Cambodge & Région : La montée de L'ASEAN dans un contexte de turbulences mondiales

L'ASEAN est une association de dix États membres d'Asie du Sud-Est, l'une des régions du monde à la croissance la plus rapide. Nombreux sont ceux qui perçoivent aujourd'hui son potentiel économique et politique qui pourrait en faire un pilier solide des relations internationales dans un avenir proche.

Des artistes répètent avant le sommet de l'ASEAN et les réunions connexes, qui se tiendront du 10 au 13 novembre à Phnom Penh. MFAIC
Des artistes répètent avant le sommet de l'ASEAN et les réunions connexes, qui se tiendront du 10 au 13 novembre à Phnom Penh. MFAIC

Les pays membres de cette organisation couvrent actuellement une superficie totale de 4 479 210,5 km² et comptent plus de 680 millions d'habitants. Conformément à la Charte de celle-ci, la présidence de la Communauté alterne chaque année en fonction de l’ordre alphabétique du nom anglais de chaque membre. Progressivement, l’ASEAN est devenue un partenaire de dialogue régulier avec tous les pays et alliances les plus puissants du monde, notamment les États-Unis, l’Union européenne, la Chine, la Russie, le Japon, la Corée, l’Australie et l’Inde.

Création

Le bloc a été officiellement créé le 8 août 1967 par cinq membres fondateurs : Singapour, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines et l’Indonésie. Leurs représentants se sont réunis au ministère thaïlandais des Affaires étrangères à Bangkok où ils ont signé le document formant l’organisation intergouvernementale. L’organisation a été créée dans le contexte de la guerre froide, dont le centre était le conflit entre les États-Unis et l’Union soviétique — caractérisé par des batailles par procuration, des mesures économiques et de l’espionnage.

« Les objectifs déclarés de l’ASEAN étaient de promouvoir la paix, la stabilité et la croissance économique, ainsi que le développement socioculturel en Asie du Sud-Est par le respect de la justice et de l’État de droit, ainsi que l’adhésion aux principes de la Charte des Nations unies. »

Dans les années qui ont suivi 1984, cinq autres pays de la région qui envisageaient de s’intégrer à l’ASEAN — le Brunei, le Vietnam, le Laos, le Myanmar et le Cambodge — ont tous rejoint le bloc.

Objectifs

Kin Phea, directeur de l’Institut des relations internationales de l’Académie royale du Cambodge, affirme qu’à l’origine, l’organisation visait à empêcher l’influence communiste en Asie du Sud-Est, car les cinq États membres n’adhéraient pas à cette doctrine et étaient plutôt alignés sur les nations occidentales telles que les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Challenges

M. Phea souligne que la région présentait de nombreux problèmes internes, tels que l’écart entre l’économie et l’éducation. Elle présentait également des lacunes en termes d’échanges d’informations et de sécurité entre les États membres, qui ont tendance à être soit pro-Chine, soit pro-États-Unis, en raison notamment de leurs différents systèmes politiques.

« Et même aujourd’hui, certains États membres ont encore des différends territoriaux sur la souveraineté et l’intégrité territoriale sans qu’une solution immédiate soit en vue », dit-il, ajoutant :

« Parmi les principales controverses au sein de l’ASEAN figurent les litiges en mer de Chine méridionale et la rivalité géopolitique entre les superpuissances : la Chine et les États-Unis. Ce sont ces questions qui posent au bloc de nombreux défis susceptibles d’affecter sa centralité et son unité. »

M. Phea précise également que l’ANASE est un canal diplomatique important pour ses États membres, grands et petits, car elle leur donne des droits égaux pour mener des affaires régionales et mondiales sous la bannière d’une organisation régionale. En outre, l’association est récemment devenue une passerelle économique importante permettant aux États membres de conclure des accords commerciaux, en particulier le dernier partenariat économique global régional.

« Ces mécanismes et la démographie de l’ASEAN ont rendu l’Asie du Sud-Est importante aux yeux des pays puissants », ajoute-t-il.

Pour Yang Peou, secrétaire général de l’Académie royale du Cambodge, le processus de création de l’ASEAN est passé par deux étapes : la guerre froide et la mondialisation.

Au cours de la première étape, affirme-t-il, l’ASEAN ne comptait que cinq membres et avait tendance à discriminer les autres pays ayant des régimes politiques différents en raison de la situation de concurrence entre les démocraties et le monde communiste dans les mêmes lieux géographiques.

La deuxième étape, la mondialisation, a vu le bloc s’ouvrir à d’autres pays de la même zone géographique, indépendamment de leur système ou régime politique, pour atteindre finalement 10 États membres en 1999.

Expert en géopolitique, M. Peou affirme que, malgré les défis auxquels l’association est confrontée, elle a jusqu’à présent abordé ces questions conformément à sa charte qui privilégie le consensus.

« Il est impératif que le Cambodge s’intègre davantage à l’ASEAN, à la région et au monde, car nous ne pouvons pas survivre seuls. L’ASEAN a profité au Cambodge tant sur le plan politique qu’économique. Et même si cette organisation régionale doit encore relever certains défis, elle apporte plus d’avantages que d’inconvénients », conclut-il.

Samban Chandara avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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