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Cambodge & Dossier : Salaire minimum textile — 212 dollars, jugés insuffisants par les syndicats

il y a 48 minutes
3 min de lecture

Le round 2027 s'est achevé mercredi : 212 dollars par mois, deux de plus qu'en 2026 — exactement la même hausse que l'an dernier, malgré une demande syndicale de 250,66 dollars. Pour les quelque 900 000 ouvrières et ouvriers du secteur, l'écart avec le coût de la vie, lui, reste entier.

Ouvrière dans une usine de confection au Cambodge. Photo : ILO Asia-Pacific
Ouvrière dans une usine de confection au Cambodge. Photo : ILO Asia-Pacific

2027 : deux dollars de plus, comme l'an dernier

Le round 2027 s'est achevé mercredi 30 septembre. Lors de la réunion finale du Conseil national du salaire minimum, les 51 membres ont voté entre deux chiffres : 210 dollars, soutenus par les employeurs, et 225 dollars, proposés par une partie des syndicats. Le premier l'a emporté par 47 voix contre 3, avec une abstention. Le Premier ministre Hun Manet y a ajouté deux dollars de sa propre initiative, portant le salaire minimum 2027 à 212 dollars par mois à partir du 1er janvier, et maintenu la prime temporaire de transport et de logement de 2,50 dollars négociée en juin. Primes comprises, la rémunération totale s'établira entre 229 et 240 dollars. Les syndicats indépendants, qui réclamaient 250,66 dollars, ont jugé la hausse insuffisante ; la présidente de la Cambodian Alliance of Trade Unions, Yang Sophorn, a dit son désaccord avec l'issue des négociations, estimant que cette hausse ne permettra pas aux travailleurs d'améliorer leur niveau de vie.

Les arguments du patronat

Du côté patronal, l'argumentaire est resté le même tout au long des quatorze réunions du round 2027. Les représentants des employeurs ont mis en avant un salaire déjà supérieur à celui de plusieurs pays concurrents dans la région, la baisse des exportations, la hausse du coût du transport international, et l'incertitude entretenue par les droits de douane américains, ramenés à 19 % en août après être passés par 36, puis 49 %. Nang Sothy, vice-président de la Fédération des employeurs et associations d'entreprises du Cambodge, a rappelé que le salaire de base ne représente qu'une partie du coût réel d'un salarié, une fois comptées les heures supplémentaires et les primes.

Pour Arnaud Darc, représentant patronal à l'International Business Chamber, la logique est celle d'un arbitrage : freiner les salaires pèse sur le pouvoir d'achat dans l'immédiat, mais fixer un niveau que le secteur ne peut pas absorber met l'emploi en danger à plus long terme.

Yiang Det, 22 ans, à Takeo

Le cas de Yiang Det, 22 ans, ouvrière dans une usine de Takeo, donne un visage à ce chiffre. Avant même l'issue du round 2027, elle expliquait déjà que le prix des biens et du carburant grignote tout, jusqu'à créer une pression autant économique que psychologique. Les deux dollars supplémentaires obtenus en septembre ne changent rien à ce calcul. Une enquête de l'Asia Floor Wage Alliance situe la dépense mensuelle moyenne des ouvrières du textile en nourriture et biens essentiels autour de 408 dollars, contre un revenu type, heures supplémentaires comprises, de l'ordre de 250 dollars — un écart qui pousse 91 % d'entre elles à contracter au moins un prêt, la dette moyenne étant passée de 5 000 à 6 000 dollars entre 2023 et 2024.

Un scénario déjà vu

Le scénario n'est pas nouveau. Le round 2026 avait suivi le même chemin : 208 dollars proposés par les employeurs, 232 dollars réclamés par les syndicats, et c'est déjà Hun Manet qui avait tranché, ajoutant deux dollars pour fixer le salaire à 210 dollars à partir du 1er janvier 2026. Depuis 2018, le salaire minimum a progressé de 170 à 212 dollars, par paliers de deux à six dollars — et, pour la deuxième année de suite, c'est un arbitrage de deux dollars venu du sommet de l'État qui a clos les débats.

Ce que la loi impose à l'employeur

La loi encadre aussi la mécanique du salaire : versement mensuel avec bulletin de paie en khmer, horaires plafonnés à 8 heures par jour et 48 par semaine, heures supplémentaires majorées de 50 % en journée et de 100 % la nuit ou le jour de repos. L'employeur cotise à la Caisse nationale de sécurité sociale à hauteur d'environ 5,4 % du salaire, dont 2 % pour une retraite devenue obligatoire en 2022 et appelée à grimper à 8 % en 2027. En cas de sous-paiement du salaire minimum, il doit rembourser l'écart avec intérêts et s'expose à une amende de 61 à 90 jours de salaire journalier de base, ou à une peine de prison de six jours à un mois.

Pour Yiang Det et les quelque 900 000 ouvrières et ouvriers du secteur, ces deux dollars aident un peu, sans combler l'écart avec le coût de la vie. La question reviendra, largement inchangée, lors du prochain round.

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