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Cambodge : l'éducation, rempart contre le mariage des enfants dans les provinces du Nord-Est

Dans les provinces reculées de Ratanakiri et Stung Treng, une transformation silencieuse mais profonde est à l'œuvre. Les résultats d'un projet mené par Plan International Cambodia révèlent une chute spectaculaire des mariages d'enfants, corrélée à une nette amélioration de la scolarisation et de l'autonomisation économique des filles.

Kanada avec sa mère et sa fille, Manaka, 6 ans. Crédit photo : Thomas Cristofoletti
Kanada, jeune Cambodgienne avec sa mère et sa fille, Manaka, 6 ans. Crédit photo : Thomas Cristofoletti - Plan International Cambodia

Cette avancée, bien que locale, offre des enseignements précieux pour l'ensemble du pays, alors que le gouvernement cambodgien élabore un plan d'action national pour éradiquer cette pratique.

Dans les hauts plateaux du Nord-Est cambodgien, le destin de milliers de filles est en train de basculer. Là où, il y a encore quelques années, quitter l'école pour se marier avant 18 ans était une trajectoire courante, une nouvelle dynamique s'impose.

Selon l'étude finale du projet Time to Act! (Il est temps d'agir), mené par Plan International Cambodge dans 86 villages, la proportion d'adolescentes âgées de 18 à 22 ans mariées avant leur majorité est passée de 26,3 % à 9,5 % .

Plus significatif encore, les mariages avant 15 ans sont devenus résiduels, chutant de 2,5 % à seulement 0,6 % .

Kanada, une jeune femme de Ratanakiri, incarne cette rupture. Mariée à 17 ans, elle a pu, grâce à une formation professionnelle, ouvrir son propre atelier de réparation de motos. « Mon atelier a complètement changé ma vie et je suis très fière de le gérer. Je veux que toutes les filles continuent leurs études et construisent leur propre avenir, comme je l'ai fait », témoigne-t-elle dans le rapport de l'organisation .

Son histoire illustre parfaitement la corrélation mise en lumière par le projet : l'autonomisation économique est un puissant antidote au mariage précoce. Les chiffres sont éloquents : l'accès à l'emploi dans les six mois suivant une formation a bondi de 54,7 % à 94,1 %, et l'indépendance financière après un an atteint désormais 88,5 % des participantes .

Le rôle moteur de l'école et de la communauté

Ce recul du mariage des enfants ne doit rien au hasard. Il est le fruit d'une approche multisectorielle qui place l'éducation au cœur de la stratégie. Le projet Time to Act! a permis une progression remarquable de la scolarisation : le taux d'achèvement du collège (classe de 3e) chez les filles est passé de 36,5 % à 64,9 % . Parallèlement, l'accès à une éducation sexuelle complète a presque doublé, touchant désormais 96,7 % des jeunes, tandis que les pratiques d'enseignement soucieuses de l'égalité des genres ont été adoptées par une majorité d'enseignants .

Ces efforts locaux s'inscrivent dans une prise de conscience nationale. Le ministère des Affaires féminines, avec le soutien de Plan International, de l'UNICEF et de l'UNFPA, élabore actuellement un plan d'action national quinquennal pour la prévention du mariage des enfants et des grossesses précoces.

« Le mariage précoce reste un problème, en particulier dans les régions du Nord-Est comme Ratanakiri, Stung Treng et Mondulkiri », a reconnu Sar Sineth, porte-parole du ministère .

Une consultation nationale est en cours pour recueillir les recommandations des acteurs locaux et des jeunes, afin d'accélérer l'atteinte de l'objectif de développement durable n°5 sur l'égalité des sexes .

Un défi en miroir : le décrochage scolaire des garçons

Cependant, ces progrès remarquables pour les filles mettent en lumière un phénomène préoccupant qui pourrait, à terme, fragiliser l'équilibre social. Une étude nationale conjointe du gouvernement cambodgien et de l'UNESCO, publiée fin 2025, révèle que les garçons sont désormais plus nombreux que les filles à décrocher du système scolaire. Pour l'année scolaire 2024, le taux d'inscription était de 65 % pour les filles contre seulement 57 % pour les garçons. Au niveau secondaire, le taux d'abandon est de 17 % chez les garçons, contre 13 % chez les filles .

L'étude pointe des causes multiples : pression économique poussant les jeunes hommes vers le travail précoce, attentes culturelles, ou encore manque de soutien scolaire adapté. « Les politiques nationales ont involontairement négligé ces vulnérabilités », note le rapport, appelant à une stratégie globale pour maintenir les garçons à l'école, notamment par le renforcement des compétences fondamentales et l'amélioration des infrastructures rurales . Ce décrochage masculin pourrait créer un déséquilibre éducatif et, à long terme, professionnel, nouveau défi pour les politiques d'égalité.

Kanada et sa fille, Manaka, 6 ans. Crédit photo : Thomas Cristofoletti - Plan International Cambodia
Kanada et sa fille, Manaka, 6 ans. Crédit photo : Thomas Cristofoletti - Plan International Cambodia

L'autonomisation économique comme clé de voûte

Face à ce défi, le développement des compétences techniques et professionnelles (TVET) apparaît comme une piste privilégiée, tant pour les filles que pour les garçons. Le programme de partenariat entre l'OIT et la Chine a ainsi permis à plus de 78 000 Cambodgiens de bénéficier de formations, facilitant l'accès à l'emploi pour plus d'un millier de jeunes . Un nouveau protocole d'accord signé en août 2025 entre l'Institut de technologie de Battambang et un collège technique chinois vise à former les étudiants dans des secteurs d'avenir comme les énergies renouvelables ou la robotique .

« Ces résultats démontrent clairement que lorsque les filles sont autonomisées par l'éducation, la protection et les opportunités de développement économique, les taux de mariage des enfants diminuent et leur avenir s'élargit », s'est félicité Yi Kimthan, directeur pays par intérim de Plan International Cambodge .

Une conviction qui guide désormais l'action : pour que les progrès observés à Ratanakiri et Stung Treng essaiment durablement, un investissement soutenu de l'État et des partenaires est crucial. Cela passe par l'intégration systématique de l'éducation sexuelle à l'école, le renforcement des systèmes de protection de l'enfance et l'expansion de formations professionnelles adaptées au marché, en particulier pour les filles des communautés rurales et autochtones . Le combat contre le mariage des enfants, loin d'être gagné, se gagnera en maintenant toutes les filles, mais aussi tous les garçons, sur le chemin de l'émancipation.

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