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Cambodge–France : Paris pose les jalons d'un partenariat économique renforcé avant la venue de Macron

Deux jours à Phnom Penh, une feuille de route pour les mois à venir. Du 9 au 10 juillet, le ministre délégué français chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, Nicolas Forissier, a multiplié les rencontres avec les responsables cambodgiens et la communauté d'affaires française, dans une visite pensée comme le prélude direct au déplacement du président Emmanuel Macron à Phnom Penh en novembre prochain, à l'occasion du 20ᵉ Sommet de la Francophonie.

Nicolas Forissier, ministre délégué français chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité
Nicolas Forissier, ministre délégué français chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité

Un agenda dense pour une diplomatie économique offensive

En l'espace de quarante-huit heures, Nicolas Forissier a enchaîné les entretiens avec les principaux artisans de la politique économique cambodgienne : la ministre du Commerce Cham Nimul, le ministre des Mines et de l'Énergie Keo Rottanak, et le ministre de la Santé Chheang Ra. Le ministre délégué s'est également entretenu avec le vice-Premier ministre et ministre de l'Économie et des Finances, Aun Pornmoniroth, avant de retrouver les représentants de la communauté d'affaires française au Cambodge, aujourd'hui forte de plus de 200 entreprises implantées dans le Royaume.

Sa première étape, dès le matin de son arrivée, l'a conduit au nouvel aéroport international Techo, où il a rencontré les entreprises françaises impliquées dans sa construction et son exploitation quotidienne — symbole, selon lui, de ce que la France peut apporter en matière d'infrastructures durables.

Le déplacement cambodgien s'inscrivait dans une tournée régionale plus large, débutée en Malaisie les 8 et 9 juillet, confirmant l'intérêt renouvelé de Paris pour l'Asie du Sud-Est, une région que le ministre a qualifiée de rare pôle de croissance mondiale dans le contexte économique actuel.

Des échanges commerciaux dynamiques, mais un début d'année 2026 marqué par un coup de frein

Les chiffres avancés au cours de la visite varient légèrement selon les sources statistiques mobilisées de part et d'autre, mais dessinent une même tendance de fond : une relation commerciale en expansion sur le temps long.

Côté cambodgien, selon les données du département cambodgien des Douanes et Accises, le commerce bilatéral a atteint 568 millions de dollars en 2025, en progression de 11,7 % par rapport à 2024. Les exportations du Royaume vers la France se sont élevées à 447 millions de dollars, en hausse de 12,5 %, tirées principalement par le textile, la chaussure et les produits agricoles.

Côté français, la Direction générale des douanes et droits indirects retient un chiffre sensiblement supérieur — 1,75 milliard d'euros d'échanges en 2025, en progression de 17,5 %, portés notamment par l'aéronautique et l'agroalimentaire. Ces écarts statistiques, courants entre administrations douanières de pays différents, ne remettent pas en cause la trajectoire haussière observée sur l'année écoulée.

Le début de l'année 2026 introduit toutefois une nuance : le commerce bilatéral a reculé de 3,4 % au premier trimestre selon la DGDDI, pour s'établir à 357 millions d'euros, avec une balance commerciale française toujours déficitaire d'environ 300 millions d'euros sur la période. La tendance s'est cependant redressée au premier semestre : selon les chiffres cambodgiens cités lors de la visite, les échanges ont atteint 322 millions de dollars sur les six premiers mois de 2026, en hausse de près de 13 % sur un an, les exportations cambodgiennes progressant de 13,5 % et les importations en provenance de France de 10,5 %. De quoi conforter Nicolas Forissier dans son appel à « rester proactif » face à ce ralentissement ponctuel plutôt qu'à une tendance structurelle.

WorldBridge et SEMMARIS : un accord emblématique pour l'agroalimentaire

Point d'orgue économique de la visite, la signature d'un accord de services entre le groupe cambodgien WorldBridge et l'entreprise française SEMMARIS — gestionnaire historique du marché de Rungis — a marqué les esprits. L'accord porte sur la réalisation d'une étude de faisabilité pour la création d'un marché international de gros agroalimentaire moderne à Phnom Penh, un projet susceptible de transformer la logistique alimentaire du pays.

