« La donnée, c'est le vrai levier de performance » – Cédric Kang, Co-Président de La French Tech Phnom Penh
- La Rédaction

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Franco-cambodgien de cœur et d'engagement, Cédric Kang incarne une certaine idée de l'entrepreneuriat : celle qui conjugue savoir-faire technique, impact concret et sens du collectif. Arrivé à Phnom Penh en 2010 avec l'ambition d'y bâtir quelque chose, il n'en est jamais reparti.

Après avoir cofondé Bikay, société de développement logiciel spécialisée dans les applications web et mobiles, il prend en 2016 la direction de SBI au Cambodge, avant d'évoluer en janvier 2025 vers le poste de Deputy CEO APAC, chargé de piloter la stratégie data et IA de l'entreprise à l'échelle de toute la région Asie-Pacifique.
Parallèlement à ses responsabilités professionnelles, Cédric s'investit activement dans la structuration de l'écosystème tech francophone d'Asie du Sud-Est. Co-Président de La French Tech Phnom Penh depuis janvier 2024 — et réélu pour le mandat 2026-2028 —, il œuvre également au sein du board d'EuroCham Cambodia en tant que Trésorier. Deux engagements qui reflètent une conviction profonde : rendre à un écosystème ce qu'il vous a apporté.
Dans cet entretien, il revient sur son parcours singulier, ses ambitions pour La French Tech Phnom Penh, et sa vision d'un Cambodge en passe de devenir un hub régional d'innovation francophone.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Cédric KANG. Je suis franco-cambodgien, entrepreneur, et passionné par le numérique. J'ai posé mes valises à Phnom Penh en 2010 et je n'en suis plus jamais reparti. Aujourd'hui je suis Deputy CEO APAC chez SBI, où j'aide les entreprises de la région à reprendre le contrôle de leur performance grâce aux solutions numériques. Une bataille qui me passionne d'autant plus à l'heure de l'IA. À côté de ça, j'ai la chance de co-présider La French Tech Phnom Penh depuis 2024, et d'occuper le rôle de Trésorier au Board d'EuroCham Cambodia. Au final, mes journées se partagent entre deux choses qui me tiennent à cœur, aider mes clients à se transformer, et faire grandir notre écosystème tech francophone en Asie du Sud-Est.
Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire
J'ai un parcours assez classique d'ingénieur en télécoms et informatique. J'ai commencé par un IUT à l'Université Paris-Est Créteil en Télécommunications et Réseaux entre 2000 et 2002, puis j'ai enchaîné avec un Master à l'ESIGETEL, école d'ingénieurs en informatique et télécoms basée à Paris Sud, jusqu'en 2006. J'en suis sorti avec une spécialisation en systèmes embarqués temps réel, un domaine passionnant qu'on retrouve aujourd'hui au cœur des véhicules autonomes, où chaque milliseconde compte vraiment pour traiter les données des capteurs, prendre les bonnes décisions de conduite et garantir la sécurité des passagers.
Honnêtement, ce qui a vraiment marqué mes années étudiantes, ce ne sont pas les amphis, c'est ce que j'ai construit en parallèle.
En 2005, je suis devenu Trésorier de l'association JSE (Job Service Student). L'idée était simple mais utile, aider les étudiants à trouver des petits boulots pour arrondir les fins de mois ou financer leurs études. Beaucoup d'entre nous galéraient, et c'était notre façon de se serrer les coudes. Ça m'a appris très tôt l'importance de l'entraide et de l'organisation collective.
Et puis en 2009, j'ai franchi un cap avec MathsTonic, que j'ai cofondé avec des partenaires. C'était ma toute première vraie aventure entrepreneuriale, et je m'en souviens comme si c'était hier. Le concept, proposer aux familles des cours particuliers à domicile à des tarifs accessibles, pour les élèves jusqu'au lycée, dispensés par des étudiants du supérieur. On voulait répondre à deux besoins en même temps. Permettre aux familles d'offrir un vrai soutien scolaire à leurs enfants sans se ruiner, et donner aux étudiants une opportunité de revenu valorisante, dans la même philosophie que JSE.
Avec le recul, je me rends compte que ces deux expériences ont posé toutes les fondations de ce qui a suivi. Le goût du collectif, l'envie de monter des choses, l'idée qu'on peut entreprendre tout en ayant un impact concret sur la vie des gens. C'est exactement l'état d'esprit que je remets aujourd'hui dans La French Tech et EuroCham.
