CIFF 2026 : Quinze printemps à l'affiche pour la célébration du cinéma cambodgien
- Christophe Gargiulo

- il y a 1 heure
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Du 24 au 29 mars 2026, Phnom Penh vibrera au rythme de la 15e édition du Cambodia International Film Festival (CIFF) - Festival International du Film au Cambodge. Plus qu'un anniversaire, cette édition s'annonce comme le point d'orgue d'une ambition : faire du septième art un levier de transformation sociétale, culturelle et environnementale pour le royaume.

Avec pour toile de fond les eaux nourricières du Mékong et la parole des communautés autochtones, le CIFF 2026 pose ses valises entre héritage et modernité, et invite à repenser le monde, une image à la fois.
15 ans de cinéma, un pont entre hier et demain
Il y a quinze ans, le CIFF voyait le jour sous l'impulsion d'une figure de proue du cinéma mondial, le réalisateur nominé aux Oscars, Rithy Panh. Son projet ? Faire du Cambodge un territoire de création et de dialogue.
« Le CIFF joue un rôle essentiel en mettant en lumière les industries créatives et en revisitant l'histoire. C'est en réfléchissant au passé que nous ouvrons la voie à un avenir meilleur », confie-t-il à propos de l'édition 2026.
Une vision qui résonne aujourd'hui avec une force particulière alors que le festival célèbre sa majorité.
Cette année, le thème de la mémoire est d'ailleurs au cœur d'une programmation spéciale, sobrement intitulée « Seeds of Peace – Lessons from the Past » . Loin des traités académiques, cette section propose d'explorer la paix à travers le prisme des conflits, de l'exil et de la résilience. « Les films présentés n'offrent pas de réponses simples », préviennent les organisateurs. « Ils invitent à une réflexion sur le traumatisme, la mémoire et le déplacement, nous rappelant que les conflits continuent de façonner les vies bien après leur fin. »
Une déclaration d'intention puissante qui promet des séances riches en émotion et en débat, notamment sur le campus de l'Université royale de Phnom Penh (URPP) , où des projections en plein air rassembleront des milliers d'étudiants les 26 et 27 mars.
« Beautiful Planet » : quand le cinéma devient militant
Initié en 2015, le programme « Beautiful Planet » est devenu l'une des pierres angulaires du festival. Face à l'urgence climatique, le CIFF refuse de rester les bras croisés. Cette année, avec plus de 60 projections et événements dédiés, il entend bien prouver que le cinéma peut être un outil de sensibilisation et d'éducation populaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 150 films, 10 lieux de projection et 20 000 visiteurs attendus, selon les données consolidées du festival.
Le point d'orgue de cette section sera sans conteste la 5e édition des « Mekong Discovery Days » . Les 26 et 27 mars, le Centre de jeunesse et de coopération (CJCC) , toujours sur le campus de l'URPP, se transformera en une agora scientifique et citoyenne. Pendant deux jours, experts, ONG et étudiants croiseront le fer sur des thématiques brûlantes : la gestion de l'eau, la déforestation, la perte de biodiversité ou encore les innovations écoresponsables.
« Un plateau d'experts et de gestionnaires de programme partageront leurs connaissances lors de huit sessions suivies de questions-réponses », détaille le programme. Une interaction directe entre la jeune génération et ceux qui façonnent les politiques environnementales, rendant le débat à la fois concret et accessible.
Autochtone, moderne, universel : le triptyque gagnant du CIFF
Mais le véritable joyau de cette 15e édition pourrait bien être l'événement « Water, Land, Forest » , une célébration inédite des cultures autochtones du Cambodge et de la région du Mékong. Organisée en collaboration avec les principales organisations autochtones (CIPO, CIPA, CIYA et CIWA), cette journée du 29 mars, qui se déroulera de l'après-midi jusqu'à la nuit, promet une immersion totale.
Fini le folklore poussiéreux. Ici, la tradition se réinvente. Le programme est audacieux : un défilé de mode contemporaine inspiré des motifs et savoir-faire ancestraux, des projections de films mettant en scène la vie quotidienne des communautés, des performances musicales live, et des cercles de partage traditionnels autour de la fameuse « jarre de vin ».
Les participants pourront également découvrir l'artisanat et déguster des mets traditionnels, dans un dialogue constant entre authenticité et modernité. « Une occasion unique de goûter aux aliments des communautés autochtones », peut-on lire dans le descriptif, comme une invitation à une expérience sensorielle complète.
Ce métissage culturel, c'est aussi ce qu'incarne FONKi, l'artiste cambodgien-franco-canadien est le parfait symbole de cette diaspora khmère qui tisse des ponts et dont le regard neuf sur ses racines enrichit la scène artistique locale.
Son intervention, aux côtés de celle de la jeune réalisatrice Kim Sophea (qui présentera ses courts-métrages « Rest in Pieces » et « Chant of the Desert Flower » ), ou du réalisateur Mony Kann Darung (pour son long-métrage « Far Away Close To You » ), illustre la vitalité d'une jeune garde qui n'a plus rien à prouver.
Un écosystème unique au service de l'utopie
La longévité et le rayonnement du CIFF ne doivent rien au hasard. Ils reposent sur un partenariat public-privé d'une rare densité, que les organisateurs aiment présenter comme « un pont unique entre le gouvernement royal, les institutions internationales, la société civile et les industries créatives ». Sous le haut patronage du ministère de la Culture et des Beaux-Arts, le festival peut compter sur le soutien d'une myriade d'ambassades (France, Australie, Japon, Canada...), d'agences onusiennes comme l'UNESCO et le PNUD, mais aussi d'ONG de terrain comme le WWF et Oxfam.
Cet écosystème est fidèle aux objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, un cadre que le CIFF s'est approprié depuis des années.
Éducation de qualité, égalité des genres, action climatique, paix et justice... les thématiques du festival ne sont pas de vains mots, mais le fil rouge d'une programmation pensée pour « catalyser un changement sociétal positif », comme le martèlent les objectifs officiels du festival. Son Excellence Mme Chea Serey résume parfaitement cette ambition dans le dossier de presse :
« Les artistes, le secteur culturel et les industries créatives ont la capacité de générer des réalisations exponentielles avec le soutien des secteurs public et privé. »
Rendez-vous sur le tapis rouge
Le festival sera officiellement lancé le 24 mars lors d'une cérémonie d'ouverture au prestigieux théâtre Chaktomuk, qui réunira 700 invités, avant d'investir la ville. Dix lieux, dont l'Institut français du Cambodge, le Centre Bophana ou encore l'hôtel Rosewood, accueilleront plus de 150 projections et événements.
Pour sa 15e édition, le CIFF ne se contente pas de fêter un anniversaire. Il réaffirme avec force sa raison d'être : utiliser le langage universel du cinéma pour éclairer, inspirer et unir.
Dans un monde en crise, ce festival de Phnom Penh s'impose comme un laboratoire d'idées grand format, où la pellicule devient une arme de construction massive d'un futur plus désirable. Rendez-vous fin mars pour en prendre la pleine mesure.













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