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Kampong Cham & Solidarité : Arkoun et Grégory Herpe, chirurgie et regards au Cambodge

À Kampong Cham, le photographe Grégory Herpe s’associe à l’association Arkoun pour documenter et prolonger une mission chirurgicale vitale. Dans un hôpital public où les patients attendent des mois pour une opération, cette rencontre entre objectif et bistouri révèle les silences d’un système médical sous tension, entre urgences oubliées et transmission d’expertise. 

Kampong Cham & Solidarité : Arkoun et Grégory Herpe, chirurgie et regards au Cambodge

À Kampong Cham, au bord du Mékong, les journées commencent tôt. La chaleur s’installe vite, comme une présence constante. Dans les couloirs de l’hôpital public, des patients attendent, parfois depuis des mois. Certains ne marchent plus. D’autres n’ont jamais été opérés. Tous portent en eux une même réalité : celle d’un accès tardif, ou impossible, à la chirurgie.

Dans ce pays de près de 17 millions d’habitants, où plus de 70% de la population vit encore en zone rurale, la santé reste une question de distance, de moyens et de priorités vitales.

Le système médical s’est reconstruit lentement après la destruction quasi totale des infrastructures sous les Khmers rouges. Aujourd’hui encore, certaines spécialités chirurgicales restent sous-dotées : on ne compte qu’une poignée de spécialistes pour des millions d’habitants dans certaines disciplines. Résultat : des pathologies simples ailleurs deviennent ici des handicaps durables.

Des fractures qui deviennent des destins

Dans les pays occidentaux, une fracture du col du fémur est opérée en urgence, souvent en moins de 48 heures. Au Cambodge, certains patients vivent avec pendant des années. Les chirurgiens de l’association Arkoun en font le constat chaque mission. Sur place, ils découvrent des cas avancés, rarement observés en Europe : fractures mal consolidées, déformations irréversibles, nécroses de la tête fémorale liées à l’usage prolongé de corticoïdes sans suivi médical.

Ces situations s’expliquent en partie par le coût des soins, mais aussi par une réalité plus profonde : au Cambodge, se soigner implique souvent de renoncer à travailler. Et pour beaucoup, cela n’est pas envisageable. À l’échelle mondiale, les maladies articulaires comme l’arthrose touchent plus de 528 millions de personnes et figurent parmi les causes majeures de handicap. Dans un pays où les métiers physiques dominent encore largement, ces pathologies prennent une dimension encore plus brutale : elles empêchent de vivre.

Kampong Cham & Solidarité : Arkoun et Grégory Herpe, chirurgie et regards au Cambodge

Une médecine sous tension

Le Cambodge progresse. Le budget de la santé a atteint près de 550 millions de dollars en 2025, signe d’un effort structurel. Mais les inégalités persistent. Chaque année, entre 200 000 et 250 000 Cambodgiens partent se faire soigner à l’étranger, faute de solutions adaptées sur place. Dans le même temps, les maladies non transmissibles — diabète, hypertension, troubles chroniques — représentent désormais près de 64% des décès. Ces pathologies aggravent les risques de complications orthopédiques, notamment au niveau des articulations. L’accès à la chirurgie reste donc un enjeu majeur. Pas seulement en termes d’équipement. Mais en termes de formation.

Apprendre pour durer

C’est sur ce point que se distingue l’action d’Arkoun. Fondée en 2023 à La Rochelle par les docteurs Cédric Bouquet et Bertrand Millet-Barbé, et par le spécialiste du matériel chirurgical et logisticien Éric Piou, l’association est issue de plus de dix ans de missions ; elle ne se contente pas d’opérer. Elle enseigne. Autour des fondateurs, deux autres chirurgiens français — Julien Nebout et Paul Brossard — interviennent directement au bloc opératoire, aux côtés de leurs homologues cambodgiens.

L’objectif est clair : rendre les équipes locales autonomes. Et les résultats commencent à se voir. Certains chirurgiens cambodgiens, comme le docteur Tem Ponlok, sont désormais capables de réaliser seuls les poses de prothèses de hanche. Arkoun met un point d’honneur à former les chirurgiens locaux et, une fois repartis en France, les gestes appris, reproduits, transmis, servent à la communauté.

Voir pour comprendre

Au cœur de cette mission, une autre présence s’est imposée. Le photographe Grégory Herpe a rejoint l’équipe, non comme observateur extérieur, mais comme témoin engagé. C’est un habitué des reportages auprès d’ONG dans le monde, souvent liées aux droits des enfants et des femmes, mais aussi un artiste. Son regard s’attarde là où la médecine ne dit rien : dans les silences avant l’opération, dans la tension des corps, dans les regards qui oscillent entre peur et espoir. Son reportage photographique traverse les espaces — du bloc opératoire aux salles d’attente — et donne une visibilité à ces trajectoires invisibles.

« Je ne remercierais jamais assez l’association Arkoun de m’avoir ouvert les portes des blocs opératoires afin que je puisse y faire des images, bien sûr, mais aussi pour comprendre ce qu’il s’y passe et les enjeux de taille qui s’y jouent. Ce fut pour moi, qui suis si curieux de tout, un enrichissement personnel énorme, et je suis heureux d’avoir rencontré des hommes au grand cœur, pleins d’une empathie si importante pour moi. Ils peuvent compter sur moi à l’avenir ; je serai toujours là pour apporter ma pierre à cette magnifique et importante aventure humaine », nous dit-il.

En parallèle, il réalise son deuxième documentaire vidéo. Un travail qui dépasse la simple captation pour interroger ce que signifie « intervenir » dans un pays où tout manque, sauf l’énergie humaine. Car documenter, ici, n’est pas un geste neutre. C’est prolonger la mission. Lui donner une mémoire. Et une portée. Grégory Herpe apporte toute sa sensibilité artistique au remarquable travail d’Arkoun.

Entre urgence et transmission

À Kampong Cham, la mission s’achève comme elle a commencé : sans mise en scène pour flatter des égos qui n’ont pas leur place ici. Cette fois-ci, 15 patients de tous âges auront été opérés et, s’il y a eu parfois des complications, les docteurs Bouquet, Millet-Barbé, Nebout et Brossard n’ont pas compté leurs heures ni leurs efforts pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Les patients repartent, parfois debout pour la première fois depuis des années. Les chirurgiens cambodgiens continuent, forts des conseils et de l’expertise d’Arkoun. Et quelque chose a changé — de manière presque imperceptible.

Dans un pays où les défis sanitaires restent immenses, où l’histoire continue de peser sur les infrastructures, chaque transmission compte. Parce qu’au Cambodge, soigner ne suffit pas. Il faut apprendre à faire sans. Et surtout, apprendre à transmettre.

PS :Arkoun a besoin d’aide !Vous pouvez les soutenir en les contactant :arkounassociation@gmail.comhttps://www.instagram.com/arkounassociation

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