Cambodge & ONU : soutenir une croissance socio-économique qui minimise les impacts environnementaux

Au cours des dernières décennies, le Cambodge a connu des succès significatifs en matière de réduction de la pauvreté et de développement socio-économique.

Embouteillage à Phnom Penh. Photo CG
Embouteillage à Phnom Penh. Photo CG

Cependant, les pressions croissantes sur les écosystèmes du pays liées au changement climatique et les défis environnementaux complexes — y compris les défis transfrontaliers liés au fleuve Mékong — doivent être pris en compte dans son modèle de développement si le Cambodge veut atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Le ministère de l’Économie et des Finances et le Conseil national pour le développement durable estiment que les effets du changement climatique pourraient réduire le PIB du Cambodge de près de 10 % d’ici à 2050, même si l’augmentation de la température est maintenue dans la limite de l’objectif de 2 °C.

Le Cambodge figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique, car une grande partie de sa population dépend de l’agriculture pour sa subsistance et vit dans des zones sujettes aux inondations [1]. Le régime des pluies se modifie et devient moins prévisible, ce qui entraîne des phénomènes météorologiques extrêmes plus nombreux et plus graves, tels que les tempêtes tropicales, les inondations et les sécheresses.

Cette situation aura un impact considérable sur les communautés et pourrait entraîner des pertes économiques, l’endettement, une augmentation des inégalités, l’insécurité alimentaire et des pertes de vies humaines, l’agriculture, les infrastructures, la foresterie et la santé humaine étant les secteurs les plus touchés. Les plus vulnérables — enfants, femmes, personnes handicapées, personnes âgées et groupes socialement marginalisés, tels que les communautés de migrants — seront les plus touchés.

Le moment est venu de changer de paradigme pour soutenir une croissance socio-économique qui minimise les impacts environnementaux et le changement climatique, en mettant l’accent sur les plus vulnérables.

L’ONU est encouragée par l’intérêt croissant au Cambodge et l’engagement du gouvernement, de la société civile, du secteur privé et des jeunes, à placer la gestion durable des terres et des ressources naturelles et la croissance verte au cœur du développement socio-économique du pays.

Les Nations unies au Cambodge soutiennent le gouvernement royal du Cambodge dans la réalisation de l’objectif de développement durable 13 « Action pour le climat » et dans la prise de mesures urgentes pour lutter contre le changement climatique et ses impacts.

Elle catalyse ses efforts autour de 4 grands domaines :

Amélioration de la gouvernance et des politiques

L’ONU a renforcé les capacités institutionnelles et la coordination aux niveaux national et infranational, en fournissant un soutien technique, entre autres au Conseil national pour le développement durable, sur les outils permettant d’intégrer efficacement le changement climatique dans les politiques, les cadres réglementaires, les programmes et les budgets.

Il en résulte un environnement plus propice et coordonné pour la gouvernance du changement climatique. L’ONU a soutenu la mise à jour de la contribution déterminée au niveau national soumise par le Cambodge en 2020 et aide actuellement à l’élaboration de sa stratégie à long terme pour la neutralité carbone.

L’ONU a aidé le ministère des Mines et de l’Énergie et le ministère de l’Économie et des Finances à élaborer des politiques en matière d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique contribuant à l’atténuation du changement climatique et à la réalisation de l’objectif du Cambodge en matière d’électrification universelle avec un approvisionnement en électricité fiable et abordable, sans laisser personne de côté.

Ces mesures jettent les bases d’une reprise plus verte et saisissent l’opportunité des perturbations de la pandémie pour mieux construire l’avenir.

Les Nations unies ont également soutenu 26 dialogues sur les systèmes alimentaires nationaux avec la société civile et les jeunes, avant le Sommet sur les systèmes alimentaires, afin de trouver des solutions visant à mettre en place des systèmes alimentaires plus résilients et inclusifs, qui font partie intégrante de l’action climatique.

Amélioration des systèmes et des capacités pour renforcer la résilience aux risques liés au climat

En raison des niveaux plus élevés d’incertitude et de l’émergence de nouveaux dangers liés au climat, souvent plus intenses, l’ONU a soutenu une approche de gestion intégrée des risques pour permettre au Cambodge de mieux se préparer et de réduire les risques liés au changement climatique et aux conditions météorologiques extrêmes.

Par exemple, 219 000 personnes dans les zones sinistrées ont reçu des messages d’alerte lors des grandes inondations de 2020 et 2021 grâce au système d’alerte précoce EWS1294 qui a été déployé et activé dans tout le pays.

Une adaptation de ce système pour fournir des avertissements plus précis dans les zones urbaines est en cours d’expérimentation avec le soutien de l’ONU. Pour soutenir les efforts nationaux, le Forum de réponse humanitaire, codirigé par les agences de l’ONU et les organisations de la société civile, assure une bonne coordination des actions de préparation et de réponse aux risques liés au climat.

