Cambodge & Thaïlande : Comité Régional des Frontières, échec apparent mais signe positif de dialogue
- La Rédaction

- il y a 7 heures
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Cambodge et Thaïlande n'ont pas réussi à s'entendre pour signer les documents préparatoires à la prochaine réunion du Comité régional des frontières (RBC), en raison de divergences sur plusieurs points clés.

Cette situation d'impasse survient après trois jours intenses de discussions entre les secrétariats des deux royaumes, du 27 au 29 janvier 2026, au poste frontalier international de Poipet dans la province cambodgienne de Banteay Meanchey, face à la province thaïlandaise de Sa Kaeo.
En présence de l'équipe d'observateurs ASEAN (AOT), cette rencontre visait à appliquer l'esprit de la déclaration conjointe de la 3e session spéciale du Comité général des frontières (GBC) du 27 décembre 2025, qui avait mis fin à trois semaines de conflits armés meurtriers le long de la frontière.
Déroulement des pourparlers
La délégation cambodgienne, dirigée par le major général Sor Kimpak, chef du secrétariat RBC cambodgien au sein de la 5e région militaire, a fait face à la délégation thaïlandaise menée par le major général Pittayakul Posuwan (ou Phittayakool Pothisuwan selon les sources), président du secrétariat RBC thaïlandais de la 1re zone d'armée. Les discussions portaient sur l'élaboration d'un mémorandum d'accord pour organiser une réunion spéciale RBC, axée sur des questions militaires régionales. Malgré des échanges de documents, aucun consensus n'a émergé sur des points cruciaux non précisés publiquement, empêchant toute signature comme initialement prévue le 29 janvier.
La porte-parole du ministère cambodgien de la Défense nationale, la générale de division Maly Socheata, a confirmé la clôture de la réunion sans accord formel.
Réactions
Du côté cambodgien, Maly Socheata a insisté sur le retour des délégations à leurs quartiers généraux respectifs pour poursuivre les échanges écrits et négociations jusqu'à un consensus. Une cérémonie de signature et la réunion RBC suivront alors, dans un esprit de réduction des tensions et de coopération pour la paix frontalière.
En Thaïlande, la 1re zone d'armée a corroboré l'absence de mémorandum finalisé, soulignant la nécessité de discussions supplémentaires pour un projet de texte répondant aux objectifs bilatéraux.
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a nuancé l'échec apparent, le présentant comme un signe positif de dialogue persistant plutôt qu'une rupture, appelant à une communication directe via le cadre RBC et à une prudence dans le langage pour éviter toute ingérence perçue.
Il a évoqué des consultations avec les populations et entreprises frontalières pour ancrer la politique thaïlandaise dans leurs réalités.
Contexte historique des tensions
Ce blocage s'inscrit dans un contentieux frontalier séculaire, ravivé fin 2025 par des affrontements armés causant des pertes humaines des deux côtés, autour de zones disputées comme celles près de Preah Vihear ou Emerald Triangle. Le cessez-le-feu du 27 décembre 2025, issu d'une réunion GBC à Phnom Penh, avait marqué un fragile retour à la stabilité, avec engagement mutuel pour la démilitarisation partielle et la coopération.
Pourtant, des divergences persistent sur la délimitation précise, la souveraineté territoriale et les opérations militaires, alimentées par des considérations politiques internes dans les deux pays. L'observation ASEAN renforce la transparence, mais n'empêche pas les accrocs.
Perspectives et prochaines étapes
Les deux parties ont explicitement convenu de relancer les échanges documentaires à distance, visant un consensus rapide pour convoquer une nouvelle session RBC et une signature formelle. Bien que les dates ne soient pas fixées au 30 janvier 2026, les déclarations officielles indiquent une reprise imminente des pourparlers, potentiellement en février, sous médiation AOT si nécessaire.
Sihasak a plaidé pour une approche patiente et confiante, priorisant la durabilité des accords au-delà du papier. Certains analystes estiment que, sans escalade, un accord pourrait émerger d'ici mi-février, évitant une reprise des hostilités grâce à la pression ASEAN et aux intérêts économiques bilatéraux (tourisme, commerce frontalier). Cependant, tout retard prolongé risquerait de raviver les tensions locales, soulignant l'urgence d'un cadre juridique clair comme la Convention de 2000 sur la gestion des frontières non délimitées.
Implications régionales
Au-delà des deux royaumes, cette impasse teste la cohésion ASEAN face aux différends internes, rappelant les crises passées comme celle de Preah Vihear en 2008-2011, jugée par la CIJ. Une résolution pacifique renforcerait la crédibilité du bloc, tandis qu'une prolongation pourrait peut-être ébranler la stabilité en Asie du Sud-Est. Les deux gouvernements, conscients des enjeux, privilégient le dialogue militaire pour contourner les frictions diplomatiques. Reste à observer si les échanges mèneront à une percée tangible dans les semaines à venir.







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