Faux médicaments au Cambodge : un danger toujours bien réel
- La Rédaction

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Un antalgique qui n'en est pas un. Un antipaludéen sans principe actif. Un antidiabétique vendu sur Facebook, sans autorisation ni contrôle. Au Cambodge, le marché du faux médicament n'a jamais vraiment disparu — il s'est simplement déplacé, des étals de marché vers les réseaux sociaux. Chiffres, saisies récentes, réponse de l'État : état des lieux d'une menace sanitaire qui touche directement les patients.

REPÈRES Prévalence historique : environ 10 % des médicaments en circulation au Cambodge jugés contrefaits (OMS, étude de référence). Saisie récente : 23 400 boîtes de médicaments non enregistrés interceptées à Kandal en juillet 2026 (police provinciale). Bilan national : 594,65 tonnes de produits contrefaits saisis en neuf mois, 134 dossiers traités (Comité national de lutte contre la contrefaçon, CCCC). Coopération internationale : le Cambodge participe depuis plusieurs années à l'opération Pangea d'Interpol contre les médicaments illicites. Sanction : poursuites pénales prévues par la loi sur la gestion de la pharmacie pour toute production ou vente de médicaments contrefaits. |
Un problème documenté depuis plus de vingt ans
Le phénomène n'a rien de nouveau. Dès le milieu des années 2000, le ministère de la Santé s'associe à l'université japonaise de Kanazawa et à la Fédération japonaise des fabricants pharmaceutiques pour évaluer l'ampleur du marché des faux médicaments dans le pays. Résultat : parmi les échantillons non enregistrés analysés, plus des trois quarts se révèlent d'origine étrangère, et environ un sur quatre échoue aux tests de qualité de base.
L'Organisation mondiale de la santé a longtemps estimé qu'environ 10 % des médicaments en circulation au Cambodge étaient contrefaits — un chiffre en recul par rapport au début des années 2000, mais qui reste très supérieur à celui des pays dotés d'un système de distribution pharmaceutique strictement contrôlé.
Les antipaludéens ont longtemps concentré l'essentiel de l'attention, dans une région du Mékong identifiée comme un point chaud mondial de la résistance aux traitements antipaludiques — une résistance que la circulation de faux médicaments, dosés de façon aléatoire ou dépourvus de principe actif, contribue directement à aggraver.
Le dispositif national : la CCCC en première ligne
C'est le Comité de lutte contre la contrefaçon du Cambodge (Cambodia Counter Counterfeit Committee, CCCC), placé sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, qui coordonne la réponse de l'État. Le comité rassemble plusieurs ministères — Intérieur, Santé, Commerce, Justice — autour d'un objectif commun : saisir, poursuivre, puis détruire publiquement les produits contrefaits, médicaments compris.
Sur une période de neuf mois, le CCCC a ainsi traité 134 dossiers, débouchant sur la saisie de 594,65 tonnes de produits contrefaits toutes catégories confondues — dont plusieurs dizaines de cas concernant spécifiquement des médicaments, parmi lesquels des produits liés au Covid-19. Treize dossiers ont été transmis à la justice, une vingtaine de personnes ont été arrêtées, et deux condamnations à des peines de prison ont été prononcées. Les autorités procèdent régulièrement à la destruction publique des stocks saisis, en présence de représentants du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Santé, dans une logique à la fois dissuasive et pédagogique.
Des saisies qui n'ont pas cessé
Le problème reste d'actualité. En juillet 2026, la police provinciale de Kandal, en coopération avec le département de la Santé de la province, a intercepté un véhicule transportant 45 cartons et près de 23 400 boîtes de médicaments non enregistrés, couvrant 120 produits différents. Aucun de ces médicaments n'était homologué conformément à la réglementation du ministère de la Santé.
Un peu plus tôt, une enquête menée dans une pharmacie en ligne de la province de Kampong Cham avait permis de découvrir six types de médicaments contrefaits, ainsi que la vente non autorisée de huit médicaments antidiabétiques promus sur des pages Facebook. Le ministère de la Santé avait alors rappelé que seuls les produits autorisés par ses services peuvent être distribués dans le pays, et mis en garde le public contre la tentation de se fier à la publicité en ligne.
Le Cambodge dans la traque internationale
Le pays participe depuis plusieurs éditions à l'opération Pangea, la campagne annuelle coordonnée par Interpol contre le trafic international de médicaments illicites vendus en ligne. Lors de la dix-huitième édition, menée en mars 2026 dans 90 pays et territoires, l'opération a permis la saisie d'environ 6,42 millions de doses de médicaments non homologués ou contrefaits, pour une valeur estimée à 15,5 millions de dollars, l'arrestation de 269 personnes et le démantèlement de 66 groupes criminels organisés à l'échelle mondiale. Près de 5 700 sites, pages et comptes utilisés pour vendre ces produits ont également été neutralisés.
Cette coopération internationale illustre une réalité que les autorités cambodgiennes reconnaissent elles-mêmes : le marché du faux médicament ne s'arrête à aucune frontière, et la réponse nationale ne peut, à elle seule, en venir à bout.
Pourquoi le Cambodge reste vulnérable
Plusieurs facteurs structurels expliquent la persistance du phénomène. Une partie de la distribution pharmaceutique continue de transiter par des points de vente informels — épiceries, dépôts tenus par du personnel non pharmacien — plutôt que par des officines enregistrées, où le contrôle qualité est nettement plus faible.
Le prix reste également un facteur décisif : les médicaments contrefaits, vendus moins cher que les produits authentiques, restent attractifs pour une partie de la population aux revenus modestes, malgré le risque sanitaire qu'ils représentent. Enfin, la vente en ligne, via Facebook ou des pharmacies numériques non déclarées, a ouvert une nouvelle voie de distribution que les autorités peinent encore à contrôler aussi efficacement que les circuits physiques.
Ce que dit la loi, ce que fait l'État
La loi cambodgienne sur la gestion de la pharmacie prévoit des poursuites pénales pour toute personne produisant ou distribuant des médicaments contrefaits sans autorisation. Le ministère de la Santé rappelle régulièrement que seuls les produits enregistrés auprès de ses services peuvent être légalement vendus dans le pays, et engage systématiquement des poursuites contre les responsables identifiés.
Au-delà de la répression, les autorités cambodgiennes misent aussi sur la sensibilisation du public — campagnes d'information, mises en garde régulières contre les publicités en ligne pour des médicaments non vérifiés — reconnaissant que la vigilance individuelle des patients reste, en dernier recours, l'une des meilleures protections contre le faux médicament.
Nos conseils
N'achetez vos médicaments que dans une pharmacie enregistrée, tenue par un pharmacien diplômé — jamais dans une épicerie, un dépôt informel ou via une page Facebook, aussi convaincante soit la publicité.
Méfiez-vous d'un prix anormalement bas par rapport au marché : c'est souvent le premier signal d'alerte d'un produit contrefait ou non homologué.
Vérifiez systématiquement l'emballage, la notice, la date de péremption et, lorsque le produit en dispose, le dispositif de sécurité ou le numéro d'enregistrement auprès du ministère de la Santé.
En cas de doute sur un médicament, en particulier commandé en ligne, demandez conseil à un pharmacien avant de le consommer, et signalez tout produit suspect aux autorités sanitaires plutôt que de le partager ou de le revendre.







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