Éclats de lumière cambodgienne : « Shadows » et « Incident on the mountain », deux pépites du cinéma d’auteur khmer
- La Rédaction

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Sur la scène internationale du cinéma d'auteur, le Cambodge brille à nouveau. Deux courts-métrages portés par une nouvelle génération de cinéastes khmers viennent d’être sélectionnés dans deux des festivals les plus prestigieux du monde : « Shadows » de Prum Sreileak, qui fera sa première mondiale au Festival International du Film de Rotterdam (IFFR 2026), et « Incident on the mountain », bientôt en compétition à la Berlinale 2026.

Ces deux œuvres, bien que distinctes dans leur univers, incarnent la même aspiration : raconter des histoires cambodgiennes avec authenticité, audace, et une vision résolument féminine.
« Shadows » : le clair-obscur d’une âme cambodgienne
Réalisé par la jeune cinéaste Prum Sreileak, le film s’impose dès ses premières images comme une œuvre profondément personnelle et poétique. Porté par le jeu sensible de Ty Sokun Theary et Mao Sreychhnas, le film explore la mémoire, l’introspection et la part d’ombre que chacun porte en soi. Sa narration elliptique et sa mise en scène subtile traduisent une élégance rare dans le cinéma émergent cambodgien.
Le projet a pu voir le jour grâce à LinDa Saphan, chercheuse, artiste et initiatrice d’un programme de soutien aux réalisatrices cambodgiennes. Entourée d’un collectif de productrices cambodgiennes-américaines – Annong et Anname Phann, Beni Chhun, Nina You, et Thavary Krouch – elle a bâti un écosystème créatif transnational qui relie la diaspora et la scène locale.
La production exécutive de Danech San, déjà remarquée à Cannes avec A Million Years, et la photographie délicate de Parinee Buthrasri donnent au film une texture sensorielle, presque tactile. C’est un cinéma de silences, de souffles, d’émotions contenues – une voix singulière du Cambodge contemporain, portée par des femmes qui refusent la répétition des récits convenus.
« Incident on the Mountain » : un sommet de collaboration et de maîtrise
À quelques milliers de kilomètres de Rotterdam, Berlin s’apprête à découvrir "Incident on the Mountain", autre fierté du cinéma cambodgien. Ce film, développé à partir du Chakto Script Lab – un programme d’écriture lancé par Anti-Archive et l’Institut français du Cambodge – témoigne de la montée en puissance d’un cinéma d’auteur local nourri par l’accompagnement international.

La production, mêlant techniciens cambodgiens et partenaires régionaux venus de Thaïlande et du Myanmar, illustre le dynamisme créatif de l’Asie du Sud-Est. Avec le soutien de Wim Vanacker, figure respectée de la résidence Sélection Script en Europe, et une équipe artistique menée par Danech San, Vincent Villa (sound designer) et Songsit Kasiroek (directeur de la photographie), le film s’affirme comme un acte collectif de cinéma.
Aux côtés de l’équipe artistique, des figures bien connues de la scène indépendante cambodgienne – Chou Davy, Daniel Mattes, Pich Reach et Kong Vollak – ont contribué à la concrétisation d’un projet aussi exigeant qu’émouvant.
Une génération en pleine ascension
Ces deux sélections, à Rotterdam et à Berlin, confirment la maturité artistique du cinéma cambodgien contemporain, que des maisons de production comme Anti-Archive, Kongchak Pictures ou Apsara Films façonnent avec passion.
Elles traduisent aussi l’émergence d’une voix féminine forte, qui réinvestit les thèmes de la mémoire, de la violence et de la reconstruction identitaire à travers des récits sensibles et universels.
Pour un pays dont le cinéma renaît à peine de plusieurs décennies de silence, ces réussites marquent plus qu’un succès artistique : elles symbolisent une réappropriation, une reconquête de l’imaginaire.







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