Siem Reap & Parcours : Chhorvin Liv, modèle de vie

Mannequin, assistante de direction, styliste en devenir et jeune maman : c’est avec une force étonnante que Chhorvin Liv mène de front toutes ces activités.

Chhorvin Liv, modèle de vie

Jamais à court d’énergie et guidée par une inextinguible soif d’apprendre, l’égérie de Soieries du Mékong cherche de nouvelles opportunités pour faire face au marasme économique ambiant.

Portrait d’une femme plurielle

« Bonjour, comment allez-vous ? », prononce Chhorvin avec un irrésistible accent, tout en s’amusant de ma surprise de l’entendre parler français. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à rester perplexe, pour une raison toutefois différente : les consommateurs du café dans lequel nous nous sommes donné rendez-vous ne peuvent s’empêcher de la contempler. Vêtue sans ostentation, et bien qu’à peine maquillée, la beauté khmère aimante les regards.

Devant sa tasse de mocha, Chhorvin s’excuse aussitôt de ne pouvoir poursuivre la conversation dans la langue de Molière, ses cours n’ayant commencé que depuis début août. « Nous nous sommes rassemblés, entre volontaires français et cambodgiens, pour échanger nos connaissances. Quatre jours par semaine, les Cambodgiens enseignent aux Français, et, au bout d’une heure, nous inversons les rôles. C’est dur pour tout le monde, les deux langues étant assez différentes l’une de l’autre, mais nous sommes tous motivés ». Très vite, le mannequin se métamorphose en étudiante studieuse, égrenant avec une moue appliquée les noms des jours et des mois, tandis que je tente de faire de même avec mes pauvres bagages linguistiques.

« Le français est une jolie langue, et c’est celle que j’ai choisie pour m’offrir plus de chances au niveau professionnel. Et puis, la France est aussi la patrie des plus grands couturiers ! »
Photo réalisée par Régis Binard

Rêve d’enfance

Voilà qui nous ramène à la mode, un domaine qui fascine Chhorvin depuis le plus jeune âge. « J’ai toujours voulu créer ma propre ligne de vêtements. C’est un processus palpitant, des premiers coups de crayon jusqu’aux séances d’essayage, sans oublier la tension des défilés ». Ce mouvement créatif, Chhorvin a déjà pu l’éprouver à de multiples reprises, lors de créations personnelles ou pour l’élaboration de modèles-tests au sein de l’entreprise sociale dans laquelle elle travaille depuis quatre années.

Elle a d’ailleurs suivi, lorsqu’elle était adolescente, une formation de tailleur, trop brève à ses yeux, puisqu’elle n’aura duré que six mois. Les contraintes de la vie la poussent alors à se rabattre vers des études plus classiques, qu’elle effectue d’abord à Takhmao, puis à l’université de Phnom Penh, où elle apprend à devenir banquière. Le bel exemple de réussite aurait pu s’arrêter là, devant l’accomplissement d’une jeune fille née à la frontière thaïlandaise de parents ayant fui la guerre civile. Ce n’est qu’à 3 ans que la fillette a enfin découvert son pays d’origine. Lors de son retour dans la province de Kandal, la famille s’établit dans une bourgade rurale. En grandissant, la petite Chhorvin, à l’âge où d’autres jouent, prête la main aux travaux des champs et parcourt chaque jour 14 kilomètres sur sa bicyclette pour se rendre à l’école, animée, déjà, par sa soif de réussir.

Photo réalisée par Régis Binard

De Kandal Province à Kandal Village

Au sortir de ses études à Phnom Penh, elle parvient à trouver un emploi dans une société d’export, en tant qu’assistante de direction. Un soulagement non seulement financier, mais aussi personnel pour celle qui confesse n’éprouver aucune attirance pour le milieu bancaire. Pourtant, cet emploi peine à la satisfaire, tout comme la vie à Phnom Penh, et il aura fallu attendre 2014 avant qu’elle ne parvienne enfin à trouver un équilibre correspondant à ses aspirations.

« Ce n’est qu’à 25 ans que j’ai découvert Siem Reap, et ce lieu m’a immédiatement séduite. C’est une ville qui reste encore à taille humaine, ni trop petite, ni trop dense et bruyante, comme peut l’être Phnom Penh «

« On y trouve tout ce dont on a besoin, il est agréable de s’y promener, et la campagne alentour est incroyable de beauté. Sans parler des temples, qui sont une source continuelle d’admiration et de fierté ». Ne manquait plus qu’à y trouver un emploi, ce qui sera chose faite dès l’année suivante. Elle intègre alors Samatoa, et devient responsable de la boutique de cette entreprise éthique spécialisée dans les vêtements en fibre de lotus. Dans un même temps, elle est repérée pour sa plastique et se voit proposer une séance de mannequinat pour une marque phnompenhoise. D’abord intimidée, la jeune femme surmonte sa peur et participe à une séance qu’elle n’oubliera jamais. Sa carrière était lancée.

L’une des robes imaginées et confectionnées par Chhorvin

Soieries du Mékong

En 2016, elle rejoint l’équipe de Soieries du Mékong, qui ouvre son magasin dans le quartier de Kandal Village, à Siem Reap, dont elle deviendra très vite l’égérie. Son visage souriant devient alors indissociable de la marque, qui perpétue les traditions ancestrales du tissage tout en venant en aide aux populations les plus défavorisées. Autant d’actions qui s’inscrivent dans une éthique qui ne pouvait que séduire Chhorvin.

« Et puis, c’est un emploi à mille lieues de la banque, dans lequel il y a un échange avec les clients. Je me montre intarissable lorsqu’il s’agit de détailler les actions de notre entreprise, d’expliquer la confection de nos écharpes, ou encore de parler des infinies richesses que recèle notre pays »

Pourtant, tout semble s’être figé depuis plusieurs mois, tandis que la pandémie s’est emparée du monde. Le quartier de Kandal Village, autrefois prisé des touristes venus y trouver un havre de fraicheur et de créativité, s’est soudainement vidé de ses visiteurs. Tant bien que mal, la boutique de Soieries du Mékong reste ouverte 4 jours par semaine, Chhorvin assurant à elle seule la majorité des tâches. « Je m’estime bien évidemment chanceuse d’avoir toujours un emploi, même avec un salaire réduit. Cela ne m’empêche pas de poursuivre mon rêve de devenir un jour styliste à plein temps et de créer ma marque. En attendant, je souhaite, plus que jamais, poursuivre ma carrière et continuer le mannequinat. Ce n’est pas qu’une envie, mais aussi une nécessité ». Puissent les créateurs présents au Cambodge exaucer ses vœux.

Photo réalisée par Régis Binard

Par Rémi Abad

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