CIFF 360 & Kep : Thanet Thorn, « Le cinéma cambodgien a les histoires. Il lui manque encore les structures »
- La Rédaction

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Rencontre avec Thanet Thorn, productrice chez Tiny Films, en marge du forum professionnel du CIFF 360 à Kep. Entre lucidité sur les fragilités d’une industrie naissante et foi absolue dans le pouvoir des récits khmers.
Propos recueillis lors du CIFF 360 · Knai Bang Chatt, Kep · mai 2026

Il y a quelque chose de particulier dans la façon dont Thanet Thorn parle du cinéma cambodgien : sans illusions excessives, mais avec une conviction tranquille. Productrice au sein de Tiny Films, elle a pris part au forum professionnel organisé par le CIFF 360 à l’hôtel Knai Bang Chatt, à Kep — un rendez-vous qui a réuni plus de trente professionnels de la filière pour dessiner, collectivement, les contours d’une industrie à bâtir. Portrait d’une cinéaste qui construit.
Parcours
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Thanet Thorn. Je suis née à Siem Reap et je vis à Phnom Penh depuis 2014. C’est cette année-là que j’ai rejoint le milieu du cinéma, presque par hasard, en travaillant d’abord dans le sillage de l’Association Internationale du Film.
Deux ans plus tard, une rencontre décisive a changé ma trajectoire — celle d’un mentor, d’un regard. En 2018, j’ai commencé à produire mes premiers films. Aujourd’hui, je travaille comme productrice chez Tiny Films.
Qu’est-ce que ce rôle de productrice signifie concrètement pour vous, au Cambodge ?
C’est avant tout un rôle de chasseuse de talents. Je cherche des scénaristes, des réalisateurs, des histoires qui méritent d’exister. Mais je suis aussi celle qui réfléchit à la diffusion : comment ce film va-t-il trouver son public ? Pas nécessairement à l’international — même si c’est un horizon que l’on garde en tête — mais d’abord localement. Faire un bon film pour les Cambodgiens, c’est déjà un objectif immense.
État des lieux
Comment décririez-vous l’industrie cinématographique cambodgienne aujourd’hui ?
Petite. Très petite. Et fragile. Nous n’avons pas encore beaucoup de productions de qualité, et celles qui existent peinent à trouver leur audience. Le problème de fond, c’est la narration : nous n’avons pas encore pleinement appris à raconter de bonnes histoires à notre public.
Il nous manque aussi une vraie diversité de genres — des films qui montrent qui sont les Cambodgiens, leur culture, leur quotidien, leurs contradictions. Pas seulement la tragédie. Pas seulement le passé.
Quels sont les freins les plus concrets que vous rencontrez ?
Il y en a plusieurs, qui se cumulent. D’abord, le temps : faire un film au Cambodge, c’est souvent une course contre la montre avec des ressources comptées. Ensuite, les réalisateurs — il n’y en a tout simplement pas assez. La formation est insuffisante, les parcours sont peu structurés. Et puis, évidemment, l’investissement : les financements sont rares, les modèles économiques restent à inventer. C’est un cercle — pas encore vertueux, mais on y travaille.

Le forum CIFF 360
Vous avez participé au forum professionnel du CIFF 360 ici, au Knai Bang Chatt. Qu’est-ce qui vous a frappée dans ces échanges ?
La franchise. Trente professionnels — réalisateurs, scénaristes, producteurs, distributeurs, compositeurs — qui parlent sans détour de ce qui ne fonctionne pas. On a mis sur la table des sujets difficiles : l’absence de cadre légal pour les contrats de travail dans notre secteur, le manque de données fiables sur notre écosystème, la nécessité de créer une vraie association professionnelle. C’était dense. Stimulant.
Y a-t-il une idée qui a particulièrement retenu votre attention ?
La création d’un fonds dédié aux jeunes cinéastes. C’est quelque chose qui m’a touchée, parce que c’est exactement le type de mécanisme qui aurait pu m’aider à mes débuts. Donner à une nouvelle génération la possibilité de passer à la réalisation sans dépendre uniquement de coproductions étrangères — c’est fondamental pour qu’une industrie existe vraiment.
Perspectives
Que pensez-vous de l’initiative CIFF 360 et de Kep comme lieu de festival ?
C’est une très bonne idée. Une idée nécessaire. J’espère sincèrement que ce festival durera des années, qu’il grandira. Ce que j’apprécie ici, c’est la dimension humaine : les forums, les rencontres informelles, les discussions qui continuent le soir au bord de la mer. Ce n’est pas un festival de vitrine — c’est un espace de travail, de pensée. Un endroit où l’on réfléchit vraiment à la manière de développer la créativité, de nourrir les récits, de construire un écosystème cinématographique durable. C’est rare. C’est précieux.
Un dernier mot sur ce que vous attendez du cinéma cambodgien de demain ?
Qu’il existe. Vraiment. Pas seulement dans les festivals internationaux où l’on nous attend sur certains sujets, certaines formes. Mais dans les salles du pays, devant le public cambodgien. Le tourisme, l’écosystème, la jeunesse, la modernité de Phnom Penh, la magie de Siem Reap, la mer à Kep — il y a une infinité d’histoires à raconter. C’est une possibilité merveilleuse. Il faut juste que les structures suivent.







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