Cambodge & Santé : Le commerce des plantes médicinales sauvages en pleine expansion

La pandémie a contraint les villageois du village de Khleng Por de la province de Kampong Chhnang, à se rendre en masse dans les forêts et les vallées de la province pour trouver des plantes médicinales qu'ils vendront à ceux qui en ont besoin pour la médecine traditionnelle khmère.

Une Cambodgienne sèche des plantes pour les vendre à un courtier en vue de leur utilisation dans des médicaments traditionnels dans la province de Kampong Chhnang. FN
Une Cambodgienne sèche des plantes pour les vendre à un courtier en vue de leur utilisation dans des médicaments traditionnels dans la province de Kampong Chhnang. FN

Le chef du village de Kheng Por, Kao Moeun, explique qu'auparavant ce commerce était une activité secondaire utilisée pour augmenter les revenus de la famille en plus de ceux qu'elle tire de l'agriculture.

Il ajoute qu'au début, environ une demi-douzaine de familles pratiquaient cette activité mais qu'aujourd'hui, presque tous les villageois ont repris ce travail depuis le début de la pandémie.

« Une fois par semaine, je me rends dans la montagne pour déterrer les tubercules des plantes médicinales. Je les apporte à ma femme qui les coupe en morceaux et les fait sécher pour les vendre aux courtiers qui les revendent aux vendeurs de médicaments traditionnels à Phnom Penh. Grâce à cette activité secondaire, ma famille peut gagner un revenu supplémentaire de 30 000 à 40 000 riels par mois », explique-t-il.

Moeun passe régulièrement quelques jours dans la forêt à faire de la randonnée pour trouver des plantes médicinales selon les commandes des intermédiaires - comme des tubercules de raisin sauvage et de nombreuses autres plantes médicinales traditionnelles khmères. Les prix dépendent du type de plante médicinale et de la saison.

« Pendant la saison sèche, les prix ne sont pas très élevés. Environ 500 à 3 000 riels par kg, selon le type de plante et sa popularité », explique-t-il. « Parce que pendant cette saison, beaucoup de villageois gardent ces plantes médicinales pour les mâcher ou les vendre car elles sont plus faciles à trouver ».

Mise en sachet de plantes traditionnelles
Mise en sachet de plantes traditionnelles

Chhoeung Khea, un charpentier de 56 ans du village de Kleang Por, raconte qu’il n’était jamais allé auparavant dans la forêt pour trouver ces plantes médicinales. En plus de l’agriculture, il était souvent embauché pour construire des maisons dans son village ou dans d’autres villages et districts voisins, mais depuis la crise sanitaire, il n’a pas été en mesure d'augmenter ses revenus.

« L’agriculture seule ne peut pas améliorer les moyens de subsistance de notre famille », dit-il.

« C’est pourquoi ma femme et moi, ainsi que nos deux enfants, partons dans la forêt à la recherche de vignes, de racines, d’écorces, de champignons et de tubercules de plantes médicinales les vendre afin de soutenir notre famille. »

Bien que ce nouveau travail à temps partiel puisse contribuer à augmenter les revenus de sa famille dans une certaine mesure, Khea n’est pas très heureux quand on lui demande combien sa famille gagne grâce à cette activité :

« Seulement 20 000 à 30 000 riels par mois. Parce que parfois les courtiers ne les achètent pas et prétendent qu’il n’y a pas de commandes de Phnom Penh », dit Khea avec un soupir.

Khea précise que bien que lui et les autres villageois connaissent les noms des plantes médicinales, personne ne sait comment les combiner pour traiter les maladies. Sinon, ils seraient en mesure de vendre l’ensemble à un prix plus élevé.

Client d'une boutique de plantes traditionnelles à Phnom Penh
Client d'une boutique de plantes traditionnelles à Phnom Penh

Selon Khea, environ 30 à 40 familles de son village se livrent aujourd’hui à cette activité secondaire. Cette tendance a entraîné une nouvelle baisse du prix des plantes médicinales et certains écologistes craignent qu’elle ne conduise à la disparition de certaines plantes médicinales de la forêt en raison d’une cueillette excessive.

Au coin de la rue près du marché d’Orussey à Phnom Penh, on trouve de nombreuses boutiques qui témoignent de la croissance rapide du secteur de la médecine traditionnelle au Cambodge. La plupart des plantes médicinales proviennent de courtiers et sont apportées des campagnes reculées du Cambodge, tandis que certaines sont importées.

Kong Khieu Chheng, 36 ans, propriétaire d’un magasin de médecine traditionnelle, explique que son échoppe collecte des herbes dans les provinces du pays, mais surtout à Kampong Chhnang, Battambang et Preah Sihanouk.

« Notre boutique ne collecte pas directement auprès des villageois et pas toutes les sortes de plantes médicinales. Nous passons des commandes auprès de courtiers dans les provinces en fonction des demandes des praticiens de la médecine traditionnelle qui sont clients chez nous », explique-t-elle.

Bien qu’elle soit commerçante d’ingrédients de médecine traditionnelle, Khieu Chheng ne sait pas comment combiner ces herbes pour soigner les maladies, si ce n’est qu’elle sait que certaines sont censées soigner les troubles gastro-intestinaux chroniques et que d’autres peuvent soigner la polyarthrite rhumatoïde, l’hypertension ou l’hyperglycémie.

Chan Sineth, spécialiste des plantes médicinales et des médecines secondaires à l’hôpital de référence Cambodge-Chine Sen Sok, explique que le fait de mélanger des herbes traditionnelles pour soigner des maladies sans consulter au préalable un guérisseur traditionnel et sans connaître le dosage correct des composés chimiques contenus dans la plante peut présenter un risque grave pour la santé, comme provoquer une cirrhose ou même la mort.

« La combinaison de tubercules, de racines et d’écorces de plantes médicinales pour traiter des maladies sans les peser correctement pour déterminer le dosage ou sans tenir compte du fait qu’ils ont été bouillis dans l’eau ou trempés dans l’alcool peut endommager le foie et provoquer une cirrhose. Certaines plantes peuvent également empoisonner une personne ou même provoquer la mort en cas de surconsommation », conclut-il.

Khouth Sophak Chakrya avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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