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Cambodge & Politique : Samdech Hun Sen : « un héritage considérable ! », par Dr Raoul Jennar

Historien et « observateur », le Français Raoul Jennar entreprend de rendre hommage au leader cambodgien à travers une synthèse - opinion à travers laquelle il ne tarit pas d’éloges sur un dirigeant « qui veut à tout prix sortir son pays du sous-développement et qui a besoin d’une vie politique stable, même au prix d’une démocratie encore en construction et de sanctions occidentales ».

Historien et « observateur », le Français Raoul Jennar entreprend de rendre hommage au leader cambodgien à travers une synthèse - opinion à travers laquelle il ne tarit pas d’éloges sur un dirigeant « qui veut à tout prix sortir son pays du sous-développement et qui a besoin d’une vie politique stable, même au prix d’une démocratie encore en construction et de sanctions occidentales ».
Dr Raoul Jennar. Photo fournie

Longévité

Le Cambodge vient de changer de Premier ministre. Pour la première fois depuis 1985. Systématiquement critiquée par la presse occidentale, jamais contestée face à ses collègues Mahatir de Malaisie ou Lee Kwan You de Singapour, cette longévité exceptionnelle s’explique par la situation exceptionnelle trouvée par Hun Sen lorsqu’il prend en charge le gouvernement du pays.

Pays dévasté

Car l’homme qui prend cette responsabilité majeure se trouve face à un pays dévasté, dont les équipements ont été détruits par la guerre de 1970-1975 et les bombardements américains (2 756 941 tonnes de bombes de 1965 à 1973, sans compter les bombardements de 1973-1974).

C’est un pays dont entre un quart et un tiers de la population a disparu, principalement les plus éduqués et les plus cultivés. Un pays dont les crimes de masse et le génocide perpétrés par Pol Pot et sa bande ont été niés par l’ONU et sa commission des droits de l’homme.

Des crimes qui, pourtant, selon un rapport du diplomate tunisien Boudhiba, étaient « sans précédent dans notre siècle, à l’exception des horreurs du nazisme ». Il s’agissait d’un pays dont les survivants étaient épuisés, malades, traumatisés et dont les enfants ont été privés d’une bonne santé et d’une véritable scolarisation.

Dans l’histoire contemporaine, aucun régime, pas même celui d’Hitler, sinon celui de Pol Pot, n’a entrepris de disloquer sa propre société et le tissu social, de détruire ses institutions, de démanteler les familles, d’ériger tout le territoire national en un immense camp de travail forcé et d’extermination.

Embargo

C’est à un tel pays qu’une coalition sino-occidentale a imposé un embargo qui a nié les droits de l’homme les plus fondamentaux pourtant célébrés à saturation par les Occidentaux : droit à l’alimentation, droit à la santé, droit à l’éducation, droit à la culture, droit au développement et même droit à la paix. Puisque, en dehors de l’ONU, Chinois et Occidentaux s’employaient à reconstituer une force militaire composée essentiellement des troupes de Pol Pot (entraînées par les Britanniques) qui infligera à ce peuple de rescapés 12 ans de guerre.

Cet embargo, trente ans après sa levée, affecte encore aujourd’hui la santé de ceux qui l’ont subi et les ressources humaines du pays. Tout cela parce que le Cambodge était un pays pour lequel la coalition qui dominait l’ONU avait soulevé un prétexte : le refus de reconnaître un régime issu d’une intervention étrangère.

Or, l’ONU, avant 1979, a reconnu à onze reprises des régimes issus d’interventions militaires étrangères, dont les plus célèbres sont le Yémen (1961), le Bangladesh (1971) et l’Ouganda (1978). Sans parler des interventions des services américains en Amérique latine et de l’armée française en Afrique, avant et après 1979.

Premier gouvernement

Il faudra donc que le premier gouvernement Hun Sen poursuive les efforts, avec l’aide d’un contingent vietnamien, pour empêcher le retour de Pol Pot au pouvoir. Au prix de vies humaines, de souffrances sans nom et de privations de toutes sortes. Ce qui montrera clairement qu’il n’y avait pas de solution militaire.

Et qui justifiera le plan de paix lancé par Hun Sen en 1987 à l’origine du déblocage politique et de l’ouverture des négociations. Mais ceux qui garantissent au peuple cambodgien le non-retour des Khmers rouges au pouvoir se heurteront pendant quatre ans à l’intransigeance des Chinois et des Occidentaux qui entendent impliquer Pol Pot dans toute solution de paix.

Il en résultera des accords de paix dits de Paris qui n’ont pas apporté la paix, puisque la confiance de ceux qui ont soutenu les Khmers rouges sera trahie par ces derniers qui refuseront d’appliquer les accords qu’ils ont signés.

Ce que les plus lucides avaient prévu. Lorsque l’ONU a quitté le Cambodge en 1993, il existait des institutions nées des élections et du travail de l’Assemblée Constituante. Ces institutions permettent au Cambodge de réintégrer la communauté internationale. Mais la paix n’était pas au rendez-vous. Les combats et les souffrances qui les accompagnent durent encore cinq ans.

