Chap Chamroeun Tola : Transmettre l'art de la danse khmère dans la France lointaine

Chap Chamrouen Tola, 34 ans, a consacré une grande partie de sa vie à la danse classique khmère, ce qui lui a permis de se produire sur tous les continents, en plus d’être professeure de danse à l’école des beaux-arts.

La danseuse du Royal Ballet Chap Chamroeun Tola (au centre) se produisant au temple d’Angkor Wat. Photo fournie
La danseuse du Royal Ballet Chap Chamroeun Tola (au centre) se produisant au temple d’Angkor Wat. Photo fournie

Tola travaille également en tant que chorégraphe pour le ministère de la Culture et des beaux-arts et donne des cours privés dans le royaume et à l’étranger. Tola se rend à Paris, en France, plusieurs fois par an pour enseigner la danse classique à un groupe d’étudiants de toutes nationalités.

« Évidemment, du Cambodge à la France, c’est une très longue distance. Une fois que j’arrive là-bas, nous n’avons pas beaucoup de temps pour nous entraîner parce qu’il n’y a que le samedi et le dimanche et seulement trois heures de cours par jour, mais nous essayons d'optimiser notre temps », confie Tola.

Grande voyageuse

Tola, qui enseigne la danse classique depuis 15 ans, explique que le cours de danse de Paris compte environ 20 à 30 élèves. Au début, dit-elle, il n’y avait que des étudiants franco-cambodgiens, mais maintenant les cours accueillent aussi des étrangers qui n’ont aucun lien avec le Cambodge, ainsi que des étudiants issus d’autres ethnies de la région, comme les Hmong et les Lao, qui ressentent toujours un lien plus fort avec la danse khmère qu’avec les traditions occidentales.

Tola était autrefois connue comme une des meilleures élèves de la légendaire princesse Buppha Devi. Les cours de danse à Paris ont lieu tous les samedis et dimanches et de nombreux jeunes élèves sont inscrits et amenés au studio par leurs parents.

Même les élèves les plus doués en France ne connaissent généralement pas beaucoup les styles ou les techniques de danse khmers, et c’est l’un des défis auxquels Tola est constamment confrontée.

« Ils sont nés en France, ils ne parlent pas vraiment le khmer et ne comprennent pas beaucoup la technique de la danse traditionnelle khmère », dit-elle.

Des cours flexibles

Enseigner la danse en France exige également des professeurs qu’ils utilisent des méthodes pédagogiques différentes de celles de leur pays d’origine où les méthodes traditionnelles impliquent souvent l’utilisation de mots durs et des professeurs de danse qui forcent leur corps dans des positions d’étirement.

« Au Cambodge, notre loi interdit également l’usage de la violence, mais habituellement, dans l’enseignement de la danse classique, nous avons parfois des attitudes sévères, mais en France, nous ne pouvons pas faire cela », confie Tola. Les élèves d’origine mixte ont également besoin d’une série de cours magistraux, de théories et d’explications pour tout.

« Nous formons la plupart des enfants en utilisant un langage particulier. Nous leur montrons et leur expliquons la technique, par exemple en leur expliquant le style de 1 à 10 pour nous assurer qu’ils comprennent », ajoute-t-elle.

Bien qu’enseigner à des élèves en France comporte des difficultés, Tola constate que la plupart des élèves métis sont capables de s’identifier plus profondément à leur culture khmère grâce à l’art de la danse classique.

Ce qui motive ce professeur de danse à enseigner à des élèves à l’étranger, c’est qu’ils ont décidé d’apprendre la danse classique avec passion et amour, de leur propre cœur.

« C’est vraiment encourageant parce qu’ils aiment ça par eux-mêmes. Au Cambodge, certaines familles forcent leurs enfants. Parfois, leurs enfants n’ont aucune passion pour la danse traditionnelle khmère. Mais les enfants de France, eux, viennent apprendre parce qu’ils aiment la danse classique khmère par eux-mêmes », dit-elle.

Ambassadrice culturelle

En plus d’enseigner la danse les samedis et dimanches, Tola propose des présentations pour promouvoir la culture khmère.

« Nous avons différents programmes. Pour montrer notre identité khmère, nous organisons des spectacles dans de nombreux endroits », dit-elle.

Les élèves qui atteignent un niveau de danse suffisamment élevé sont sélectionnés pour se produire après avoir suivi des cours de formation.

« Leur danse est excellente, car ils sont très engagés. C’est bien qu’ils fassent plus d’efforts. Ils ont des bases, si nous leur expliquons davantage comment exprimer leurs émotions et leurs sentiments, ils peuvent se produire en spectacle », déclare-t-elle.

