Arts : FT Gallery et Murales du Cambodge, derrière le succès, une vision et une histoire d’amitié

Les projecteurs et micros se sont éteints, mais les peintures, tableaux et murales peuvent toujours être admirés dans les murs de la FT Gallery située dans l’enceinte de l’espace communautaire The Factory.

Quentin et Fonki
Quentin et Fonki

Derrière cette superbe et enthousiasmante manifestation artistique qui s’est déroulée sur trois jours et qui a réuni artiste-peintres, graffeurs, photographes, designers, musiciens et danseurs, se trouve le duo Fonki & Quentin, deux amis qui partagent la même vision et l’envie de proposer des initiatives différentes et inspirantes sur la scène artistique cambodgienne.

Entretien souriant avec deux « compères » lors du festival « Murales pour le Cambodge » :

CM : Si on ne présente plus l’artiste Fonki, pouvez-vous nous parler un peu de Quentin ?

Quentin : Je m’appelle Quentin Conesa, je suis d’origine marseillaise. Je viens de Montréal et je suis venu pour ce projet initié par mon pote Fonki, que je connais depuis qu’il est adolescent.

Murales pour le Cambodge
Murales pour le Cambodge

Il m’a parlé du projet FT Galery il y a un an et quelques mois et il m’a fait part d’un deal intéressant pour occuper l’espace. Donc, il avait besoin de quelqu’un pour le seconder dans ce projet. Je crois que nous avons trouvé de bonnes idées, et là, nous sommes en plein dans l’un de ces projets, Murals of Cambodia.

CM : Parlez-nous de la naissance de FT Gallery

Fonki : J’ai signé en avril 2020, c’était le début de la pandémie. Ensuite, j’ai été bloqué sept mois à Bangkok. Je m’y étais rendu deux mois pour la naissance de ma petite fille, mais, nous avons dû y rester sept mois. J’ai donc appelé Quentin, je lui ai parlé de mon ambition et de tout le bien que je pensais de The Factory et des projets rattachés. C’est un endroit où j’avais commencé à peindre avec des amis de Montréal, c’était un « nouveau terrain de jeux ».

« Après trois ans et quelques événements, je me suis dit qu’il fallait que je construise un projet, mais j’étais un peu partagé entre le désir de garder ma liberté de mouvement et les contraintes liées à la gestion d’un projet local. »

Je voulais un projet bien mené, une scène culturelle « clean ». En clair, j’avais besoin d’un bras droit. J’ai donc demandé à Quentin s’il était intéressé par le job. Ensuite nous avons agrandi l’équipe.

Spectacle lors des Murales pour le Cambodge
Spectacle lors des Murales pour le Cambodge

Quentin : Pour ma part, je sortais de sept ans d’université dans le secteur « Business et administration », vrai que cela n’a pas grand-chose à voir avec le culturel, mais j’ai un parcours assez éclectique. J’ai même préparé des études d’arts plastiques avec mon ami Fonki. En fait, au final, avec ce travail, je lie un peu tout, culture, direction des opérations et business.

Quand Fonki m’a sollicité, je travaillais dans une fabrique de jets privés. Je m’occupais de l’acheminement des pièces et autres. Quand Fonki m’a appelé, j’ai à peine hésité, j’ai raccroché le téléphone, j’ai démissionné et suis parti pour le Cambodge, c’était il y a un an et demi. Ce n’est pas mon premier contact avec le Cambodge, je m’y étais rendu rapidement il y a huit ans.

« Mais, le Cambodge est rentré en moi avant que je rentre au Cambodge »

Je connaissais Fonki, toute sa famille et la communauté khmère de Montréal depuis de nombreuses années.

Fonki : il y a une communauté cambodgienne à Montréal assez dynamique. Pas aussi importante qu’aux États-Unis, mais intéressante. Montréal est une ville de festivals, il y a en chaque été et toutes les communautés y sont représentées. Ce sont des événements assez populaires. Et Quentin avait déjà travaillé avec nous au sein de ces événements culturels. Il a même fait le MC pour des manifestations cambodgiennes traditionnelles.

Premier soir des spectacles des Murales
Premier soir des spectacles des Murales

CM : il s’agit donc surtout d’une histoire de copains...

Quentin : Oui, il y a une passion commune pour la culture et l’organisation d’événements. Pour revenir sur mon parcours, c’est varié, mais il y a une certaine logique avec un dénominateur commun : l’art.

D’ailleurs ma mère était musicienne et, grandissant dans cet environnement, j’ai vu à quel point l’art s’avérait passionnant. J’ai donc cherché à utiliser mes qualités d’organisateur pour canaliser cette profonde envie de mettre l’art en valeur de la meilleure des façons.

CM : Pourquoi avoir choisi le nom FT Gallery et non pas Fonki and Co ou autre chose ?