Énergie, santé, infrastructures : les secteurs prioritaires de la coopération

Les discussions de haut niveau ont largement porté sur la diversification des échanges, le développement d'infrastructures durables, la transition énergétique et le renforcement du système de santé cambodgien. Dans le secteur de l'énergie, Nicolas Forissier a évoqué avec Keo Rottanak un projet hydroélectrique de 800 mégawatts, évalué à 1,2 milliard de dollars, ainsi qu'un projet de valorisation énergétique des déchets à Phnom Penh. La France, a-t-il précisé, entend mener des études approfondies avant toute décision d'investissement et pourrait apporter sa technologie et son expertise technique — une coopération qui pourrait franchir une nouvelle étape lors de la visite présidentielle de novembre. Les projets d'énergies renouvelables adossés à des partenaires français représentent aujourd'hui environ 7 % du portefeuille cambodgien dans ce domaine.

Les deux ministres ont également abordé la coopération dans le secteur pétrolier et gazier, réaffirmant leur soutien à un règlement pacifique, fondé sur le droit international, du différend frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande dans la zone maritime contestée.

Dans le domaine de la santé, le projet de l'usine de traitement des eaux de Bakheng, soutenu par l'Agence Française de Développement, a été cité en exemple de ce que l'expertise française peut apporter au Royaume en matière d'infrastructures durables et d'investissements de long terme.

« Un partenaire de confiance, pas seulement un marché »

Lors de la conférence de presse tenue le 10 juillet à l'ambassade de France à Phnom Penh, Nicolas Forissier a résumé l'esprit de sa visite : selon lui, la France ne considère pas le Cambodge uniquement comme un marché d'exportation, mais comme un partenaire de confiance sur le long terme, dont la réussite économique rejoint les intérêts de Paris. Il a insisté sur la nécessité de poursuivre les investissements dans les secteurs alignés avec la trajectoire de développement du Royaume et son ambition de rejoindre le rang des économies développées.

Du côté cambodgien, Meas Sok Sensan, porte-parole du ministère de l'Économie et des Finances, a souligné que la visite renforçait la coopération économique bilatérale, ouvrait de nouvelles opportunités entre agences publiques et secteur privé, et contribuait à élargir la présence des entreprises françaises dans le pays. Le gouvernement cambodgien, a-t-il ajouté, poursuit ses efforts pour améliorer le climat des affaires en simplifiant les procédures et en renforçant la transparence du cadre réglementaire, avec l'ambition d'attirer des investissements dans l'industrie manufacturière, la technologie, la transformation agricole et le transfert de compétences.

Novembre 2026 : Macron confirmé pour un rendez-vous chargé de symboles

C'est sans doute l'annonce la plus attendue de cette visite : Nicolas Forissier a officiellement confirmé la participation d'Emmanuel Macron au 20ᵉ Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à Siem Reap en novembre 2026. Ce déplacement présidentiel interviendra soixante ans après le voyage historique du général de Gaulle à Phnom Penh, et trente-trois ans après celui de François Mitterrand en 1993 — un symbolisme fort pour une relation bilatérale qui souhaite tourner une nouvelle page.

Ce futur sommet réunira des pays représentant 16 % du PIB mondial et 20 % du commerce international, et servira, selon le ministre délégué, à actualiser le cadre bilatéral franco-cambodgien pour l'adapter aux priorités actuelles de développement du Royaume. Le déplacement de Nicolas Forissier au Cambodge s'inscrit d'ailleurs dans une séquence régionale plus vaste, marquée par le renforcement des partenariats stratégiques français avec le Vietnam, l'Indonésie, Singapour et la Thaïlande — confirmant que l'Asie du Sud-Est occupe désormais une place centrale dans la diplomatie économique française.

À quatre mois du sommet, la visite de Nicolas Forissier apparaît ainsi comme une double mission : préparer méthodiquement le terrain diplomatique pour Emmanuel Macron, tout en envoyant un signal clair aux milieux d'affaires français et cambodgiens sur l'ambition partagée des deux pays.

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