Course d’attelages de buffles à Rokar Thom : une course ancestrale au cœur du Nouvel An khmer
- La Rédaction

- il y a 9 heures
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Dimanche matin, dans la commune de Sangkat Rokar Thom, à Chbar Mon (province de Kampong Speu), quelque 80 paires de chars tirés par des buffles ont fendu la poussière sur un terrain de terre battue.

Organisée à l’aube du Nouvel An khmer, cette course annuelle incarne à la fois un divertissement populaire et une volonté de préserver une tradition paysanne profondément ancrée dans la ruralité cambodgienne.
Une tradition rurale millénaire
Les courses de chars à buffles (ou bœufs) existent en Cambodge depuis des siècles, évoquant une époque où les attelages étaient incontournables dans les champs et pour les cérémonies villageoises. Les autorités locales et les associations de bœufs, comme l’Association provinciale des bœufs de Kampong Speu, insistent sur le fait que cette pratique remonte aux générations de leurs grands‑parents, voire plus loin encore.À l’origine, les chars servaient à transporter les récoltes, les biens, ou même les personnes âgées lors de fêtes et de mariages, avant que les camions, tracteurs et tuk‑tuks ne remplacent peu à peu ces véhicules ruraux.
Un lien symbolique avec le Nouvel An khmer
Les organisateurs de Sangkat Rokar Thom situent explicitement la course au moment charnière qui marque la fin de la saison de récolte du riz et le début des célébrations du Nouvel An khmer, généralement célébrées du 13 au 16 avril.Selon les responsables provinciaux de la Culture et des Beaux‑Arts, l’événement vise à “sauvegarder” cette pratique ancestrale tout en créant une ambiance festive préparatoire aux rituels du Choul Chnam Thmey. Les courses donnent ainsi un rythme joyeux à la transition entre le travail agricole et la fête, entre la fatigue des moissons et la légèreté des jours fériés.

Rokar Thom : un village au cœur de la compétition
L’événement de ce matin s’est tenu à Snor 1 (village de Snor 1), dans la commune de Rokar Thom, à une trentaine de kilomètres environ à l’ouest de Phnom Penh. Le terrain de course, un simple tracé de terre d’environ 1 à 1,3 km, est préparé chaque année par les autorités locales et les villageois, qui dressent des lignes de départ et d’arrivée et installent des barrières pour le public.Les participants proviennent principalement de la province de Kampong Speu, mais aussi de provinces voisines comme Kandal, Phnom Penh et Kampong Cham, ce qui renforce la dimension régionale et inter‑communautaire de la course.
De la compétition au patrimoine vivant
Les 80 paires d’attelages engagées aujourd’hui témoignent de la montée en puissance de l’événement : il y a quelques années, on comptait une trentaine à une cinquantaine de paires, le chiffre grimpant progressivement chaque année. Les organisateurs vantent cette progression comme un signe de renouveau culturel, tandis que les agriculteurs concurrents soulignent leur attachement affectif à la tradition, qu’ils vivent depuis l’enfance.Les prix accordés (char neuf, argent, trophées) symbolisent moins un simple gain matériel qu’un soutien à la pérennité de l’attelage paysan : maintenir un bon buffle et un char solide reste coûteux, et la course aide à valoriser cet investissement agricole autant que sportif.

Un enjeu de mémoire culturelle
Les autorités provinciales et nationales de la Culture présentent la course d’attelages comme une “tradition laissée par les ancêtres” que l’on tente de préserver face à la modernisation des transports. Les responsables insistent sur la nécessité de transmettre cette pratique aux enfants et petits‑enfants, afin qu’elle ne devienne pas un simple souvenir photographique mais un patrimoine vivant.Pour les habitants de Rokar Thom, cette course matinale n’est donc pas seulement une fête bruyante et festive : elle incarne un lien tangible avec la terre, la saisonnalité agricole et l’identité villageoise, au moment précis où la société cambodgienne se transforme à marche forcée.







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