Cambodge & Portrait : Rethy Chhem, ou l'art d'écouter le silence des empires
- La Rédaction

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Radiologue de renommée internationale devenu historien de la médecine, puis serviteur de l'État, le docteur Chhem Kieth Rethy incarne une trajectoire peu commune : celle d'un enfant de Phnom Penh devenu professeur sur quatre continents avant de revenir mettre son savoir au service du Cambodge, des salles de radiologie aux hôpitaux oubliés de Jayavarman VII.

Une vocation médicale née à Phnom Penh
Né en 1952 à Phnom Penh, Rethy Chhem entame très tôt un parcours académique qui le mènera loin de son pays natal. Docteur en médecine, il choisit de se spécialiser en radiologie, une discipline qu'il pratiquera et enseignera pendant près de trente ans. Mais son parcours ne s'arrête pas à la médecine d'imagerie : il obtient également un doctorat en sciences de l'éducation, puis un second doctorat, en histoire, deux disciplines qui viendront enrichir et réorienter sa carrière scientifique.
Trente ans de radiologie, entre Amérique, Europe et Asie
La carrière universitaire de Rethy Chhem se déploie sur plusieurs continents, pendant une trentaine d'années. Il enseigne la radiologie à l'université McGill au Canada, à la National University of Singapore, à l'université de médecine de Vienne en Autriche, ainsi que dans plusieurs établissements japonais spécialisés dans l'étude des conséquences médicales des bombardements atomiques et de l'accident de Fukushima, à Hiroshima, Nagasaki et Fukushima. Il dirige également, pendant plusieurs années, le département de radiologie et de médecine nucléaire de l'université Western Ontario, au Canada. Cette carrière prolifique se traduit par la publication de plus de deux cents articles scientifiques et la direction d'une vingtaine d'ouvrages consacrés à la radiologie, à la paléoradiologie et à la pédagogie médicale, dont deux portent spécifiquement sur l'accident nucléaire de Fukushima.
Quand la radiologie rencontre l'archéologie khmère
C'est au tournant des années 2000 que la trajectoire de Rethy Chhem prend un tournant inattendu. L'archéologue français Christophe Pottier, qui fouille alors le site préangkorien de Prei Khmeng, dans la province de Siem Reap, sollicite son expertise radiologique pour étudier des squelettes exhumés lors des fouilles. Rethy Chhem réalise des scanners de ces restes anciens : une première rencontre entre imagerie médicale moderne et archéologie khmère qui va durablement orienter ses recherches vers la paléoradiologie, cette discipline qui applique les techniques d'imagerie médicale à l'étude des vestiges humains anciens.
Cette collaboration le conduit ensuite à participer aux fouilles de l'un des cent-deux hôpitaux que le roi Jayavarman VII avait fait édifier à la fin du XIIe siècle à travers son empire. Les travaux menés sur ce site permettent d'établir l'existence, sous le règne de ce souverain bâtisseur, d'un système de soins gratuit et structuré à l'échelle de l'empire khmer — une découverte qui vaut à Rethy Chhem une reconnaissance dans le champ de l'histoire de la médecine en Asie du Sud-Est, au croisement de la radiologie, de l'archéologie et de l'épigraphie.
De l'Agence internationale de l'énergie atomique à la recherche cambodgienne
Entre 2008 et 2014, Rethy Chhem occupe un poste à responsabilité au sein de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à Vienne, où il dirige la Division de la santé humaine. Cette fonction, à l'interface entre science nucléaire et santé publique, complète un profil déjà singulier de médecin devenu diplomate scientifique.
En 2014, il rentre au Cambodge pour prendre la direction du Cambodia Development Resource Institute (CDRI), l'un des principaux centres de réflexion sur les politiques de développement du pays et de la région de l'ASEAN, classé parmi les cent meilleurs think tanks mondiaux par l'université de Pennsylvanie. Il y reste jusqu'en 2019, période durant laquelle il est également nommé conseiller spécial du Premier ministre Hun Sen pour les questions de santé, en 2018.

De la recherche à l'action publique
En mai 2019, Rethy Chhem franchit une nouvelle étape en étant nommé, par décret royal, ministre délégué auprès du Premier ministre, rattaché au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. L'année suivante, en août 2020, il est nommé secrétaire d'État au sein du tout nouveau ministère de l'Industrie, de la Science, de la Technologie et de l'Innovation (MISTI), où il supervise notamment l'Institut national des sciences, de la technologie et de l'innovation. Il occupe aujourd'hui également les fonctions de ministre principal et préside le Conseil économique, social et culturel du Cambodge.
Sur le plan académique, Rethy Chhem conserve des liens étroits avec plusieurs institutions à travers le monde, dont les universités de radiologie de Nagasaki, Hiroshima et Fukushima, ainsi qu'avec des cercles de réflexion consacrés aux relations internationales et à la diplomatie scientifique, en Asie comme en Chine.
Un parcours à la croisée des savoirs
Du scanner médical aux tombeaux préangkoriens, des couloirs de l'AIEA à ceux du gouvernement cambodgien, l'itinéraire de Rethy Chhem illustre une conviction rarement formulée aussi clairement : que la médecine, l'histoire et la politique du développement ne sont pas des mondes étanches, mais des chemins qui, patiemment, finissent par se rejoindre.







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