau et j’y effectue mes castings.

CM : Quelles sont vos ambitions immédiates ?

Mon ambition première serait de développer encore cette agence. C’est un bon concept et cela commence à bien fonctionner. Ma démarche a été bien perçue et j’ai pas mal de requêtes.

CM : Quel est le secteur d’activité le plus demandeur pour Divya ?

La publicité, tant presse que télévision, est le secteur le plus demandeur. Il existe aussi une forte demande pour les événements. Dans ce cas, on me sollicite surtout pour des influenceurs.

CM : Comment vous payez-vous ?

Je me rémunère avec un système de commission.

CM : Le mannequinat a ici la réputation d’un métier facile et souvent peu rémunérateur…

Les choses devaient changer et elles évoluent dans le bon sens. Comme je l’ai précisé, j’ai travaillé comme modèle et je peux dire que c’est un métier difficile, en dépit des apparences. C’est un travail fatiguant. Le public ne verra que quelques secondes ou quelques minutes de défilé et cela semble facile. Loin de là. Il y a des heures et des heures éprouvantes d’attente, d’essayage, de maquillage, de répétitions avec des talons de vingt centimètres. Parfois, nous n’avions même pas le temps de déjeuner. Non, ce n’est pas un métier facile. Sans compter le peu de considération affiché parfois par certains. C’est aussi une des raisons qui a contribué à prendre la décision de rouler en solo. Je me suis dit : « crée ton agence, traite bien tes artistes, et assure-toi qu’ils aient un salaire convenable ». Et, cela porte ses fruits, les artistes sont contents de travailler avec moi, car je m’assure qu’ils bénéficient d’un salaire en rapport avec leur talent et leur performance.

Cela est-il bien perçu par vos clients ?

Les clients ne rentrent pas dans les détails. Ils me confient un budget pour un projet et c’est à moi de répartir les coûts.

CM : Côté vie privée, quelles activités ?

En ce moment, je « cocoone » (rires)…

CM : Un dernier mot ?

Me souhaiter bonne chance essentiellement...

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

Divya agency — téléphone : 089 467 728 – N 35 rue 240 à Phnom Penh

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