Fonki : En fait FT est le nom de l’équipe avec qui j’ai commencé à travailler il y a quinze ans, FT Production. Le premier projet officiel local de FT production a été l’exposition au Rosewood de Phnom Penh il y a deux ans, avec l’aide mon épouse Tatiana qui est aussi la co-fondatrice de FT production.

Nous avons aussi travaillé sur des documentaires avec FT Images, il y a donc plein d’origines et de signification dans ces initiales. On pourrait y ajouter aussi une connotation plus personnelle avec Fonki & Tatiana… mais aussi Fun Times, Featuring Talents, Family Tradition… etc.

« En fait FT reflète la philosophie du projet : Featuring, c’est-à-dire inviter des talents et faire naître des collaborations »

Et, pour conclure, j’avais besoin de quelqu’un de confiance pour aider à construire ce projet et, il n’y avait pas photo, il fallait que ce soit Quentin.

J’ai tenu aussi à bien dissocier Fonki l’artiste avec ses projets personnels de murales et de séries web et le projet FT Gallery même s’il existe un esprit commun. Je tiens à garder une indépendance artistique et financière vis-à-vis de la galerie tout en ayant fait les efforts et investissements nécessaires pour que ce projet puisse démarrer dans de bonnes conditions.

Une belle affluence pour cette première édition
Une belle affluence pour cette première édition

Par exemple, ce festival-ci, Murals for Cambodia, tient son QG à FT Gallery et bénéficie de son soutien et de sa logistique, mais il a été créé sous la bannière Fonki World Studio, car il se projette au-delà des murs de la galerie et de The Factory. Nous avons prévu de nous déplacer dans les provinces pour peindre des petites écoles.

CM : êtes-vous satisfaits du déroulement du festival ?

Quentin : Nous sommes assez contents, au 2e jour, nous avions déjà plus de 3000 visiteurs. Ce qui est pas mal si on tient compte de l’environnement lié aux conditions sanitaires. S’il y a eu quelques annulations, nous avons tout de même bien travaillé avec The Factory pour appliquer les mesures de prévention et que les visiteurs se sentent en sécurité lorsqu’ils se rendent à nos événements.

CM : Organisation lourde ?

Quentin : Oui et non. Nous nous sommes mobilisés en permanence, sept jours par semaine. Mais, quand le travail est bien effectué et qu’on s’entoure des bonnes personnes, cela se passe bien.

CM : Comment choisissez-vous les artistes ?

Fonki : C’est une première édition, avec les incertitudes du Covid. Et, je tenais vraiment à organiser ce festival. Dès que le pays a rouvert, j’ai discuté avec plusieurs de mes amis artistes basés à étranger, j’ai tenté de les rassurer et de les faire venir.

« Notre intention consiste à promouvoir les talents locaux, mais aussi d’inviter des artistes connus de l’extérieur pour internationaliser l’événement et proposer des expériences différentes et inspirantes au public et aussi aux artistes. »

Je souhaitais aussi inviter des artistes qui sont familiers avec le pays et la plupart de ceux qui sont venus le connaissaient déjà.

Il y a aussi des amis, des connaissances, des artistes que nous avons rencontrés sur d’autres scènes qui se sont joints aux murales.

Quentin : C’est moi qui étais chargé du « recrutement » des artistes de scène, j’ai donc cherché, je me suis renseigné. J’ai aussi beaucoup discuté avec nos amis de KlapYaHandz. Sur des recommandations, ou même de simples avis, j’ai pu rencontrer quelques artistes qui comprenaient bien le projet et qui se sont joints à nous.

Fonki : Il y a eu aussi quelques découvertes. Le groupe META que j’avais vu au Rosewood, par exemple, a accepté de faire partie du projet.

CM : Comment rentabiliser une telle opération ?

Fonki : Une fois que l’organisation montre qu’elle est solide et bien rodée, les sponsors sont plus enclins à travailler avec nous. Au début FT Gallery a fonctionné avec mes ventes d’œuvres, puis des partenariats avec des entreprises locales, en l’occurrence Tiger Beer pour ces murales, ont pu voir le jour.

Le fait d’être partenaire avec The Factory nous facilite également grandement la vie lors de l’organisation de ce type de manifestation artistique. Nous avons aussi la chance de travailler avec des sponsors qui nous laissent une grande liberté de manœuvre dans notre vision artistique.

CM : Un autre festival en 2023 ?

Fonki & Quentin : Oui, avec une programmation encore plus ambitieuse. En réalité, nous souhaitions organiser cet événement lors de l’ouverture de la FT Gallery, mais, nous avons dû revoir nos ambitions en raison de plusieurs facteurs.

Mais, une chose est certaine, c’est une manifestation culturelle et artistique qui se déroulera chaque année. Le succès de cette première édition et l’enthousiasme des artistes nous y encouragent fortement !

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