Cambodge 2025 & Tourisme : Une reprise en demi-teinte, des chiffres qui interrogent
- La Rédaction

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L’année 2025 a été un test crucial pour l’industrie touristique du Cambodge, révélant une reprise post-pandémique inégale, marquée par des signes prometteurs et des vulnérabilités persistantes.

Les données du Ministère du Tourisme peignent un tableau complexe : si certains indicateurs montrent une résilience, le secteur reste loin de ses sommets d’avant la crise, avec des flux touristiques en baisse et une transformation profonde de ses marchés émetteurs.
Une reprise en demi-teinte : des chiffres qui interrogent
En 2025, le Cambodge a accueilli 5,57 millions de touristes internationaux, soit une baisse de 16,9% par rapport à 2024 (6,7 millions) et un recul de 15,7% par rapport au niveau pré-pandémique de 2019 (6,61 millions).
Ce constat est le premier signal d’alerte : la reprise n’est pas linéaire et le secteur peine à retrouver son dynamisme d’antan.
Une analyse saisonnière révèle une année 2025 particulièrement atone en deuxième partie. Les troisième et quatrième trimestres ont enregistré des chutes vertigineuses (respectivement -38% et -37,2% par rapport à 2024), effaçant les légères progressions du premier semestre. Le mois de décembre 2025 symbolise cette morosité, avec seulement 396 911 arrivées, en baisse de 43,2% par rapport à décembre 2024.
La transformation des modes d’accès et la chute des voisins
La répartition par mode de transport illustre un changement structurel majeur :
La voie aérienne reprend du poids (51,3% des arrivées en 2025), portée notamment par une forte croissance des arrivées via l'aéroport de Sihanoukville (+144,5%). L'aéroport de Phnom Penh (PNH) retrouve quasiment son niveau de 2019.
À l’inverse, les arrivées par voie terrestre et maritime s’effondrent (-37%). Ceci est directement lié à la chute brutale des touristes en provenance des pays voisins de l’ASEAN, dont les arrivées ont plongé de 34,5% en 2025.
C’est là un des enseignements majeurs de ce rapport : la géographie du tourisme cambodgien se recompose. Le marché traditionnel de l’ASEAN, notamment la Thaïlande (-52,4%) et le Laos (-60,7%), recule fortement. Le Vietnam, premier pourvoyeur, résiste mieux mais affiche tout de même une baisse de 8,8%.
Les nouveaux moteurs : la Chine et la diversification régionale
Dans ce paysage en mutation, une lueur d’espoir vient de la reprise spectaculaire du marché chinois. Avec 1,2 million de visiteurs en 2025, la Chine enregistre une hausse de 41,5% par rapport à 2024 et représente désormais 21,6% de tous les touristes internationaux. Elle redevient le moteur principal de la reprise.
Par ailleurs, on observe une diversification positive vers d’autres régions :
L’Europe montre une croissance globale de +3,2%, avec des performances remarquables du Royaume-Uni (+10,4%), de la France (+3,4%) et de plusieurs pays d’Europe de l’Est (Pologne +20,7%, Ouzbékistan +143,6%).
Les Amériques restent stables (-1,9%).
L’Afrique affiche une croissance encourageante de +8,7%, tirée par l’Afrique du Nord et des pays comme le Maroc ou la Tunisie.
Tourisme interne : le pilier domestique reste solide
Face à la volatilité du tourisme international, le marché domestique apparaît comme un pilier de stabilité. Le nombre de visiteurs cambodgiens (KHM) dans les différentes régions a augmenté de 11,7% en 2025.
Phnom Penh et la Zone Côtière (incluant Sihanoukville) enregistrent une forte fréquentation locale. Cette vitalité du tourisme intérieur compense partiellement la baisse des visiteurs étrangers et assure une activité économique minimale aux infrastructures hôtelières et de services.
Perspectives économiques
Les données de 2025 soulèvent des questions cruciales pour l’avenir du secteur, qui contribue à environ 9,4% du PIB en 2024 (contre plus de 12% avant la pandémie).
Dépendance accrue à la Chine : La reprise s’appuie fortement sur un seul marché, ce qui comporte des risques en cas de retournement.
Érosion de la compétitivité régionale : La chute des arrivées de l’ASEAN suggère une perte d’attractivité ou des barrières logistiques et tarifaires avec les pays voisins.
Nécessité de diversification : Le développement ciblé des marchays européens, asiatiques hors ASEAN et émergents (Afrique, Moyen-Orient) doit être une priorité stratégique.
Montée en gamme : Avec une durée moyenne de séjour qui stagne autour de 7,1 jours et des dépenses touristiques à reconstruire, la qualité de l’offre et l’expérience visiteur sont clés.
Croisée des chemins
L’année 2025 n’est pas celle du grand retour pour le tourisme cambodgien, mais celle d’une mutation douloureuse et nécessaire. Le secteur est à la croisée des chemins : il doit surmonter la perte d’une partie de sa clientèle régionale traditionnelle tout en capitalisant sur le retour des visiteurs à longue distance et sur la robustesse de son marché intérieur.
La route vers une reprise complète et durable sera longue. Elle exigera des politiques touristiques agiles, des investissements dans la connectivité aérienne, une promotion marketing différenciée par marché, et une offre renouvelée qui met en valeur non seulement les joyaux comme Angkor, mais aussi les destinations côtières et les expériences d’écotourisme. Le Cambodge a les atouts pour rebondir, mais la concurrence régionale est féroce, et le temps de l’adaptation est venu.







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