Le paradoxe cambodgien : moins de touristes étrangers, mais un royaume qui voyage plus que jamais
- La Rédaction

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Sur le papier, les chiffres ont de quoi inquiéter Phnom Penh. Sur le terrain, c'est une tout autre histoire qui s'écrit — celle d'un pays qui réapprend à voyager chez lui.

Un repli international sans précédent récent
Après une année 2024 euphorique, marquée par une hausse spectaculaire des arrivées, le Cambodge a vu son tourisme international se contracter nettement en 2025. Selon les statistiques officielles du ministère du Tourisme, le Royaume a accueilli 5,57 millions de visiteurs étrangers sur l'année, soit un repli de près de 17 % par rapport aux 6,70 millions enregistrés en 2024.
La tendance s'est encore durcie au début de l'année 2026. Au premier trimestre, les arrivées internationales ont chuté de près de 45 % sur un an, pour s'établir à un peu plus d'un million de visiteurs. Signe que ce ralentissement n'épargne aucun marché : aucun des dix principaux pays émetteurs de touristes n'a affiché de croissance sur la période. Les tensions frontalières avec la Thaïlande ont pesé lourdement sur les flux régionaux, avec des baisses vertigineuses en provenance de Thaïlande, du Laos et de Corée du Sud, tandis que les marchés plus lointains — Royaume-Uni, Australie, États-Unis — ont mieux résisté, avec des replis plus contenus.
Moins de monde, mais des recettes qui tiennent
Paradoxe révélateur : malgré la baisse des arrivées, les recettes touristiques sont restées robustes, atteignant près de 3,9 milliards de dollars en 2025. Le ministère y voit le signe d'une montée en gamme de la fréquentation — moins de volume, mais des visiteurs qui dépensent davantage et séjournent différemment. Une réorientation stratégique que les autorités assument désormais ouvertement, misant sur le tourisme culturel, les zones côtières et les expériences à plus forte valeur ajoutée plutôt que sur la seule course aux volumes.
Le grand retournement : les Cambodgiens redécouvrent leur pays
C'est sans doute la statistique la plus frappante de ce début d'année 2026 : alors que les arrivées étrangères s'effondrent, le tourisme domestique, lui, explose. Entre janvier et mai 2026, environ 20,3 millions de déplacements de Cambodgiens à travers le Royaume ont été recensés, soit une hausse de plus de 54 % par rapport à la même période en 2025. Dans le même temps, le nombre de Cambodgiens partant voyager à l'étranger a chuté de 39 %.
Ce basculement n'est pas un accident conjoncturel : il prolonge une dynamique déjà à l'œuvre en 2025, année durant laquelle les voyages domestiques avaient progressé de près de 12 % pour atteindre plus de 25 millions de déplacements. Phnom Penh, Siem Reap et la zone côtière — Sihanoukville, Kep, Kampot — concentrent l'essentiel de cet engouement, porté par une classe moyenne urbaine en quête d'escapades de proximité.
Un pari massif sur les infrastructures
Ce contexte contrasté n'a pourtant pas freiné les ambitions du Royaume en matière d'infrastructures aériennes. L'aéroport international Techo, doté d'un investissement dépassant les deux milliards de dollars, a officiellement ouvert ses portes le 20 octobre 2025, rejoignant les aéroports de Siem Reap-Angkor et de Dara Sakor inaugurés ces dernières années. Sur les dix premiers mois de 2025, les trois aéroports internationaux du pays ont géré près de 5,7 millions de passagers, en hausse de 14 % sur un an — un pari sur l'avenir qui tranche avec le ralentissement actuel des arrivées.
Ce que ce paradoxe raconte du Cambodge de 2026
Derrière les chiffres se dessine un pays à la croisée des chemins : un tourisme international fragilisé par des tensions régionales et une concurrence accrue des voisins asiatiques, mais une économie touristique qui se réinvente de l'intérieur, portée par ses propres citoyens et par des infrastructures pensées pour la décennie à venir plutôt que pour le seul cycle actuel.
Pour les acteurs du secteur — des grands groupes hôteliers aux initiatives plus modestes le long de la côte sud — le message est clair : la résilience du tourisme cambodgien ne se mesurera plus seulement à l'aune des arrivées internationales, mais à sa capacité à construire une demande locale durable, en attendant que les flux étrangers retrouvent leur rythme.







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