Siem Reap : Gilbert Palaoro, l’Alliance Française à l'heure du premier bilan

Après une longue interruption due aux mesures sanitaires, l’Alliance Française de Siem Reap, haut lieu de la francophonie, a rouvert ses portes en janvier dernier. Avec, à sa tête, un nouveau directeur et un Conseil d’administration renouvelé, l’Alliance fourmille de projets pour une année qui s’annonce chargée.

Entretien avec son directeur, Gilbert Palaoro.

Gilbert Palaoro
Gilbert Palaoro

Comment résumeriez-vous ces 3 derniers mois, qui ont marqué la réouverture de l’Alliance Française ?

Nous avons enfin pu reprendre les cours de français, ce qui a permis à 110 élèves de retrouver les bancs de l’école Des partenariats ont été forgés et un centre de vacances vient de s’achever avec succès.

Voici pour les événements les plus visibles. Moins évident pour le public, mais tout autant important est le renouvellement du Conseil d’administration. Ses membres sont, plus que précédemment, originaires de la ville ou de la région de Siem Reap, ce qui garantit un ancrage avec les réalités de la ville.

De plus, les professions exercées par les membres du Conseil correspondent aux principaux domaines de métiers, qu’il s’agisse du tourisme, de la culture, de l’éducation, de l’entrepreneuriat ou des relations publiques.

Depuis janvier, 110 élèves ont pu suivre les cours dis
Depuis janvier, 110 élèves ont pu suivre les cours dis

Vous déclariez lors d’un précédent entretien que l’un des principaux buts de l’Alliance Française était de parvenir à l’autofinancement. Où en êtes-vous sur cette question ?

Les premières années de l’Alliance ont demandé énormément d’investissements, et l’aide de notre principal sponsor a été décisive pour la fondation, puis le maintien d’une Alliance Française de qualité.

Néanmoins, mon prédécesseur a cherché dès le départ à atteindre un équilibre financier qui aurait été réalisé en principe fin 2020, sans la crise sanitaire. Crise qui a d’ailleurs durement touché notre sponsor, le groupe Thalias étant principalement tourné vers l’hôtellerie et la restauration. Trouver l’indépendance financière est donc toujours une priorité, tout en maintenant des standards internationaux de qualité de service.

2021 aura été une année particulièrement difficile pour le Cambodge, qui a été durement touché par le Covid. Qu’en a-t-il été de l’Alliance Française ?

En tant qu’établissement d’enseignement, nous avons été concernés par les fermetures sanitaires dès le mois de mars 2021. Des dettes se sont accumulées et la grande majorité du personnel a dû trouver un nouvel emploi. La réouverture, au mois de janvier dernier, a été une véritable bouffée d’oxygène. Pas uniquement pour nous, mais aussi pour les élèves et, de manière plus générale, pour tous les francophones de Siem Reap, pour qui l’Alliance Française joue un rôle important dans la communauté.

Justement, pouvez-vous en profiter pour nous résumer ces différents rôles ?

Faire connaître et rayonner la culture francophone, sous toutes ses formes. Et ce n’est pas un vain mot : il y a au Cambodge une vraie place pour la langue française. Maîtriser celle-ci offre l’accès à un vaste réservoir d’emplois, que ce soit dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie, de la santé, du droit, de l’archéologie…

Nous souhaitons ainsi développer des partenariats avec l’autorité APSARA, qui est l’organisme chargé de gérer les temples d’Angkor. Un autre partenariat concerne l’université d’Angkor, chez qui nous dispensons des cours de français à destination des infirmières et des sage-femmes. 80 élèves suivent actuellement les cours, et nous allons doubler l’effectif en avril. Sans oublier une chose très importante : un élève qui maîtrise le français a toutes les chances d’obtenir une bourse pour continuer ses études en France ou pour l’obtention d’un visa.

Élèves de l’Université d’Angkor assistant à un cours de français
Élèves de l’Université d’Angkor assistant à un cours de français

Comment envisagez-vous ces prochains mois ?

Nous allons continuer de nous concentrer sur l’équilibre budgétaire, tout en espérant pouvoir bénéficier d’un coup de pouce de partenaires francophones historiques ou des entreprises par les soutiens directs, les parrainages, ou la diffusion. Nous allons aussi réitérer les centres de vacances, le dernier ayant été une franche réussite. Le prochain se déroulera lors du Nouvel An khmer, en avril.

Nous comptons aussi sur un accroissement du nombre d’élèves et nous nous fixons un objectif de 250 apprenants Pour cela, nous avons significativement baissé nos tarifs, qui ont été pratiquement divisés par trois. Cette baisse des coûts n’est bien entendu pas synonyme de baisse de qualité, bien au contraire : que ce soit pour nos professeurs ou pour nos moniteurs, nous allons nous focaliser sur les méthodes pédagogiques et cherchons à atteindre l’excellence qui fera la différence.

Notre affiliation à la fédération internationale des Alliances Française ainsi que notre partenariat avec l’Institut Français du Cambodge sont en ce sens importants. L’amélioration des méthodes d’enseignement est le cœur de nos préoccupations. Ou, dit autrement, comment apprendre à apprendre.

Le centre de vacances a remporté un franc succès et sera reconduit très prochainement
Le centre de vacances a remporté un franc succès et sera reconduit très prochainement

Cela suffira-t-il à atteindre cette autonomie financière tant recherchée ?

Il faudra pour cela peut-être se résoudre à changer de bâtiment. Un déménagement de nos locaux pourrait donc intervenir prochainement. Nous en profiterons pour développer l’aspect culturel de l’Alliance, en ouvrant une plus grande bibliothèque, un centre d’orientation-jeunesse, mais aussi un centre de formation et un office du tourisme destiné aux visiteurs francophones.

L’idée est de créer des partenariats culturels pour améliorer l’offre sur Siem Reap. Deux concerts exceptionnels se tiendront aussi très bientôt, l’un à Phnom Penh, l’autre à Siem Reap. Les bénéfices des recettes permettront de soutenir notre budget.

Enfin, nous projetons aussi de développer des cours de français ou d’orientation scolaire à destination des familles confrontées à des problèmes éducatifs et linguistiques complexes.

Comment se sont passées les retrouvailles avec les élèves ?

La longue interruption dûe au Covid a été catastrophique pour eux. Tous ces mois passés loin de leurs camarades et loin de leurs professeurs auront causé de très gros dégâts car l'apprentissage au Cambodge se joue essentiellement sur la mémorisation et la présence du professeur.

En ce qui concerne la langue française, beaucoup des anciens élèves ont oublié même les fondamentaux, faute de pratique et de capacité d'auto-apprentissage. Il faut donc reconstruire...

Pour conclure, comment se sont déroulés vos premiers mois en tant que directeur ?

Épuisants, mais passionnants ! Il y a de nombreux défis à relever, mais nous ne manquons pas d’idées ! Il faudra dans l’avenir pouvoir compter sur un personnel plus nombreux pour développer des activités, en augmentant nos ressources financières, en s’appuyant sur le réseau francophone, en recrutant des Volontaires de Solidarité Internationale et des Services Civiques.

Tout le monde espère un reflux du Covid et le retour à une situation « normale ». Cela permettra de redynamiser l’Alliance Française tout en construisant la francophonie de demain.

Merci pour votre envoi !

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