La professeure de danse précise que certains élèves n’apprennent que depuis quelques mois, mais qu’ils peuvent déjà se produire avec des experts dans certains styles de danse. L’association prévoit d’organiser un grand spectacle dans le centre de Paris le 14 octobre 2022,

Le partage, c’est l’entraide

En dehors de la France, la professeure de danse ajoute que tant qu’il y a un soutien dans n’importe quelle partie du monde, elle est prête à aller enseigner, car cela permet de répandre cet art à l’étranger et de contribuer au développement de la culture et au maintien de la tradition.

Tola enseigne à la jeune génération de danseurs en France et au Cambodge. Photo fournie
Tola enseigne à la jeune génération de danseurs en France et au Cambodge. Photo fournie

« Nous travaillons au ministère de la Culture, on peut dire que c’est une mission, car c’est pour que notre culture nationale prospère. Si nous n’allons pas enseigner à l’étranger et que nous restons tous dans le pays, la culture ne se développera pas du tout », affirme-t-elle.

Avec ses nombreuses années d’expérience de la danse, elle rappelle que ce dont elle se souvient le plus, c’est en 2010, lorsque la princesse Bopha Devi a organisé un spectacle et qu’elle a joué le personnage principal.

« C’est un bon souvenir, car le personnage que j’ai interprété était une femme avec un fort leadership. », confie-t-elle.

Plaidoirie pour la tradition

Le manque de documentation sur les styles de danse classique constitue encore un sérieux défi — cela signifie un manque d’exactitude de la forme de danse d’une génération à l’autre. Il n’existe toujours pas de documentation claire aujourd’hui, on s’en tient uniquement aux anciennes pratiques des professeurs.

Lorsque les professeurs les plus anciens sont partis, la génération suivante est souvent en désaccord, ce qui représente un grand défi pour elle en tant que professeur de danse, mais aussi en tant que danseuse classique.

« Pour moi, en fait, il ne s’agit pas d’avoir tort à 100 % ou raison à 100 %, mais nous devons faire preuve de solidarité quant à ce que nous utilisons comme base pour enseigner à la prochaine génération, afin qu’elle puisse comprendre facilement. Si nous sommes les enseignants et que nous sommes en désaccord les uns avec les autres, la prochaine génération sera confuse. Elle ne sera pas en mesure de savoir exactement ce qu’elle est censée apprendre pour le transmettre à la génération suivante », explique Tola.

Pas d’amour au premier bal

Originaire de Phnom Penh, Tola a sept frères et sœurs et ses deux sœurs aînées étaient également des danseuses traditionnelles. L’une d’elles, qui vit en France, a récemment joué un personnage d’Apsara dans la dernière vidéo documentaire de Ream.

Tola a commencé à apprendre la danse à l’âge de sept ans. À l’école de danse, Tola a également appris à se comporter comme une dame, car elle était un garçon manqué et ses manières n’étaient pas très raffinées.

« Au début, je ne voulais pas apprendre la danse traditionnelle. Je souhaitais étudier le droit pour devenir avocate, mais j’ai fini par apprendre la danse classique. J’étais vraiment malheureuse », dit-elle.

Mais comme la danse lui apportait à la fois des connaissances et un revenu pour subvenir aux besoins de sa famille, Tola a décidé de poursuivre une carrière de danseuse classique immédiatement après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires.

« Lorsque nous allons à l’étranger — même à l’étranger — on nous reconnaît toujours comme des danseuses classiques. Je suis fière qu’ils se souviennent de qui nous sommes et que, grâce à cette carrière, ils en savent plus sur la culture khmère », dit-elle.

« Le voyage le plus mémorable que j’ai fait est celui où nous avons suivi le roi Norodom Sihamoni lorsqu’il se produisait en République tchèque. C’est avec une grande fierté que nous avons accompagné », déclare Tola.

La danseuse classique s’est également produite en Asie et, parmi les pays voisins, le seul où elle ne s’est pas encore produite est le Myanmar. Elle elle est allée danser en Inde, au Sri Lanka, aux États-Unis, au Mexique et à plusieurs reprises en Corée et au Japon.

Prosélytisme artistique

Fière et admirative de son talent pour la danse classique, elle souhaite également que le peuple cambodgien soutienne les arts classiques avec un véritable amour pour eux.

« Nous utilisons parfois les mots “prendre soin de nos ancêtres”, mais ne négligez pas ceux qui servent les arts ancestraux, comme les danseurs et les musiciens classiques. Ils sont les serviteurs de la culture et des arts et nous devons contribuer à les soutenir, les encourager et en prendre soin, afin que la culture survive.

« Nous avons Angkor Wat, mais si personne ne s’en occupe, Angkor Wat se détériorera également. Ne négligez donc pas ceux qui servent les arts, car nous devons nous donner la main pour que notre culture soit forte.

« Je veux que tout le monde s’entende bien. Si nous n’avons pas d’unité, la clôture sera trop lâche. La solidarité - ne pas laisser les nôtres trop s’écouler, et ne pas laisser les autres trop s’infiltrer », conclut Tola.

Hong Raksmey et Pan Simala avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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