Inondations au Cambodge. Photo fournie
Inondations au Cambodge. Photo fournie

L’ONU a amélioré la résilience en soutenant une protection sociale adaptée aux chocs et des articles non alimentaires, au profit de 170 000 personnes vulnérables touchées par les inondations, y compris la population carcérale et les personnes déplacées à l’intérieur du pays dans les sites d’évacuation, en 2020 et 2021.

En outre, l’éducation, le renforcement des capacités techniques et la participation des communautés ont contribué à accroître la résilience des communautés. Dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH) et de l’éducation, l’ONU fournit un soutien technique pour une programmation tenant compte des risques climatiques afin de renforcer la résilience de ces secteurs.

Interventions qui intègrent la conservation de l’environnement et la promotion d’activités économiques durables

L’ONU travaille avec les communautés et les autorités infranationales pour traduire la politique en pratique, en fournissant des outils, des compétences et de nouvelles opportunités pour les groupes vulnérables, en particulier les femmes, pour améliorer leurs moyens de subsistance, tout en promouvant l’utilisation durable des ressources naturelles. La conservation de la nature est importante pour faire face au changement climatique et construire des sociétés et des communautés résilientes.

Travail en rizière. Photo OIT
Travail en rizière. Photo OIT

Grâce à des interventions pilotes ciblées dans quatre provinces, les petits exploitants agricoles ont été initiés à de nouvelles techniques de culture, de restauration des terres et de gestion des ressources en eau pour une meilleure production et une rentabilité accrue, tout en renforçant les capacités d’adaptation au changement climatique.

Des groupes de productrices et d’épargnantes ont été formés, renforçant ainsi leur position au sein des communautés locales.

En 2020, 500 hectares de terres situées dans des concessions foncières économiques et gérées par des entreprises ont été restitués aux communautés autochtones, notamment des forêts sacrées, des forêts spirituelles, des cimetières et des terres de réserve.

En 2021, plus de 2 600 ménages ont bénéficié de mécanismes de financement durable pour la protection des forêts et les activités économiques respectueuses du climat dans 24 000 hectares de forêts communautaires et de pêcheries, et 15 500 hectares de zones protégées.

Financement innovant

L’ONU aide le gouvernement à encourager et à attirer des solutions et des instruments de financement innovants qui agissent comme un levier pour construire et soutenir des communautés locales résilientes au climat, leurs économies et leurs moyens de subsistance. Des données et des analyses sur le financement public externe et interne pour le changement climatique sont produites par le gouvernement chaque année avec le soutien de l’ONU.

L’ONU analyse actuellement la faisabilité des obligations vertes dans le cadre de la stratégie de financement des ODD, et évalue les mécanismes de financement mixte pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène, les conduites d’eau et la gestion des déchets solides.

L’ONU aide le gouvernement à établir un cadre réglementaire favorable pour attirer des crédits carbone de haute qualité, notamment pour le secteur forestier dans le cadre de REDD+. En collaboration avec le gouvernement, l’ONU facilite l’engagement du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique par le biais d’actions de plaidoyer, de sensibilisation, de dialogues et de développement de normes et de plates-formes pour favoriser les valeurs et les engagements partagés. L’ONU lance une nouvelle initiative de partenariat public-privé dans le pays, avec d’autres partenaires de développement. Le coût total initial du projet est estimé à 1,5 million de dollars US.

En octobre dernier, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a reconnu pour la première fois qu’un environnement propre, sain et durable était un droit de l’homme. Ce constat sert de tremplin pour faire pression en faveur de politiques économiques, sociales et environnementales transformatrices qui protégeront les personnes et la nature. Pour transformer les efforts en vue d’un modèle de développement économique durable et plus respectueux du climat, les stratégies d’adaptation et d’atténuation doivent être liées et contextualisées, et cibler et impliquer les groupes les plus vulnérables, notamment les enfants.

L’accent mis sur une économie verte au niveau mondial, avec des engagements de neutralité climatique de la part des pays et des entreprises, offre au Cambodge la possibilité d’attirer des investissements dans les technologies vertes, avec un grand potentiel pour stimuler la croissance économique et créer de nouveaux emplois.

Il est donc urgent de rendre l’économie et la société cambodgiennes plus résistantes aux chocs climatiques. Cela nécessite un ensemble d’approches, notamment des mesures réglementaires favorables, des solutions techniques et scientifiques, des financements innovants, des outils de gestion des risques, des innovations sociales et commerciales et l’engagement des jeunes. L’ONU est équipée pour aider le Cambodge à développer ces approches intégrées pour faire face aux impacts climatiques, en particulier pour les plus vulnérables, et soutenir le droit de tous les Cambodgiens à un environnement sain.

[1] Le rapport mondial de l’UNICEF sur l’indice de risque climatique pour les enfants classe le Cambodge au 46e rang mondial.

Sreysros Keo, Responsable de la communication et de la sensibilisation aux programmes.

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