Made in Siem Reap Fair : Christophe Hiriart, le Libre Esprit affûté

Phnom Penh accueillera ce weekend 19 artisans de Siem Reap qui présenteront leurs produits à la toute première « Made in Siem Reap Fair ». Organisé en coopération avec la section de la Chambre de commerce française à Siem Reap, et Beyond Retail Business (BRB) Cambodia. La foire aura lieu les samedi 30 janvier et dimanche 31 janvier au premier étage de 313 Sisowath Quay. L'entrée est gratuite. Parmi les exposants : Ammo Designs, Rokhak Women Handicraft, Esprit Libre, NS Shop Scrup, Norea, Sra Thnam, Artisans d'Angkor, Qbee, Wat Chocolate, Kambio Nature, Eric Raisina, Senteurs d'Angkor, Maison Sirivan, Bandrui, Oko Gallery, Morodock Ceramics, Soieries du Mekong, Seung Khmer Design et Garden of Desire.

Aujourd’hui, redécouvrez Esprit Libre

 

Homme aux mille vies et aux mille rêves, tout aussi à l’aise en treillis qu’en costume-cravate, Christophe Hiriart n’a pas hésité, au cours de son existence, à emprunter de nombreux chemins.

Christophe Hiriart, le libre esprit
Christophe Hiriart, le libre esprit

De l’Armée de l’Air aux Artisans d’Angkor, en passant par la direction de production en usine, la phrase « repartir de zéro » revient régulièrement au cours d’une conversation au cours de laquelle l’artisan aux multiples facettes se dévoile. Avec, comme toile de fond, un amour constant : celui de la coutellerie érigée comme œuvre d’art.

Premier couteau

Dans la boutique attenante au bar Superfly, Christophe dévoile l’espace qui lui est dévolu. Sur une table s’étalent des dizaines de couteaux, dont les lames reflètent la lumière ambiante. De toutes tailles et de tout style, du poignard de chasse au couteau de cuisine, ses créations trahissent à vue d’œil des décennies d’expérience et de savoir-faire. Derrière la table, sur une étagère, trônent aussi des objets en cuir, sacs, portefeuilles et, bien sûr, étuis allant de pair avec les couteaux. Tous ces objets, qu’ils soient de cuir ou de métal, ont été entièrement conçus et fabriqués par Christophe, qui a commencé à exercer ses talents manuels dès l’enfance.

« J’ai toujours eu la chance de disposer de tout le matériel nécessaire à portée de main. C’est dans l’atelier de mon père que j’ai appris à souder à l’âge de 10 ans. Deux ans plus tard, je forgeais mon premier couteau. Il n’était pas très beau, mais j’en étais très fier ! »

Il n’a que 6 ans lorsqu’il reçoit un couteau comme cadeau, « Un Pradel, je m’en souviens comme si c’était hier. Il ne me quittait jamais, et j’étais fasciné par ce merveilleux objet. »

Cette passion pour la coutellerie ne le quittera presque jamais, hormis lors d’une courte période de doute qui n’aura de toute façon pas duré. Plus que jamais, le voilà motivé, se réveillant la nuit pour noter les idées qui lui traversent l’esprit et effectuer des croquis qu’il matérialisera plus tard. Ce directeur technique d’Artisans d’Angkor, sans activité suite à la fermeture temporaire des ateliers de la célèbre enseigne, consacre la majeure partie de son temps à concevoir et forger dans son atelier les couteaux qui font la réputation de la marque « Esprit Libre ».

Carrière militaire

Ne lui dites surtout pas qu’il fabrique des armes :

« Le couteau est un objet bien plus complexe pour se résumer à cette seule définition. C’est quelque chose que l’on utilise aussi pour le jardinage, la chasse et la pêche, l’art de la table, la cuisine…»

« Mais c’est aussi et surtout un formidable outil de convivialité et de partage. Nous avons tous connu ces moments où pain, fromage et charcuterie sont étalés sur la table, un beau couteau posé juste à côté, prélude à des moments de rare complicité. » La complicité, et donc l’amitié, Christophe Hiriart en a fait une vertu cardinale, apprise dès son adolescence. Fils d’architecte déménageant quasiment tous les ans, le jeune Christophe développe une fascination pour les avions et décide de devenir pilote de chasse. Il s’engage dans l’armée de l’Air alors qu’il n’a que 15 ans, réussit tous les concours, mais ne peut piloter suite à la fermeture des filières de formation internes.

