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Cambodge & Parcours : Arya, la beauté comme passeport entre deux mondes

Installée à Phnom Penh depuis plus de quinze ans, Arya Vong Kim incarne ces destins tissés entre exil, résilience et quête de perfection dans l’art de la beauté. Née au Cambodge, réfugiée en France à l’âge de deux ans et demi, elle est devenue l’une des coiffeuses-coloristes les plus reconnues du pays, tout en formant une nouvelle génération de professionnelles cambodgiennes.​

Cambodge & Parcours : Arya, la beauté comme passeport entre deux mondes

D’un exil d’enfance à une identité française

Arya voit le jour au Cambodge, dans une famille khmère, avant de prendre la route de l’exil à cause de la guerre. Elle quitte le pays alors qu’elle n’a pas trois ans et passe par Albertville avant de grandir à Amiens, puis à Lyon, où elle effectue toute sa scolarité.

Son père est officier militaire, sa mère femme au foyer, et la fratrie compte huit enfants, dont deux nés en France. De cette enfance marquée par le déplacement naît une capacité d’adaptation précoce, mais aussi un regard double sur le monde, entre culture d’origine et société d’accueil.​

Une reconversion assumée vers la coiffure

Longtemps, Arya se destine à l’enseignement et s’oriente d’abord vers un parcours académique classique, tourné vers le business. C’est en travaillant avec son mari dans la restauration et différents commerces qu’elle découvre une passion profonde pour l'entrepreneuriat, puis la coiffure, au point de décider de « reprendre ses études » pour se professionnaliser pleinement.​

À Lyon, elle enchaîne les diplômes : CAP, BP puis brevet de maîtrise, le triptyque qui permet de travailler, d’ouvrir un salon, puis d’enseigner. Ces titres, reconnus au niveau bac et BTS, lui donnent une solide assise technique et pédagogique, notamment en colorimétrie, discipline qui exige des bases solides en chimie.​

Cambodge & Parcours : Arya, la beauté comme passeport entre deux mondes

De la France au Cambodge, un dernier « grand business »

Au milieu des années 2000, la jeune femme sent que le climat économique se durcit en France et anticipe un déclin du petit commerce. Elle décide alors de capitaliser sur ce qu’elle maîtrise le mieux et ce qu'elle aime – la coiffure et l’esthétique – pour bâtir un projet exportable, hésitant un temps entre les États-Unis et le Cambodge avant de choisir son pays natal.​

En 2009, elle s’installe à Phnom Penh et ouvre son premier salon à Sovhanna, sous son propre nom, Arya Vong Kim. Elle devient rapidement l’une des premières professionnelles dotées de diplômes français complets, un atout majeur dans un marché où beaucoup d’acteurs s’appuient sur des certificats privés.​

Partenaire technique de grandes marques

Ambitieuse, Aria ne se contente pas d’un salon : elle contacte L’Oréal pour obtenir une distribution professionnelle des produits de coiffure-salon au Cambodge, en proposant business plan et stratégie de développement.

À l’origine, son projet est uniquement de distribuer la marque, mais face au manque de maîtrise technique dans les salons locaux, elle ouvre son propre établissement haut de gamme pour montrer comment utiliser correctement les produits et former les équipes.​

Elle devient aussi partenaire de Guinot, d’abord aux côtés d’un associé apportant le financement, avant de reprendre seule la distribution lorsque celui-ci ne parvient plus à suivre. Aujourd’hui, elle porte deux lignes fortes – L’Oréal Professionnel pour la coiffure et Guinot pour les soins de peau – avec une clientèle mêlant expatriés et Cambodgiens aisés.​

Cambodge & Parcours : Arya, la beauté comme passeport entre deux mondes

Une vision exigeante de la beauté

Arya insiste sur la dimension scientifique de son métier, en particulier pour la couleur, qui suppose une compréhension fine des réactions chimiques. Elle se démarque d’un marché où certains salons utilisent des colorants bon marché « de supermarché », en revendiquant des protocoles précis et des résultats immédiatement visibles, notamment avec des soins comme HydraClean proposés autour de 80 dollars.​

Son offre se structure en deux univers : des soins technologiques avec ionisation, prototypes brevetés par Guinot, et des soins manuels pour une clientèle attachée au toucher et aux approches plus naturelles.

Cette double approche lui permet de conjuguer innovation et sensorialité, tout en fidélisant une clientèle régulière, jusqu’aux adolescentes qui viennent régulièrement.

Former et diplômer les jeunes Cambodgiennes

Fidèle à son inclination initiale pour l’enseignement, Arya met ses compétences au service de la formation. Aux côtés de l’association Toutes à l’école et en lien avec le ministère cambodgien du Travail, elle contribue à la mise en place d’un dispositif permettant aux jeunes filles d’obtenir une équivalence de CAP coiffure, ouvrant un accès direct à l’emploi.​

Elle participe aussi à une « section de maîtrise » développée avec Tina Kieffer, tandis que son salon sert de lieu de pratique pour former de jeunes femmes aux métiers de la coiffure, notamment en partenariat avec Shanty Town Spirit. Le projet subit toutefois un frein avec le Covid et le manque d’élèves, tandis que la charge de travail entre Phnom Penh et le campus, situé à une trentaine de kilomètres, devient difficilement soutenable.​

Un métier qui peine à être valorisé

Si la coiffure séduit beaucoup de jeunes Cambodgiennes, Aria regrette que le métier reste moins valorisé que des filières comme la comptabilité ou la gestion. Elle souligne pourtant qu’il s’agit d’une profession qui peut bien faire vivre celles et ceux qui s’y engagent avec sérieux et munis d'une formation de qualité.​

Son ambition initiale d’ouvrir une véritable école de coiffure se heurte à la fois au manque de temps et à la difficulté de recruter des élèves réellement motivées par l’effort et l’exigence technique. Elle continue néanmoins à transmettre au quotidien, par la formation informelle au sein de son salon et par le partage de son savoir-faire auprès des équipes partenaires.​

Cambodge & Parcours : Arya, la beauté comme passeport entre deux mondes

Entre cosmologie, voyages et francophonie

En dehors des ciseaux et des couleurs, Aria cultive un goût prononcé pour la cosmologie et la science quantique, qu’elle distingue soigneusement de l’astrologie. Elle consacre de longues heures aux documentaires et aux recherches en ligne, profitant de ce qu’elle décrit comme une époque où Internet et la technologie – y compris l’intelligence artificielle – offrent un accès démultiplié à la connaissance, à condition de vérifier ses sources.​

Côté loisirs, elle apprécie les sports comme la natation et le volley-ball. Grande voyageuse, elle garde un souvenir particulièrement lumineux de la Turquie, dont elle loue la richesse culturelle, au-delà des clichés, ainsi que de séjours en Espagne et en Tunisie dans les années 1980-1990.​

Une famille entre Phnom Penh et Paris

Mère de deux enfants, Arya parle d’eux comme de personnalités très différentes, mais tout aussi affirmées. Son fils, artiste dans l’âme, aime la danse, la sociabilité et travaille dans l’univers de la crypto-monnaie, tandis que sa fille a choisi une voie diplomatique, au service de l’ambassade du Cambodge en France.​

Son fils vit aujourd’hui à Phnom Penh, alors que sa fille réside encore en France, où elle construit une carrière diplomatique, tout en restant liée au Cambodge et appelée à venir pour des événements comme le Sommet de la francophonie fin 2026. Entre ces deux générations et ces deux pays, Arya continue de tracer sa propre ligne : celle d’une professionnelle de la beauté qui aura fait de la coiffure bien plus qu’un métier, une passerelle entre les mondes.

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