Parlez-nous de vos débuts professionnels
J'ai démarré ma carrière comme Chef de projet BI à Dexia Crédit Local, au sein du département du contrôle de gestion. Et c'est là que tout a basculé pour moi. Je venais d'un cursus très technique, et je me suis retrouvé plongé dans la finance d'entreprise, le contrôle de gestion, le pilotage de la performance. J'ai découvert comment on pilote vraiment une entreprise au quotidien, à travers le suivi des moyens, donc les coûts, et le suivi des revenus, avec le contrôle des revenus par channel, des COGS par channel, et tous les indicateurs qui permettent à un dirigeant de prendre les bonnes décisions.
Cette expérience a été un vrai déclic. J'ai compris que le numérique prend toute sa valeur quand il sert un besoin métier concret. Et que le pilotage de la performance, c'est là où la technologie peut vraiment changer la donne pour une entreprise.

Cette conviction, je l'ai gardée intacte. Et en 2010, j'ai sauté le pas. J'ai quitté la France, je me suis installé au Cambodge, et avec un ami ingénieur français, on a cofondé Bikay, une société proposant des services de développement et d'intégration de solutions logicielles, spécialisée dans les applications web, les sites internet, le e-commerce et les applications mobiles. Notre pari était simple, apporter le savoir-faire à la française dans une région qui bouillonnait d'opportunités.
Pendant 6 ans, Bikay a été une école formidable. J'ai eu la chance d'enchaîner des missions vraiment variées.
Avec Gefco et Danone, j'ai accompagné de gros chantiers de transformation financière. Refonte des outils de reporting, prévision, pilotage de la performance. C'est là que j'ai consolidé ce que j'avais appris chez Dexia, sur le terrain, avec des enjeux concrets.
En parallèle, j'ai eu la chance de travailler avec le secteur public cambodgien. Le projet dont je suis sans doute le plus fier de cette période, c'est la mise en place du système de gestion des écoles publiques pour le Ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports. Voir notre travail servir directement à des dizaines de milliers d'élèves cambodgiens, ça donne du sens à ce qu'on fait.
Cette double exposition m'a vraiment formé. Grands groupes internationaux d'un côté, institutions publiques locales de l'autre. Elle m'a fait comprendre que la transformation digitale, ça ne se résume pas à une question de techno. C'est avant tout une histoire de personnes et de contexte.
En 2016, j'ai rejoint SBI pour porter leur expansion en Asie via le Cambodge, en tant que Managing Director. Pendant 8 ans, on a construit l'entité quasiment à partir de zéro. Je suis fier d'avoir vu nos équipes grandir et nos clients nous faire confiance projet après projet. Et depuis janvier 2025, j'ai pris la casquette de Deputy CEO APAC, pour porter le développement à l'échelle de toute la région.
Si je devais résumer le fil rouge de tout ça, je suis profondément convaincu que la donnée et les solutions numériques sont les vrais leviers de pilotage de la performance des entreprises. Et que la transformation digitale n'a de sens que si elle sert un projet humain et stratégique concret. C'est une conviction qui prend encore plus de poids aujourd'hui à l'ère de l'IA, parce que sans une fondation data solide, l'IA reste un beau gadget. C'est avec une donnée propre, gouvernée et exploitable qu'elle devient véritablement créatrice de valeur.
Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge
Mon lien avec le Cambodge, c'est avant tout une histoire d'héritage et de cœur. J'ai grandi en France, mais j'ai toujours porté avec moi mes racines cambodgiennes. Et plus le temps passait, plus l'attrait de l'Asie du Sud-Est devenait fort.
En 2010, j'ai franchi le pas. Pas seulement pour rentrer aux sources, mais aussi pour tenter quelque chose de plus grand, monter ma propre boîte de conseil et de développement numérique pour apporter le savoir-faire à la française à un pays et à une région en pleine transformation. Quand j'y repense, c'était un sacré pari. Quitter Paris, ses grands groupes, son confort, pour s'installer dans un pays qu'on connaissait surtout par les histoires de famille. Mais je n'ai jamais regretté.
