Cambodge & Arts : « Artcation », KS Blu et l’art du découper-coller

Leng Kimsreang, alias KS Blu, est une jeune plasticienne qui s’est spécialisée dans la pratique du collage. Participant au programme Artcation, KS Blu nous fait part de l’expérience qu’elle a retirée de cette résidence d’artiste, mais aussi de sa vision de l’art et de son fascinant pouvoir.

KS Blu et l’art du découper-coller
KS Blu et l’art du découper-coller

CM : Comment s’est déroulée votre résidence d’artiste ?

Tout s’est très bien passé, quelle expérience ! J’étais très excitée à l’idée de partager ma passion avec les communautés vivant à proximité de l’hôtel. Marcher dans le quartier m’a permis de faire évoluer ma propre perception, de voir les choses différemment, tout en apprenant beaucoup sur la vie quotidienne qui s’y déroule.

CM : Comment décririez-vous la ville de Battambang ?

Battambang est un lieu passionnant par ses traditions, son architecture et son esthétique. Nous pouvons y voir à travers ses bâtiments l’illustration de l’évolution de la société khmère. Beaucoup d’édifices respectent les schémas de construction ancestraux, mais l’enrichissement, au siècle précédent, de la classe sociale des commerçants s’est manifesté par un embellissement visible des structures, avec, par exemple, l’ajout de nombreux ornements. Ce mélange architectural, qui mixe les éléments traditionnels et les influences françaises aux ascendances chinoises peut être vu dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est, mais il est particulièrement présent ici à Battambang.

Avec les enfants de Battambang
Avec les enfants de Battambang

CM : Quand avez-vous commencé votre carrière artistique, et qu’est-ce qui vous attire dans cette pratique ?

Je n’ai vraiment commencé sérieusement qu’en 2020, lorsque j’ai participé à « Breath », une exposition collective de fin d’études organisée par la fondation SaSa Art Project.

L’art demeure un moyen fort de partager ses idées, sa vision du monde. L’art survit au raz-de-marée de l’information et parvient à rester une source d’imagination toujours surprenante. L’art a la faculté de modifier la perception, d’ouvrir la voie vers de nouvelles idées. Je ne pense pas que l’art soit porteur d’une « révolution », entendue au sens traditionnel du terme, mais j’ai pu constater les profondes réflexions qu’il peut induire sur les gens. Une seule nouvelle idée peut modifier la mentalité d’une personne. On ne change pas d’un instant à l’autre grâce à l’art, mais ce dernier diffuse son message lentement, presque insidieusement, à travers les esprits.

CM : Pourriez-vous nous décrire vos œuvres ?

Je crée des collages prenant pour thème des individus faisant face à certaines problématiques sociales ou culturelles. Je découpe du matériel glané dans les journaux et l’utilise pour réaliser mes portraits-collages.

Avec les enfants de Battambang
Avec les enfants de Battambang

CM : Exercez-vous une autre activité en dehors de votre pratique artistique ?

Oui, je travaille pour un promoteur immobilier, pour lequel je m’occupe du design intérieur et de la conception des bâtiments.

CM : Qu’est-ce qui vous a motivée dans cette résidence, et qu’y avez-vous trouvé ?

Ce n’est pas ma première expérience, puisque j’ai déjà séjourné au 4 Rivers Lodge en décembre dernier. Ces deux résidences m’ont permis d’explorer de nouveaux endroits, tout en m’offrant l’occasion d’intégrer les communautés locales et de partager énormément avec elles. C’est quelque chose de très intense que de constater l’éveil artistique des jeunes générations, de voir à quel point leur esprit peut s’avérer créatif et inspiré.