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Cambodge & French Tech : Laurine Château, UMAMI ou l'art de transformer les invendus

Laurine Château, cofondatrice et CEO d’UMAMI, incarne une nouvelle génération d’entrepreneures alliant sens du terrain, impact social et vision internationale. Installée à Phnom Penh après des études en commerce et un master au Japon, elle consacre son énergie à réduire le gaspillage alimentaire dans la restauration et l’hôtellerie, tout en créant des opportunités pour les commerçants et les habitants de la ville.

Laurine Château
Laurine Château

Dans cet entretien, Laurine revient sur son parcours, la genèse d’UMAMI, ses défis quotidiens et sa vision pour une économie circulaire durable en Asie du Sud-Est.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Laurine, j'ai bientôt 25 ans et je vis à Phnom Penh depuis ma sortie d'études. Je suis CEO et cofondatrice d'UMAMI, une jeune entreprise dédiée à la valorisation des invendus alimentaires dans la restauration et l'hôtellerie au Cambodge. Je fais aussi partie depuis peu du board de la French Tech Cambodge, en charge de l'événementiel. Je crois beaucoup au travail collectif, à la patience et à l'idée qu'on apprend bien plus en écoutant qu'en parlant.

Parlez-nous de votre parcours scolaire / universitaire

J'ai eu la chance de suivre un Bachelor en quatre ans en commerce international, orienté marchés asiatiques, dans une école de commerce en Bretagne, avec une spécialisation sur le marché japonais. Le cursus prévoyait une alternance entre la France et le Japon ; le contexte sanitaire de 2020 en a décidé autrement, et j'ai effectué la majorité de mes années d'études en France.

J'ai ensuite eu l'opportunité d'intégrer le Master International Business Study Program de Soka University au Japon, un programme international de deux ans en japonais et en anglais dont je suis sortie diplômée en 2024.

J'ai consacré ma thèse aux investissements directs étrangers au Cambodge, à leurs effets sur les différents secteurs économiques et à leur impact sur les populations locales.

C'est un travail qui m'a beaucoup appris, mais qui m'a aussi laissée avec une vraie frustration : tout y était très quantitatif et je n'ai jamais réussi à mesurer correctement ce qui comptait peut‑être le plus, l'impact social et environnemental réel sur le terrain.

Parlez-nous de vos débuts professionnels

Mes débuts ont été plutôt classiques pour une étudiante en commerce : des stages, beaucoup de stages. À Paris, dans des marques de prêt‑à‑porter, où j'apprenais sur le terrain la vente, le travail en équipe et le rythme. En parallèle, je tenais un corner pour l'une de ces marques au Bon Marché, un poste qui m'a beaucoup formée à la relation client et à la gestion d'un point de vente.

Pour pouvoir continuer à travailler avec ces marques après mes stages, j'ai créé une micro‑entreprise et j'ai commencé à proposer du conseil, d'abord en formation, puis en développement commercial. Au Japon, j'ai prolongé cette activité en freelance, à distance, avec quelques entreprises françaises. Ce n'est pas un parcours linéaire, mais c'est ce qui m'a appris à me débrouiller, à frapper aux portes et à apprendre vite.

Laurine Château

Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge

Mon premier séjour au Cambodge remonte à 2022, dans le cadre d'une mission de volontariat à Kep proposée par mon université, où il s'agissait d'ouvrir une classe de japonais. J'ai accepté par curiosité, sans rien savoir du pays.

Ce que j'y ai trouvé m'a profondément marquée. Je sortais d'une période de confinements répétés en France, et le Cambodge a été un moment où j'ai pu, simplement, respirer à nouveau.

Mais ce qui m'a vraiment fait revenir, ce sont les gens : l'accueil, la patience avec laquelle on m'a expliqué les choses, l'humour, la générosité quotidienne. J'ai été accueillie avec une chaleur que je n'avais pas anticipée et qui m'a beaucoup appris sur ce que signifie « faire communauté ».

Pendant mon master, je suis revenue dès que je le pouvais. Une fois diplômée en 2024, le choix de m'installer à Phnom Penh s'est fait naturellement. Je n'oublie pas que je suis ici en tant qu'invitée, et j'essaie chaque jour d'être à la hauteur de cet accueil en travaillant, en apprenant et en construisant des choses qui, je l'espère, auront du sens pour les gens qui m'entourent.

Comment êtes‑vous arrivée à rejoindre la French Tech au Cambodge ?

C'est Cédric Kang, co‑président de la French Tech Cambodge, qui a eu la générosité de m'inviter à présenter ma candidature au conseil d'administration récemment renouvelé. Sans lui et sans la confiance des membres du board, je n'y serais pas. La structure repose sur un travail collectif mené depuis plusieurs années par des entrepreneurs et des bénévoles bien plus expérimentés que moi, et c'est un privilège de pouvoir y contribuer modestement à mon échelle, en particulier sur l'organisation des événements et la préparation de temps forts comme le Sommet de la Francophonie.

Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure, qu'en attendez‑vous ?

Mes ambitions sont avant tout celles de la communauté qui m'accueille. La French Tech Cambodge réunit des acteurs cambodgiens, français et internationaux dont les parcours et les compétences forment une véritable richesse collective ; le rôle du board est de faire vivre cette communauté et de créer les conditions pour que des collaborations utiles émergent.

S'agissant du pôle événementiel, l'objectif est simple : que les rendez‑vous proposés produisent des résultats concrets (partenariats, mises en relation, opportunités d'affaires) au service des membres. À titre personnel, j'ai surtout à apprendre. Pouvoir côtoyer des entrepreneurs établis, observer des modèles qui réussissent ici et bénéficier de leurs conseils est, en soi, une chance dont je mesure la valeur.

Décrivez‑nous vos activités professionnelles

Mon activité principale est le développement d'UMAMI. À ce stade du projet, plusieurs fonctions cohabitent (développement commercial, partenariats, coordination opérationnelle, communication) et le travail de terrain occupe une place essentielle. Rencontrer les propriétaires de boulangeries, les directeurs F&B d'hôtels, les gérants de cafés et de restaurants, c'est avant tout écouter : comprendre leurs contraintes, leurs habitudes, ce qui marche et ce qui ne marche pas dans leur métier.

La proposition de valeur d'UMAMI s'affine au contact de ces échanges, davantage qu'à mon initiative.À côté du projet, je conserve une activité ponctuelle de conseil auprès d'entreprises françaises intéressées par l'Asie du Sud‑Est, et je consacre une part régulière de mon temps à mes responsabilités au sein de la French Tech Cambodge.

Détaillez l'un de vos projets

UMAMI est une entreprise que nous avons co‑fondée. Notre mission est de transformer les invendus alimentaires de la restauration et de l'hôtellerie cambodgienne en une nouvelle source de valeur, pour les commerçants qui les produisent, pour les consommateurs qui peinent à accéder à une alimentation de qualité, et pour un pays qui peut s'imposer comme pionnier d'une économie circulaire en Asie du Sud‑Est.

Le constat est observable chaque soir à Phnom Penh : des produits parfaitement consommables sont retirés de la vente par les boulangeries, les cafés, les hôtels et les restaurants, alors qu'une partie de la population cherche un accès plus abordable à des produits de qualité. UMAMI relie ces deux réalités : nos partenaires commercialisent leurs invendus du jour sous forme de paniers à prix réduit, accessibles via une application.

Pour le commerçant, c'est un revenu additionnel et une nouvelle relation client. Pour le consommateur, un accès élargi. Pour le pays, une réduction concrète et mesurable du gaspillage alimentaire.

Nous avons la chance d'engager le dialogue avec des acteurs de référence : Khéma Go, Shangri‑La, Hotel Cambodiana, Eric Kayser figurent parmi nos premiers interlocuteurs.

Notre déploiement débute à Phnom Penh, sur BKK1, Toul Tom Poung, Daun Penh et Tonle Bassac, avant Siem Reap. UMAMI est une aventure exigeante qui repose sur la confiance que nous construisons avec nos partenaires cambodgiens, et c'est précisément ce qui en fait, à mes yeux, un projet qui en vaut la peine.

Quelles sont vos activités en dehors du travail ?

En dehors du travail, je pratique la photographie de manière amateur. Phnom Penh offre une matière visuelle particulièrement riche : les marchés au lever du jour, les abords du Mékong en fin d'après‑midi, les détails d'architecture qui résistent à la transformation rapide de la ville. C'est une pratique sans finalité particulière qui m'apprend surtout à mieux regarder.

Le reste de mon temps libre est consacré à mes amis cambodgiens, français et internationaux, autour d'un dîner ou d'un café. Phnom Penh est, à cet égard, une ville où les rencontres se font naturellement.

Qu'est‑ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?

Ce que j'apprécie le plus tient aux personnes et à la manière dont les choses se construisent ici. Il existe une forme d'agilité collective qui permet aux idées de trouver leur place lorsqu'elles sont portées avec sincérité. La proximité humaine, l'attention portée aux relations et la disponibilité des interlocuteurs sont des marqueurs forts du contexte cambodgien et constituent une chance réelle pour qui souhaite entreprendre.

S'agissant des aspects plus difficiles, il s'agit d'un détail très personnel : l'absence de saisons marquées, à laquelle je reste attachée pour avoir grandi en Bretagne.

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