Bikay a été le premier chapitre de cette aventure cambodgienne. Puis en 2016, j'ai pris la direction de SBI au Cambodge, où j'ai passé plus de 8 ans à construire l'activité avant d'évoluer vers la Deputy CEO APAC en janvier 2025.
Au-delà du business, le Cambodge m'a beaucoup donné humainement. C'est un pays qui m'a accueilli, qui m'a fait grandir, et qui continue à m'apprendre quelque chose chaque jour. C'est aussi pour ça que je m'investis autant dans EuroCham et La French Tech. Je crois profondément qu'il faut rendre à un écosystème ce qu'il vous a apporté.
Comment êtes-vous arrivé à rejoindre la French Tech au Cambodge ?
C'est arrivé assez naturellement, en fait. Quand on est entrepreneur franco-cambodgien dans la tech, La French Tech, on tourne forcément autour à un moment ou un autre. Dès le lancement de Bikay en 2010, on se positionnait déjà comme un acteur de cet écosystème. On participait aux événements, on échangeait avec les autres entrepreneurs, on faisait partie du paysage.
Le passage à un engagement plus formel s'est fait en janvier 2024, quand j'ai été élu Co-Président lors du renouvellement du board. Pour moi, c'était la suite logique. Passer de membre actif de la communauté à acteur de sa structuration. Aux côtés de Sébastien UNG, on s'est attaqués au chantier ensemble.
Et en mars 2026, j'ai eu l'honneur d'être réélu Co-Président pour le mandat 2026-2028, avec un nouveau board élargi à 9 membres. Une nouvelle aventure démarre, avec deux gros rendez-vous dans le viseur. La labellisation officielle, et le Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Phnom Penh en novembre 2026.
Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure, qu'en attendez-vous ?
J'ai trois grandes ambitions pour ce mandat.
D'abord, obtenir la labellisation officielle 2026-2028 auprès de la Mission French Tech. Ce n'est pas juste un tampon administratif, c'est la reconnaissance du travail accompli par toute une communauté, et un vrai tremplin pour aller plus loin.
Ensuite, faire de Phnom Penh un hub régional d'innovation francophone. Le Sommet de la Francophonie de novembre 2026 et l'événement FrancoTech qui en découle sont une occasion unique de mettre Phnom Penh sur la carte. On compte bien la saisir.
Et enfin, accélérer concrètement les startups et entrepreneurs de notre communauté. Networking, mentoring, programmes d'accélération, développement des talents. Tout ça en renforçant les ponts entre la France, le Cambodge et l'ASEAN.
Ce que j'en attends personnellement ? Honnêtement, du collectif et de l'impact. Voir des projets se concrétiser, des entrepreneurs réussir, notre écosystème grandir et rayonner au-delà de nos frontières. C'est ce qui me motive à m'investir, parce qu'à la fin, c'est là que se mesure la vraie réussite.
Décrivez-nous vos activités professionnelles
Aujourd'hui, je porte trois casquettes complémentaires, qui se nourrissent les unes les autres.
La principale, c'est mon rôle de Deputy CEO APAC chez SBI, depuis janvier 2025. Concrètement, je pilote la stratégie et le développement de notre activité de conseil en data et IA dans toute la région Asie-Pacifique. Notre conviction est claire. À l'heure où l'IA prend une place de plus en plus centrale, la data est devenue le pilier du pilotage de la performance d'une entreprise.
Sans fondation data solide, pas de décisions fiables, pas d'IA qui crée vraiment de la valeur. C'est ce qu'on construit pour nos clients. Des plateformes data robustes, des outils de pilotage stratégique, et des solutions analytiques qui transforment leur donnée en avantage compétitif réel.
Ma deuxième casquette, c'est Trésorier et Membre du Board d'EuroCham Cambodia, depuis mars 2025. EuroCham, c'est la plus grande chambre de commerce européenne du Cambodge, plus de 400 membres, 7 chapitres nationaux, 23 pays représentés. Y contribuer à la gouvernance, c'est aussi une façon de servir l'écosystème business européen au Cambodge.
Et la troisième, Co-Président de La French Tech Phnom Penh depuis janvier 2024, réélu pour 2026-2028.
Ce qui relie tout ça, c'est une seule idée. Mettre la data, la transformation et le collectif au service de la croissance des entreprises et de l'écosystème dans lequel je m'inscris.
