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Bordeaux-Paris sans escale : le hip-hop cambodgien ne fait que commencer

Le 3 juillet, au Bien Public de Bordeaux, une salle a vibré au rythme du breaking et d'un dj set khmer pour lancer Hip Hope Community for Cambodia. Ce n'était qu'un premier acte : le 8 juillet, la mobilisation se poursuit à Paris avec la Tiny Jam. Objectif commun, porté par l'association bordelaise Le Grand Crew : construire, par la danse, un pont durable entre la scène hip-hop française et deux structures cambodgiennes de terrain, Tiny Toones et le Rombak Battle.

Bordeaux-Paris sans escale : le hip-hop cambodgien ne fait que commencer

Bordeaux, l'étincelle d'un mouvement

Il fallait bien une ville où le breaking a ses lettres de noblesse pour ouvrir le bal. Au Bien Public, lieu culturel du quartier du Belvédère, la soirée avait été pensée comme une expérience complète : projection du documentaire « Welcome to Phnom Penh » signé Kevin Fillet pour Radikal Magazine, conférence avec les invités d'honneur venus tout droit du Cambodge, exposition photo, battle break 1 vs 1 qualificatif pour le Rombak Battle de Phnom Penh, et dj set jusqu'au bout de la nuit. La mémoire y côtoyait la fête, et chaque euro récolté partait directement soutenir deux associations engagées à des milliers de kilomètres de là.

Le choix de Bordeaux n'a rien d'un hasard : c'est la ville d'origine de Davy Ung, alias DJ Davy Jones, membre fondateur du collectif Le Grand Crew et initiateur du projet. Franco-cambodgien, break DJ reconnu sur la scène hexagonale, il porte Hip Hope Community comme un projet à la fois artistique et intime — celui de relier la scène hip-hop française à la jeunesse d'un pays dont il est lui-même issu.

Kay Kay et Vibol Lim, deux trajectoires au service de la jeunesse

Autour de Davy Ung, deux figures cambodgiennes ont fait le déplacement en France pour l'occasion. Tuy « Kay Kay » Sobil d'abord, fondateur de Tiny Toones : né dans un camp de réfugiés en Thaïlande après la période des Khmers rouges, il a grandi aux États-Unis avant de revenir s'installer à Phnom Penh, où il a commencé à enseigner le breakdance dans la rue à des enfants livrés à eux-mêmes. Vingt ans plus tard, ce qui a débuté dans son salon est devenu un centre culturel accueillant chaque jour plus d'une centaine d'enfants et d'adolescents, entre cours de langues, ateliers informatiques, breakdance, DJing et production musicale.

À ses côtés, Vibol Lim, cofondateur du Rombak Battle il y a treize ans, à une époque où la scène breaking cambodgienne manquait cruellement de structures. Devenu l'un des rendez-vous majeurs du breaking en Asie du Sud-Est, l'événement a permis à des générations de danseurs cambodgiens de gagner en visibilité internationale. À Bordeaux, c'est lui qui a supervisé la qualification officielle donnant au vainqueur une invitation à rejoindre la prochaine édition du Rombak Battle, à Phnom Penh.

« Désormais, chaque jour quand je rentre à la maison, il y a environ vingt enfants chez moi qui regardent des dessins animés sur cette grande télé. Et je leur ai dit : je vais vous appeler les Tiny Toones. »

Paris prend le relais : rendez-vous le 8 juillet pour la Tiny Jam

La dynamique lancée à Bordeaux ne s'arrête pas là. Le 8 juillet, de 9h30 à 1h du matin, la Mairie du 13e arrondissement et le Digital Village accueilleront la Tiny Jam, coorganisée avec l'association Yuvachun, réseau mondial de jeunes et de passionnés de culture khmère. Une journée pensée comme un prolongement naturel de Bordeaux, avec un fil conducteur commun : la rencontre entre générations et territoires par la culture hip-hop.

Au programme : une interview de Kay Kay et Vibol Lim par Banh Mi Média dès l'ouverture, un atelier de breakdance gratuit et ouvert à tous âges, un cypher, une performance live mêlant danse et arts visuels avec l'artiste Jakman, une battle exhibition opposant un crew khmer au reste du monde, et un temps d'échanges et de témoignages avec des artistes cambodgiens. La journée se clôturera au Digital Village par une jam et un dj set, en clin d'œil à l'héritage du Soul Train.

Sur place, un stand accueillera le public à l'entrée de la Maison du Cambodge pour présenter les deux associations soutenues et proposer une vente de t-shirts, tandis qu'un autre stand fera découvrir la culture khmère par le goût, entre thé glacé et brochettes de citronnelle. Comme à Bordeaux, l'intégralité des fonds récoltés sera reversée à Tiny Toones et au Rombak Battle.

Une ambition qui dépasse la date

Car Hip Hope Community ne se pense pas comme un simple événement ponctuel, mais comme le point de départ d'une initiative appelée à durer. Les organisateurs évoquent déjà des résidences artistiques, des workshops, des échanges universitaires et des collaborations documentaires entre la France et le Cambodge dans les années à venir. Une manière, disent-ils, de rappeler que le breaking et les cultures urbaines asiatiques constituent un patrimoine culturel contemporain à part entière, encore trop peu représenté dans les espaces culturels traditionnels.

Pour Tiny Toones comme pour le Rombak Battle, l'enjeu est aussi très concret : les deux structures dépendent presque entièrement des dons pour financer leur fonctionnement quotidien, qu'il s'agisse des repas des enfants, du matériel pédagogique ou, pour Tiny Toones, de la finalisation d'un nouveau bâtiment actuellement en construction à Phnom Penh. Une cagnotte solidaire reste ouverte sur HelloAsso pour accompagner cette mobilisation franco-cambodgienne, dont l'histoire, entre Bordeaux et Paris, ne fait sans doute que commencer.

Instagram : @hiphopecommunity — Collecte solidaire : https://www.helloasso.com/associations/le-grand-crew/formulaires/1

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