Histoire : Jackie Chan au Cambodge, Une Étoile Filante sur les Temples d’Angkor
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Jackie Chan, légende vivante du cinéma d’action hongkongais, a marqué le Cambodge par plusieurs visites inoubliables, mêlant humanitaire, culture et rêves de cinéma. De 2004 à 2009, et même au-delà, l’icône du kung-fu s’est immergée dans ce pays en reconstruction, visitant Angkor et soutenant des causes vitales.

Sa présence, charismatique et généreuse, a non seulement captivé les foules locales mais aussi mis en lumière les défis du Cambodge post-Khmer Rouge, tout en inspirant des projets artistiques ambitieux.
Première Visite en 2004 : Angkor et Causes Humanitaires
Du 26 au 29 avril 2004, Jackie Chan, ambassadeur de bonne volonté pour UNICEF-USAID, atterrit au Cambodge sous un ciel tropical étouffant. Accompagné d’une délégation, il pose immédiatement ses valises pour explorer les splendeurs d’Angkor Wat, ce joyau khmer classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les photos d’époque le montrent émerveillé devant les bas-reliefs millénaires, où des apsaras dansent éternellement et des guerriers se disputent dans des scènes de combat évoquant ses propres chorégraphies martiales.
Mais Jackie n’est pas venu seulement pour le tourisme. Son agenda est chargé de missions humanitaires pressantes. Il rencontre des orphelins dans des centres soutenus par l’UNICEF, distribuant jouets et sourires à des enfants marqués par la guerre. Il inspecte ensuite des champs de mines, ces zones maudites héritées des conflits, où des démineurs risquent leur vie quotidiennement. Au Cambodge, plus de 4 millions de mines et obus non explosés jonchaient encore le sol en 2004, causant des milliers de victimes. Chan, touché, promet son soutien financier et médiatique pour accélérer le déminage.
La lutte contre le sida constitue un autre pilier de sa visite. Le VIH/SIDA frappait durement le royaume, avec un pic de prévalence à 3,8% en 1997, et des milliers de cas parmi les travailleurs du sexe et les populations vulnérables. Jackie dialogue avec des victimes, visite des cliniques et appelle à une mobilisation internationale. Lors d’une audience privée avec le Premier ministre Hun Sen, il reçoit un accueil royal et annonce un projet fou : tourner un film cambodgien traitant des mines, des UXO (obus non explosés) et du sida. « C’était d’abord une blague, maintenant c’est sérieux », lance-t-il à la presse locale, obtenant le plein soutien du gouvernement pour ce long-métrage qui rêverait de scènes épiques à Angkor.
Cette visite de quatre jours fait les gros titres. Les Cambodgiens, fans inconditionnels de ses films comme Police Story ou Rumble in the Bronx, se massent pour l’apercevoir. Des reportages TV locaux capturent l’euphorie : Chan signe des autographes, improvise des poses martiales et embrasse la culture khmère avec humilité. Son passage renforce les liens sino-cambodgiens, dans un contexte où la Chine émerge comme partenaire clé de Phnom Penh.
Retour en 2005 et 2009 : Doctorat et Appel Culturel
L’attachement de Jackie au Cambodge ne s’arrête pas là. En 2005, il revient discrètement pour des engagements humanitaires, consolidant ses promesses. Puis, en novembre 2009, c’est l’apothéose : l’Université du Cambodge lui décerne un doctorat honorifique en reconnaissance de son action philanthropique. Lors de la cérémonie, vêtu d’une toge académique qui contraste avec son habituel costume de cascadeur, il prononce un discours émouvant sur l’éducation comme arme contre la pauvreté.
Le clou du spectacle est un concert grandiose organisé par la Fondation ASEAN pour la Paix Internationale. Sur scène, Chan chante, danse et démontre quelques katas de kung-fu, électrisant 10 000 spectateurs au Stade olympique de Phnom Penh. Il y dénonce avec passion le pillage des artefacts khmers – un fléau qui vide les temples d’Angkor de leurs statues précieuses, vendues sur les marchés noirs occidentaux. Visionnaire, il promet alors un film sur les artefacts volés, avec des cascades tournées à Angkor Wat. « Nous devons protéger notre héritage », martèle-t-il, critiquant au passage son propre film Drunken Master pour son message ambigu sur l’alcool.
Écologiste dans l’âme, Jackie lance un appel concret : recycler les bouteilles d’eau en plastique pour arroser des arbres, une initiative simple mais puissante dans un pays luttant contre la déforestation. Il rencontre à nouveau Hun Sen, discute investissements chinois et inspire une génération de jeunes Cambodgiens à rêver grand. Ces visites successives forgent sa légende locale : on l’appelle « Chhin Long », un nom khmer affectueux signifiant « Dragon de Chine ».

Pourquoi Pas de Film Cambodgien ?
Malgré ses annonces enthousiastes en 2004 et 2009, aucun blockbuster jackiechanien n’a jamais vu le jour au Cambodge. Les obstacles s’accumulent : absence d’incitations fiscales attractives, contrairement à la Thaïlande ou la Malaisie qui offrent jusqu’à 30% de rabais sur les productions étrangères. Les studios cambodgiens manquent d’infrastructures modernes, et la carrière de Chan évolue vers des rôles plus dramatiques, comme dans Shaolin (2011).
En 2011, il produit Legendary Amazons en Chine continentale, loin des temples khmers. Un modeste drame TV local, Taste of Life, émerge via le BBC World Service Trust avec l’actrice Louk Chouy, touchant indirectement aux thèmes promis. Le rêve d’un « Jackie Chan khmer » reste un « et si ? » fascinant, alimentant les regrets des fans. Pourtant, son impact perdure : il a boosté le tourisme cinématographique à Angkor et sensibilisé le monde aux plaies du Cambodge.
Héritage en 2024 : Bokator et Échanges Culturels
Vingt ans après sa première venue, 2024 marque un jubilé émouvant. L’événement When Shaolin Meets Bokator au Bayon Temple célèbre cet anniversaire avec faste. 300 artistes de l’École Shaolin du Henan, province natale du kung-fu, croisent le kun bokator cambodgien – cet art martial ancestral représenté sur les bas-reliefs du XIIe siècle. Des lutteurs chinois et khmers s’affrontent en démonstrations amicales, sous les regards des 216 visages souriants du Bayon.
Cet hommage symbolise le pont sino-cambodgien que Jackie a aidé à construire. Sa popularité reste intacte : sur les réseaux sociaux cambodgiens, les posts vintage de 2004 refont surface, et les jeunes discutent encore de sa venue sur Reddit. En Phnom Penh, où vit notre lecteur, les taxis diffusent ses films en boucle, et les écoles de karaté citent ses cascades comme modèles.
Impact Global et Leçons d’une Icône
Au-delà des visites, Jackie Chan incarne l’humanisme en action. Ses efforts ont accéléré le déminage – le Cambodge est aujourd’hui 90% sûr – et réduit la prévalence du sida à moins de 0,5%. Il a aussi promu le bokator, revitalisé par San Kimsean, et inspiré des films locaux comme The Warrior’s Way.
Pour les Cambodgiens, Chan est plus qu’une star : un frère d’armes culturel. En 2026, alors que les tensions géopolitiques montent, son legs rappelle l’unité par les arts. Imaginez : un futur film co-produit par Pékin et Phnom Penh, avec Angkor en toile de fond. Le dragon est prêt à rugir à nouveau.
Source : Angkor Database - Bernard Cohen