Politique gagnant-gagnant

Cette paix que les Vietnamiens, l’ONU et SM Norodom Sihanouk n’ont pu obtenir, c’est la politique gagnant-gagnant de Samdech Hun Sen qui la fera advenir.

Un exploit qui aurait dû lui valoir le prix Nobel de la paix si ce genre de distinction n’était pas réservé aux chouchous de l’Occident.

La paix acquise, la reconstruction du pays et son développement peuvent commencer. Le pragmatisme de celui que les médias occidentaux se plaisent à rappeler un passé communiste non avéré justifiera des réformes d’une ampleur peu commune pour faire du Cambodge l’un des pays les plus attractifs de la planète pour les investisseurs étrangers. Une gestion proactive de l’aide étrangère facilitera la reconstruction d’un grand nombre d’infrastructures et la création d’un grand nombre de nouveaux équipements.

Modernisation

Parallèlement, sous l’impulsion de Samdech Hun Sen, le petit appareil d’État créé après la libération de 1979 va être modernisé et équipé. Ce grand mouvement de réformes s’accompagnera, bien sûr, de quelques échecs (par exemple, l’équipement ferroviaire, trop tardif et trop modeste, une priorité tardive à l’éducation largement compensée depuis), mais surtout de beaucoup de succès : les aéroports, le port de Sihanoukville et sa zone industrielle, les nouvelles routes, les ponts sur le Mékong qui n’était traversé que par des bacs, la naissance d’un réseau de voies rapides… Samdech Hun Sen et ses équipes saisiront toutes les opportunités, sans se préoccuper des préjugés idéologiques.

Et lorsque la Chine, qui à partir de 2008 a fourni à elle seule autant d’aide que tous les autres pays réunis (serait-ce pour faire oublier son soutien à Pol Pot de 1975 à 1991 ?), a proposé son initiative Belt and Road (BRI), Samdech Hun Sen a compris qu’il y avait là une belle opportunité de faire un grand bond en avant dans l’équipement de son pays.

Il en sera de même une fois lancé le Regional Comprehensive Economic Partnership, dont le Cambodge a été négociateur et signataire et dont il tire aujourd’hui de grands bénéfices pour l’un des objectifs majeurs de ce siècle : sortir du sous-développement et industrialiser le pays.

La multiplication des accords commerciaux avec la Corée du Sud, le Japon et les pays de l’ASEAN contribuera également au développement du pays. Cette politique se traduit par un taux de croissance de 7 % pendant vingt ans, une réduction drastique de la pauvreté et l’émergence croissante d’une classe moyenne. Cet élan sera interrompu par la crise du Covid 19, pour laquelle le gouvernement Hun Sen offrira au monde un modèle de gestion exemplaire.

Reconstruire et développer

De même qu’il n’a pas été possible de reconstruire et de développer le Cambodge sans une paix réelle, il n’est pas possible de construire un État moderne sans une réelle stabilité politique. Cet objectif ne cessera d’être entravé par une opposition qui a progressivement construit sa popularité sur tous les thèmes qui divisent une nation qui doit encore trouver un consensus national sur plusieurs questions.

Pour exacerber les sentiments hostiles au Vietnam, nés de l’ignorance des faits historiques, l’opposition ne néglige rien de ce qui peut accroître sa popularité : appels à la haine raciale, nationalisme exacerbé, publication de faux documents, diffamation et calomnie.

L’opposition ne s’exprime pas sur des projets alternatifs de développement, elle ment, elle insulte, elle attise les divisions, elle viole les lois. Tous les efforts de Samdech Hun Sen pour établir une culture de dialogue entre la majorité et l’opposition se heurteront à l’incapacité de l’opposition à s’inscrire dans le modèle démocratique du débat politique. Malheureusement, cette opposition a réussi à tromper les gouvernements occidentaux qui ne demandaient qu’à soutenir le remplacement éventuel d’un dirigeant cambodgien qu’ils n’aimaient pas. Le Cambodge est donc confronté à des Européens et des Américains qui prennent systématiquement la défense d’une opposition nationaliste et raciste, tout en étant intarissables sur les droits de l’homme et la démocratie - après avoir soutenu Pol Pot pendant douze ans, ne l’oublions pas.

Soutien royal

Mais rien n’arrêtera un dirigeant qui veut à tout prix sortir son pays du sous-développement et qui a besoin d’une vie politique stable, même au prix d’une démocratie encore en construction et de sanctions occidentales. Cette volonté politique d’assurer l’indispensable stabilité bénéficiera du soutien constant de SM le Roi Norodom Sihamoni.

L’homme d’État qui quitte la direction du gouvernement offre à son successeur un héritage de portée historique.

Si SM Norodom Sihanouk a été, après 90 ans de colonisation, l’artisan de l’indépendance retrouvée du Cambodge dans la paix et l’intégrité territoriale, il est indéniable que Samdech Hun Sen est l’artisan de la renaissance et du renouveau du Cambodge dans la paix retrouvée, la stabilité politique et un extraordinaire développement économique et social.

Raoul Jennar

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