Détaillez l'un de vos projets
S'il y a un projet qui m'occupe vraiment en ce moment, c'est la labellisation French Tech Phnom Penh 2026-2028. Et c'est un projet bien plus large qu'on ne l'imagine.
Concrètement, l'objectif est de faire reconnaître officiellement Phnom Penh comme Communauté French Tech à l'international par la Mission French Tech. Pour y arriver, on a travaillé sur trois fronts en parallèle.
• La gouvernance. On a élu démocratiquement un nouveau board de 9 membres en mars 2026, en veillant à avoir une vraie diversité. Entrepreneurs, dirigeants, profils franco-cambodgiens et internationaux. On voulait un board qui reflète vraiment la richesse de notre communauté.
• L'ancrage institutionnel. On a obtenu l'adossement officiel de la CCI France Cambodge, le soutien de l'Ambassade de France, et plus de 20 lettres de soutien d'acteurs clés de l'écosystème cambodgien. Cette mobilisation, ça nous a fait vraiment plaisir.
• La vision stratégique. Structurer nos événements 2026, jouer un rôle moteur lors du Sommet de la Francophonie en novembre, et positionner durablement le Cambodge comme un hub régional d'innovation.
Mais au-delà du label en lui-même, ce qui me passionne dans ce projet, c'est qu'il mobilise toute une communauté autour d'une ambition partagée. Transformer une vision en mouvement collectif concret, c'est exactement ce qui me fait avancer.
Quelles sont vos activités en dehors du travail ?
Avant tout, j'aime passer du temps avec ma femme et mes enfants. C'est ce qui compte le plus pour moi, et c'est ce que j'essaie de protéger en priorité dans mon emploi du temps. Les voir grandir, partager des moments simples avec eux, c'est ce qui donne du sens à tout le reste.
D'ailleurs, c'est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Je suis convaincu que l'une des vraies révolutions du numérique, c'est de permettre aux entreprises de mieux structurer leurs procédures métiers, d'en tirer les données utiles, et de s'améliorer en continu. L'IA et la robotique vont encore accélérer ce mouvement, en augmentant fortement la productivité au travail. Et donc, mécaniquement, en libérant du temps. L'ère industrielle nous a accaparés de plus en plus au travail, mais je crois sincèrement qu'on est en train de revenir aux fondamentaux. L'avenir, c'est de passer moins de temps au travail et plus de temps sur ce qui compte vraiment. La famille, les proches, ce qu'on aime faire. C'est aussi pour ça que je crois autant à la transformation qu'on porte chez SBI.
Côté sport, mon vrai défouloir, c'est le badminton. Je joue régulièrement, et c'est devenu un rituel important dans ma vie. J'aime ce sport pour tout ce qu'il apporte. Le côté physique évidemment, la concentration et la stratégie qu'il demande, mais surtout la convivialité des matchs entre amis. Il n'y a rien de tel pour évacuer la pression d'une journée bien chargée.
À côté de ça, je consacre aussi du temps au networking et à la vie associative. C'est devenu presque un prolongement naturel de mon activité pro, mais avec une dimension plus humaine et conviviale. Mes engagements à La French Tech et EuroCham en font pleinement partie.
Et j'aime prendre le temps d'explorer la région. Voyages au Cambodge et en Asie du Sud-Est, gastronomie locale, découvertes culturelles, souvent en famille. Cette région a tellement à offrir qu'on n'en finit jamais d'apprendre.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?
Ce que j'aime le plus, c'est l'énergie entrepreneuriale unique de ce pays. Au Cambodge, on a encore le sentiment de pouvoir « écrire l'histoire ». Les décideurs sont accessibles, l'écosystème est jeune, agile, et les opportunités d'avoir un impact réel sont partout. C'est aussi une formidable porte d'entrée vers l'ASEAN, avec une diversité culturelle et économique qui en fait un véritable laboratoire à ciel ouvert. Et puis, c'est peut-être le plus important, il y a la chaleur humaine des Cambodgiens, qui rend chaque journée un peu plus belle.
Ce qui me plaît moins, honnêtement ? Certaines lourdeurs administratives et le besoin de structuration de quelques secteurs. Mais paradoxalement, c'est aussi ce qui crée tant d'opportunités pour les entrepreneurs qui veulent contribuer à construire. Et puis, il y a la circulation à Phnom Penh, qui peut tester la patience même des plus zen !







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