Même si la perspective de rester au sol l’enrage, il prend la chose avec philosophie et s’estime déjà heureux d’exercer dans l’Armée de l’Air. « À peine sorti de l’adolescence, et pas encore tout à fait adulte, l’armée offre de nombreux avantages et constitue une sorte de deuxième famille. Des liens très forts s’y sont noués tout au long des 14 années passées sur les terrains d’opérations. Du Tchad, qui marque ma première expérience en 1987, à la Bosnie, en passant par la Centrafrique, la Somalie, le Rwanda et le Liban, de tout cela, je n’essaie de ne garder que les bons souvenirs, même si les mauvais continuent encore de me hanter. »

De Bordeaux à Phnom Penh

Les Balkans auront raison de lui et précipitent son retour à la vie civile. « À 28 ans, c’est comme si je rentrais enfin dans l’âge adulte. Dans l’armée, le soldat est encadré et ne doit accomplir quasiment aucune démarche administrative. Lorsque l’on en sort, il faut intégrer de nouveaux schémas, de nouveaux cadres de vie qui sont loin d’être évidents. » Tenté par l’Afrique, il reçoit alors qu’il a à peine quitté l’uniforme une proposition d’embauche à Bordeaux, où il restera pendant 11 ans. « J’avais des diplômes en mathématique, informatique et électronique, et me suis retrouvé en charge de la modernisation d’une grande usine. Puis, peu à peu, j’y ai gravi les échelons, finissant directeur de la production. J’y ai énormément appris, fait des rencontres décisives, mais au bout d’un moment, j’ai fini par m’y ennuyer. Rien n’est pire que l’ennui dans une activité professionnelle ! Et puis, l’aventure me manquait… C’est alors que je pris connaissance, en 2006, d’une offre d’emploi pour un poste de directeur de production à Phnom Penh, dans une entreprise de coutellerie. J’ai été engagé, ma compagne a décidé de me suivre dans ce nouveau chapitre de notre vie, et nous nous sommes installés dans une région du monde qui m’avait toujours attiré. Tout cela pour exercer dans le domaine des couteaux. Le rêve ! »

Magie du Cambodge

Car jamais, au cours de ses carrières, Christophe n’avait mis sous parenthèse ses talents de coutelier. À l’armée, il utilisait débris de véhicules et éclats d’obus pour forger ses lames. À Bordeaux, les ateliers de l’usine n’étaient qu’à une cinquantaine de mètres de son logement de fonction. Profitant de ses weekends pour se rendre à Thiers, haut lieu de la coutellerie française, il rencontre des artisans qui l’initient à leurs secrets de fabrication. Pour réaliser les étuis qui accompagnent ses lames, il se lance aussi dans le travail du cuir. Fort de ces expériences, il passe quelques années chez Citadel à Phnom Penh, apprend le khmer et se laisse peu à peu gagner par la magie du Cambodge.

« Le coup de cœur n’a pas été immédiat, c’est allé plutôt crescendo. Phnom Penh ne m’a vraiment séduit qu’après quelque temps, mais c’est maintenant une ville que j’adore »

« Le Cambodge a quelque chose de magique, mais cette magie, il faut être en mesure de la voir, de l’admirer et d’en profiter. Lorsque l’on est sensible à tous les détails, parfois triviaux, qui ponctuent le quotidien, on s’aperçoit que le bonheur est à portée de regard. »

Vague à lame

Après 6 ans passés à Artisans d’Angkor, la suspension provisoire des activités de l’entreprise sociale l’a récemment poussé à se consacrer pleinement à l’art de la coutellerie. « Pourtant, j’ai traversé une période où je ne voulais plus en entendre parler, une sorte de ras-le-bol qui m’a pris après mon expérience à Phnom Penh. Mais l’amour des couteaux a finalement été plus fort que la lassitude, et la motivation a repris de plus belle. » Tout comme les commandes, auxquelles il prête un soin tout particulier. « Rien qu’à observer la manière dont une personne se tient, en regardant ses mains, ses yeux, sa façon de se saisir et de toucher un couteau ou une pièce de cuir, j’arrive à me faire une idée précise du type d’objet qu’il ou elle désire. Car loin d’être réservée à la seule clientèle masculine, la coutellerie plaît aussi énormément aux femmes. »

Christophe Hiriart
Christophe Hiriart

Ne cessant de créer, Christophe Hiriart souhaiterait ouvrir une boutique à Phnom Penh. Et se rêve aussi dans un atelier/bar, réunissant en un lieu idéal artisanat et amitié. D’un tempérament à la fois fonceur et réfléchi, il entend quoi qu’il en soit continuer de suivre son instinct.

« De toute façon, dans la vie, on ne perd jamais : soit on gagne, soit on apprend. »

Christophe Hiriart peut être contacté au 077 725 167. Ses réalisations sont disponibles à la boutique du Superfly, Wat Damnak Road, Siem Reap.

Merci pour votre envoi !

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