Cambodge & Santé : Un Nouvel An khmer sous le signe… des décibels
- La Rédaction

- il y a 3 heures
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Chaque mois d’avril, Phnom Penh célèbre le Nouvel An khmer. Entre les rites de purification, les danses traditionnelles et les retrouvailles familiales, les touristes et les expatriés s’attendent à une atmosphère à la fois festive et authentique.

Pourtant, depuis quelques années, une tout autre réalité s’impose sur la célèbre promenade du quai Sisowath : celle d’une guerre de volume sonore menée par une marque locale de boissons.
« Nous nous excusons pour cette pollution sonore » – le message d’un restaurateur désemparé
Sur la route du bord de l’eau, de nombreux établissements accueillent leurs clients avec une note d’excuse écrite, presque devenue un rituel :
« Nous sommes sincèrement désolés pour les promotions et concerts extrêmement bruyants organisés par une marque locale lors du Nouvel An khmer. Ce n’est pas ce que vous attendez en venant dîner ou admirer les festivités “traditionnelles”. »
Un client a même transmis une mesure du niveau sonore à son restaurant préféré. Résultat : des pics dépassant allègrement 85 dB – un seuil à partir duquel l’exposition prolongée peut endommager l’audition. À titre de comparaison, une zone résidentielle autorise généralement 45 à 55 dB la nuit.
Musique à fond, santé en danger
Ces niveaux ne sont pas simplement désagréables : ils sont dangereux. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’une exposition de plus de huit heures à 85 dB, ou de seulement quelques minutes à 100 dB, entraîne des risques irréversibles de lésions cochléaires.
Or, pendant les quatre jours de fête, les concerts promotionnels et les jingles publicitaires martèlent le quai de 10 h à 22 h (voire plus tard). Les familles avec de jeunes enfants, les personnes âgées et même les serveurs sont exposés sans protection. Ironie du sort : la plupart des visiteurs étrangers et locaux viennent chercher un spectacle culturel khmer – musique traditionnelle, jeux populaires, danse apsara – mais repartent avec les oreilles sifflantes d’un marketing sonore agressif.
Alors, comment profiter du Nouvel An khmer sans risquer sa santé auditive ?
Les restaurateurs du quai ont dû s’adapter. Leurs conseils, affichés en plusieurs langues :
Profitez de la terrasse le matin et en début d’après-midi : avant que les concerts ne montent en puissance, l’ambiance reste paisible.
À partir de 18 h, installez-vous dans la salle intérieure du rez‑de‑chaussée : les murs atténuent une partie des décibels.
Revenez sur la terrasse après 22 h : une fois que les promotions et les pitchs publicitaires se taisent, l’air redevient respirable. Un cocktail à la main, vous pourrez alors écouter la ville retrouver son souffle.
« Le bruit rend sourd » – le cri d’alarme de Phil Javelle sur les réseaux sociaux
Ce constat, un résident de longue date au Cambodge, Phil Javelle, l’a exprimé avec une rare vigueur sur les réseaux sociaux. Voici son commentaire, traduit de l’anglais :
« C’est extrêmement préoccupant.La pollution sonore au Cambodge atteint un pic qui n’est plus tolérable. Et n’allez pas croire que cela fait partie de “la culture”, c’est absurde.Je vis ici depuis 2009, et je n’ai jamais pu supporter le niveau sonore dans aucun lieu ou événement local, sans parler de ceux qui écoutent leur smartphone ou leur tablette à volume maximum dans les espaces publics.
« Je ne sors jamais sans protections auditives.Je suis toujours stupéfait que mes collègues musiciens cambodgiens ne se plaignent jamais de l’ignorance et des nuisances que les soi-disant “ingénieurs du son” exhibent lors de chaque concert ou événement.Cela signifie qu’ils sont déjà touchés par une perte auditive significative. Tout comme les personnes qui travaillent dans les bars et les clubs, comme ceux de la rue Pub Street à Siem Reap.
Rien que s’y promener la nuit est insupportable.Le bruit rend sourd, mais il endommage aussi le cerveau, le cœur et le foie, vous exposant à des risques de démence, d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies cardiovasculaires et de troubles métaboliques.Il est temps de se réveiller et d’arrêter cette folie. »
Un témoignage qui rappelle que le problème ne se limite pas au Nouvel An khmer, ni même aux quais de Phnom Penh : il est systémique, et ses conséquences sanitaires sont bien plus larges que la seule perte auditive.
Un appel à la responsabilité collective
Les fêtes traditionnelles ne devraient pas exiger des protections auditives au même titre qu’un concert de rock. Si l’énergie des marques est compréhensible, il serait temps que les autorités municipales et les organisateurs fixent des limites raisonnables – par exemple 75 dB en journée et 55 dB le soir – pour préserver à la fois la santé publique et l’authenticité des célébrations.
En attendant, un grand merci aux clients qui continuent de soutenir les petits commerces du quai. Leur patience et leurs témoignages (comme ce fameux relevé de dB) sont les premiers outils d’une prise de conscience.
À très bientôt, avec ou sans mascottes publicitaires – mais toujours avec le sourire (et l’ouïe intacte).







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