top of page
Ancre 1

Au Cambodge, le VIH touche encore huit jeunes chaque semaine

il y a 17 heures
4 min de lecture

Le royaume est devenu en juin le premier pays d'Asie-Pacifique à atteindre les objectifs mondiaux de traitement du VIH. Mais près d'une nouvelle infection sur deux concerne les 15-24 ans. Et leurs connaissances sur le virus reculent.

Dépistage rapide du VIH par prélèvement de sang au bout du doigt
Dépistage rapide du VIH par prélèvement de sang au bout du doigt

Huit. C'est le nombre moyen de Cambodgiens âgés de 15 à 24 ans qui contractent le VIH chaque semaine. Sur un an, cela représente un peu plus de quatre cents jeunes. Le chiffre colle aux dernières estimations nationales. En 2025, le pays a compté 958 nouvelles infections. Environ 43 % d'entre elles concernent cette tranche d'âge.

La statistique tombe mal. Le 12 juin, le gouvernement cambodgien et l'ONUSIDA annonçaient ensemble que le royaume avait atteint les objectifs dits « 95-95-95 ». Concrètement, 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut. Parmi elles, 95 % reçoivent un traitement antirétroviral. Et 95 % des personnes traitées ont une charge virale supprimée, ce qui les empêche de transmettre le virus. Aucun autre pays de la région n'y est parvenu.

Ce n'est pas une première pour Phnom Penh. En 2017, le Cambodge figurait déjà parmi les sept pays au monde à avoir atteint les objectifs précédents, fixés à 90 %, avec trois ans d'avance.

Un pays qui soigne bien, mais prévient moins bien

Le paradoxe n'est qu'apparent. Le système de santé cambodgien sait dépister et garder ses patients sous traitement. Il a plus de mal à empêcher les contaminations.

La courbe a pourtant beaucoup baissé. Selon les estimations publiées en 2023, les nouvelles infections avaient chuté de 91 % depuis le pic de l'épidémie, en 1996. Mais la décrue ralentit. Et elle ne profite pas à tout le monde.

Les chiffres de 2025 montrent une épidémie désormais concentrée. Quelque 84 % des nouvelles infections touchent les populations dites « clés » et leurs partenaires. Si les contaminations baissent dans la plupart des groupes, elles progressent chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et chez les femmes transgenres. Beaucoup sont jeunes.

Dès 2023, Patricia Ongpin, directrice du bureau de l'ONUSIDA pour le Cambodge, le Laos et la Malaisie, notait cette bascule. Les infections reculaient nettement chez les femmes, mais augmentaient chez les hommes, surtout chez les jeunes homosexuels.

L'objectif national reste ambitieux : moins de 250 nouvelles infections par an d'ici à 2030.

Une génération moins bien informée

Le recul le plus inquiétant tient en deux chiffres. Selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), seuls 23 % des 15-24 ans ont aujourd'hui une connaissance complète du VIH. Ils étaient 38 % en 2014.

Ces jeunes n'ont pas connu les années où le sida faisait des ravages dans le pays. Le virus est devenu, pour beaucoup, une maladie lointaine. Les agences onusiennes le répètent : le manque d'information sur le VIH et sa prévention rend les jeunes plus vulnérables, au VIH comme aux autres infections sexuellement transmissibles.

Chhum Vy est animateur de terrain pour l'ONG Men's Health Cambodia. Il distribue préservatifs, lubrifiant et autotests lors de séances collectives. Il le constate : malgré la sensibilisation menée en ligne, de jour comme de nuit, le taux reste élevé, en particulier chez les personnes LGBT.

Des lieux où l'on ose entrer

Reste à faire venir les jeunes. Pour beaucoup, le frein n'est pas l'accès au test. C'est le regard des autres.

Au Centre national de lutte contre le VIH/sida, la dermatologie et les IST (NCHADS), à Phnom Penh, une clinique ouvre le week-end. Sovann Reatrey y travaille comme conseillère. Elle explique que les hommes ayant des rapports avec des hommes et les employées du secteur du divertissement préfèrent ces créneaux. Il y a moins de monde. Personne ne les voit. « Avant tout, nous ne les discriminons pas », résume-t-elle. C'est ce lien de confiance qui les fait revenir.

C'est tout l'enjeu des espaces dits « adaptés aux jeunes ». Des lieux sûrs, sans jugement, où un adolescent peut poser une question sans craindre d'être reconnu ou sermonné. Le Cambodge dispose déjà d'outils récents : PrEP à longue durée d'action, autotests, délivrance de traitements pour plusieurs mois. Le conseil et le dépistage menés par des pairs ont aussi fait leurs preuves auprès des populations clés.

Mais la stigmatisation et la discrimination empêchent encore certaines personnes d'obtenir les services dont elles ont besoin, reconnaissent les autorités.

L'après-bailleurs

Le défi est aussi financier. Les financements extérieurs diminuent. Le Cambodge prépare un plan de pérennisation. Il prévoit davantage de fonds publics et l'intégration des services VIH dans les soins de santé primaires et la couverture santé universelle. Le pays veut passer de projets temporaires, portés par les bailleurs, à un système géré par l'État.

Ieng Mouly, ministre de premier rang et président de l'Autorité nationale de lutte contre le sida, parle d'une « source de fierté nationale » qui « s'accompagne aussi d'une responsabilité ». Le ministre de la Santé, Chheang Ra, insiste sur la « dernière ligne droite » et sur des services adaptés aux besoins des communautés, accessibles sans discrimination.

Pour tenir l'objectif de 2030, le pays devra descendre sous la barre de cinq nouvelles infections par semaine. Tous âges confondus.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Télégramme
  • Youtube
  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • X
  • LinkedIn Social Icône
bottom of page